Valorisation des talents africains : Mamadou Nagnalén Barry appelle à bâtir des passerelles entre diaspora et compétences locales

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À quelques jours de l’African Talent Forum prévu à Istanbul, le président du conseil d’administration de la Compagnie du TransGuinéen, Mamadou Nagnalén Barry, a livré une analyse approfondie de la question de la valorisation des compétences africaines, lors de son passage sur le plateau du journal de France 24. L’ancien expert de la Banque mondiale et ex-ministre guinéen de l’Agriculture estime que le continent africain ne souffre pas d’un manque de talents, mais plutôt d’un déficit de détection, de structuration et de mise en relation entre les compétences disponibles à travers le monde.

Interrogé sur la comparaison entre les performances des footballeurs africains évoluant en Europe et celles des professionnels africains dans d’autres secteurs, Mamadou Nagnalén Barry a mis en avant la capacité d’adaptation de la jeunesse africaine comme preuve de son potentiel global.

« Ce qu’on voit avec la diaspora africaine dans les équipes à l’étranger et aussi dans les équipes nationales, c’est leur capacité à s’adapter, à créer leur intelligence pour sortir du lot et devenir des grands joueurs compétitifs à l’échelle internationale. Cela montre la capacité de la jeunesse africaine à s’affirmer partout dans le monde. La même créativité est possible dans les domaines techniques, scientifiques, de la finance ou de l’ingénierie. Si on crée les conditions nécessaires dans nos pays, ces jeunes peuvent aussi exceller dans le sport, l’art et la science », a-t-il déclaré.

Pour lui, les réussites individuelles observées à l’étranger doivent servir de modèle pour d’autres secteurs stratégiques du développement.

Rejetant toute opposition entre compétences locales et diaspora, l’ancien ministre insiste sur leur continuité naturelle et leur complémentarité.

« Il n’y a pas d’opposition entre diaspora et talents locaux. Souvent, les talents locaux deviennent la diaspora, et inversement. J’ai moi-même étudié en Guinée avant de poursuivre mes études aux États-Unis. J’y ai commencé ma carrière avant d’y revenir travailler. Ce sont les mêmes compétences qui naviguent entre l’Afrique et l’Occident. Beaucoup de ceux qu’on appelle aujourd’hui des talents internationaux ont commencé leur parcours en Afrique », a-t-il expliqué.

Au cœur de sa vision, Mamadou Nagnalén Barry plaide pour la création de mécanismes structurés permettant de connecter les compétences de la diaspora aux priorités de développement des pays africains.

« Il faut trouver des moyens de créer des ponts, de détecter les talents et de mettre en convergence la demande locale avec les capacités qui sont à l’étranger. C’est ce que nous essayons de faire aujourd’hui en Guinée avec la vision du chef de l’État et le projet Simandou. Nous sommes allés chercher des compétences en France, aux États-Unis, en Chine et dans d’autres pays afin qu’elles contribuent à la mise en œuvre de ces grands projets », a-t-il indiqué.

Loin des approches fondées sur des interventions isolées, il plaide pour une mobilisation plus large et structurée des expertises.

« Il ne suffit pas de faire venir deux ou trois personnes en pensant qu’elles vont transformer un pays. Il faut créer une masse critique de compétences. Les talents de la diaspora doivent venir avec leurs réseaux, leur expérience et leur vision, mais ils doivent aussi travailler avec les talents locaux. C’est cette combinaison qui permet de faire avancer un pays », a-t-il affirmé.

Prenant appui sur l’expérience de la Guinée, il met en avant les efforts en cours dans le cadre d’un vaste programme national de développement.

« La Guinée ne se résume pas au projet Simandou. Le pays porte un programme de développement de 122 mégaprojets. Depuis l’indépendance, aucune raffinerie de bauxite n’avait été construite. En trois ans, nous avons lancé trois raffineries, chacune représentant un investissement de plus d’un milliard de dollars. C’est ainsi que nous avançons : en réunissant les talents internationaux et les talents locaux », a-t-il soutenu.

Enfin, s’adressant aux jeunes Africains vivant à l’étranger, il les invite à mieux s’orienter en fonction des besoins réels de leurs pays d’origine.

« La première chose est de connaître les besoins de son pays et de savoir où il va. Sans cela, on ne peut pas choisir une formation adaptée. L’Afrique n’a pas un déficit de talents ; elle souffre surtout d’un déficit de détection et de création de ponts entre les talents de la diaspora et les besoins nationaux », a conclu Mamadou Nagnalén Barry.

Sylla Ama pour Planete7.info

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