Football féminin : Sonfonia, les jeunes footballeuses profitent des vacances pour faire grandir leur rêve

À Sonfonia, les vacances scolaires offrent un peu de répit aux élèves, mais pas aux jeunes passionnées de football. Sur les terrains de quartier, adolescentes et jeunes joueuses se retrouvent pour s’entraîner, progresser et entretenir un rêve : celui de faire un jour carrière dans le football. Entre manque d’infrastructures, équipements insuffisants et contraintes du quotidien, elles s’accrochent pourtant à leur passion.
Le soleil décline progressivement sur Sonfonia. Sur le terrain, les cris des joueuses se mêlent aux consignes du coach. Courses, exercices techniques, passes et oppositions s’enchaînent. Pour ces jeunes footballeuses, les vacances sont loin d’être synonymes d’inactivité.
Elles viennent ici pour travailler leur technique, maintenir leur condition physique et surtout ne pas laisser leur rêve s’éloigner.
Dans plusieurs quartiers de la commune, les séances d’entraînement réunissent ainsi des adolescentes et de jeunes joueuses qui tentent de construire leur avenir autour du ballon rond. Certaines poursuivent leurs études, d’autres exercent de petits commerces pour subvenir à leurs besoins. Toutes partagent cependant la même ambition : progresser et, pourquoi pas, atteindre un jour le haut niveau.
Mais sur le chemin de ce rêve, les obstacles sont nombreux.

Pour le coach Alseny, de l’Académie Renaissance Club de Kobaya, le potentiel existe bel et bien. Ce qui manque, ce sont surtout les moyens nécessaires pour permettre aux jeunes filles de l’exprimer pleinement.
« Les jeunes filles ont énormément de talent et surtout une grande volonté de progresser. Le problème, c’est que nous manquons d’infrastructures sportives adaptées. Nous avons besoin de terrains aménagés, d’espaces sécurisés et de créneaux réguliers pour permettre aux filles de s’entraîner dans de bonnes conditions. »
À cette insuffisance d’infrastructures s’ajoute celle des équipements. Ballons, maillots, chaussures, chasubles ou encore matériel d’entraînement restent difficiles à obtenir pour de nombreuses joueuses.
« Les équipements sportifs font aussi défaut. Beaucoup de filles jouent avec les moyens du bord. Il faut des ballons, des maillots, des chaussures, des chasubles et du matériel d’entraînement. Si nous voulons véritablement développer le football féminin à la base, il faut accompagner ces jeunes et donner aux académies les moyens de travailler », souligne le technicien.

Pour lui, la période des vacances représente pourtant une opportunité précieuse. Les jeunes disposent de davantage de temps pour s’entraîner, tandis que les encadreurs peuvent davantage travailler sur la détection et le perfectionnement.
« Pendant les vacances, les filles disposent de plus de temps pour travailler. C’est donc une période idéale pour détecter les talents et améliorer leur niveau. Mais sans infrastructures et sans matériel, le travail des encadreurs reste limité », regrette-t-il.
À quelques mètres de là, Aminata Camara s’affaire avec ses coéquipières. Élève en classe de 12e année, la jeune fille mène une double vie pendant ces vacances : la journée est consacrée au commerce, tandis que les soirées sont réservées au football.

Cette organisation demande des sacrifices, mais Aminata refuse de renoncer à sa passion.
« Depuis mon enfance, j’aime le football et j’ai toujours pris beaucoup de plaisir à jouer. C’est une véritable passion pour moi. Pendant ces vacances, je profite de la journée pour vendre des marchandises et, le soir, je viens m’entraîner. Ce n’est pas toujours facile de concilier les deux, mais je fais tout mon possible parce que le football représente un rêve que je veux continuer à poursuivre. »
Pour elle, les études et le sport ne sont pas incompatibles. Bien au contraire, la jeune joueuse veut avancer sur les deux fronts.
« Mon objectif est de progresser, de continuer mes études tout en développant mes qualités de footballeuse. J’espère qu’un jour, j’aurai l’occasion de jouer à un haut niveau et de représenter fièrement mon pays. »
Un rêve qui dépasse donc les limites du quartier et se projette jusqu’à l’équipe nationale.

Comme Aminata, Aïcha Bangoura voit dans le football bien plus qu’un simple loisir. Pour cette jeune joueuse, le ballon rond représente une ambition qu’elle entend défendre malgré les difficultés.
« Je rêve de devenir une grande footballeuse. Le football est une véritable passion pour moi et c’est cette passion qui me pousse à continuer, malgré les difficultés. Je veux réussir dans mes études, mais je veux également pratiquer le sport, parce que je considère que les deux peuvent aller ensemble. »
Son parcours reste cependant marqué par plusieurs contraintes. Le manque d’équipements et les conditions d’entraînement ne sont pas les seuls obstacles. Le regard de la société constitue également un défi pour certaines jeunes filles qui choisissent de s’investir dans le football.
« Il y a des moments où c’est difficile. Nous n’avons pas toujours les équipements nécessaires et les conditions d’entraînement ne sont pas toujours favorables. Parfois aussi, il faut faire comprendre aux autres que les filles ont autant de droits et de capacités que les garçons pour pratiquer le football. Mais je ne veux pas abandonner. Je veux continuer à travailler pour atteindre mes objectifs. »

Pour Djenaba Faro, élève en classe de terminale, le chemin vers le football n’a pas toujours été simple. À ses débuts, ses parents voyaient d’un mauvais œil sa décision de pratiquer ce sport. Ils craignaient notamment que le football ne nuise à ses études.
Mais avec le temps, la jeune fille a réussi à faire évoluer leur regard.
« Au début, mes parents n’étaient pas favorables à ce que je joue au football. Ils avaient peur que cette activité puisse avoir un impact sur mes études et ils ne voyaient pas forcément le football comme une priorité pour une fille. Mais avec le temps, j’ai essayé de leur montrer que je pouvais poursuivre mes études tout en pratiquant mon sport. Aujourd’hui, ma maman comprend mieux ma passion et elle me soutient dans ce que je fais. »
Ce soutien familial est désormais devenu une source de motivation supplémentaire.
« Le football est devenu une partie importante de ma vie. Je sais que je dois d’abord réussir mes études, mais je veux également me donner une chance dans le football. Je travaille donc pour progresser, tout en restant concentrée sur mon parcours scolaire. Le soutien de ma mère me donne beaucoup de courage. »
À Sonfonia, ces jeunes filles incarnent une génération qui entend se faire une place dans un univers sportif encore largement dominé par les hommes.
Leur détermination est manifeste. Mais entre les terrains insuffisants, le manque d’équipements, l’encadrement limité et les contraintes liées aux études ou aux activités génératrices de revenus, leur parcours reste semé d’embûches.
Pour les encadreurs, la priorité est désormais de créer un environnement capable de transformer cette passion en véritable parcours sportif : des terrains adaptés, des équipements accessibles, un encadrement régulier et davantage d’opportunités de compétition.
Car sur ces terrains de Sonfonia, derrière chaque course, chaque passe et chaque duel se cache peut-être le talent d’une future internationale guinéenne.
Encore faut-il lui donner les moyens de rêver.
Et surtout, de transformer ce rêve en réalité.
Antoine Neima pour Planete7.info
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