Télécommunications en Guinée : entre fibre optique, 4G et coût élevé de la connexion, Soumah Salifou appelle à une réforme structurelle du secteur

Tribune – Une mise au point technique pour mieux comprendre les véritables défis du numérique en Guinée

sonoco sites

Les récentes déclarations de M. Abdoulaye Barry, représentant du syndicat d’Orange Guinée, sur les causes du coût élevé de la connexion Internet en Guinée ont suscité de nombreuses réactions. Selon lui, la faible utilisation de la fibre FTTH, estimée à 2 %, serait l’une des principales raisons de la saturation du réseau GSM, notamment en raison du volume des transactions Orange Money.

Cette analyse mérite toutefois d’être nuancée. Selon Soumah Salifou, président de PERSEV-TECH, elle repose sur une confusion entre plusieurs technologies et ne permet pas d’identifier les véritables causes des difficultés rencontrées par le secteur télécom guinéen.

Dans cette tribune, il apporte des éclairages techniques et propose des pistes de réforme pour construire un écosystème numérique plus performant, accessible et durable.

La fibre optique occupe une place stratégique dans les télécommunications modernes. Cependant, son rôle est souvent mal compris. Elle ne constitue pas directement le moyen d’accès à Internet mobile pour les utilisateurs de smartphones.

Son principal rôle est d’assurer le transport rapide et sécurisé des données entre les différents sites télécom et le cœur du réseau. L’expérience Internet sur mobile dépend également des équipements radio installés sur les antennes, notamment les unités radio (RRU), qui assurent la transmission des signaux vers les utilisateurs.

Ainsi, une infrastructure fibre performante ne suffit pas à garantir une bonne qualité de connexion si les équipements radio sont anciens, insuffisants ou mal dimensionnés.

Pour Soumah Salifou, la saturation du réseau mobile en Guinée ne serait donc pas liée au faible taux de déploiement de la fibre FTTH, mais plutôt à un déficit d’investissement dans les équipements radio modernes, l’extension de la couverture et la multiplication des sites télécom.

Selon lui, l’amélioration durable du réseau passe nécessairement par :

  • le déploiement d’équipements radio de dernière génération ;
  • le développement d’un véritable modèle TowerCo ;

– l’installation de nouveaux sites pour accompagner la croissance du trafic numérique.

Dans sa tribune, Soumah Salifou soulève également la question de la qualité réelle de la 4G proposée en Guinée.

S’appuyant sur des tests de débit réalisés lors d’un séjour dans le pays en décembre dernier, il estime que les performances observées ne correspondent pas aux standards internationaux attendus pour une véritable connexion 4G.

« Je mets Orange Guinée au défi de démontrer l’existence d’une véritable 4G conforme aux normes internationales, avec des performances à la hauteur des attentes des utilisateurs », affirme-t-il.

Selon lui, l’affichage du symbole « 4G » sur les téléphones ne refléterait pas toujours la qualité réelle du service fourni, les débits constatés étant, d’après ses observations, davantage proches d’une évolution de la 3G que d’une 4G pleinement opérationnelle.

La question du prix de la connexion demeure au cœur des préoccupations des consommateurs guinéens.

Pour Soumah Salifou, la comparaison avec certains pays développés révèle un paradoxe : la Guinée propose un accès Internet beaucoup plus coûteux malgré un niveau d’investissement inférieur dans les infrastructures numériques.

À ses yeux, le problème ne réside pas uniquement dans les ressources financières disponibles, mais dans l’absence d’une stratégie globale, d’une vision à long terme et d’investissements structurants.

La réduction durable du coût de la connexion nécessite, selon lui :

  • une véritable volonté politique ;
  • une stratégie nationale de modernisation numérique ;
  • des infrastructures adaptées aux besoins actuels et futurs.

« Il n’existe ni magie ni mystère : la qualité et le prix d’un service télécom dépendent avant tout des choix stratégiques opérés », souligne-t-il.

Au-delà de la question des prix et des performances, Soumah Salifou alerte sur le modèle actuel de déploiement de la fibre jusqu’aux domiciles (FTTH).

Selon lui, le fait que chaque opérateur installe sa propre fibre directement chez les abonnés représente un risque d’inefficacité et de gaspillage.

Dans un scénario où plusieurs fournisseurs opéreraient dans une même zone, un même domicile pourrait se retrouver avec plusieurs câbles provenant de différents opérateurs, une situation qu’il juge techniquement incohérente.

La solution proposée repose sur la mutualisation des infrastructures à travers les Points de Mutualisation de Zone (PMZ).

Ce modèle permettrait qu’une seule fibre soit déployée jusqu’au domicile, tandis que le changement d’opérateur s’effectuerait directement au niveau du PMZ, sans nécessiter de nouveaux travaux.

Pour Soumah Salifou, cette approche, largement utilisée dans plusieurs pays européens, constitue une meilleure organisation du développement du FTTH et permettrait d’éviter un « chaos technologique » à long terme.

En conclusion, le président de PERSEV-TECH estime que l’avenir numérique de la Guinée repose sur trois grands piliers :

  • une vision tournée vers l’innovation et la modernisation ;
  • une volonté politique forte pour accompagner la transformation digitale ;
  • des investissements massifs et cohérents dans les infrastructures radio, la fibre optique et les modèles de mutualisation comme le TowerCo.

La Guinée dispose, selon lui, des atouts nécessaires pour bâtir un réseau télécom performant, accessible et compétitif. Mais cela nécessitera des décisions stratégiques, une meilleure compréhension des enjeux techniques et une véritable ambition numérique nationale.

Soumah Salifou

Président de PERSEV-TECH

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