Les jeunes ont aussi des devoirs (Par Amadou Lamarana Bah)

La jeunesse est souvent au cœur des discours politiques. On lui promet des emplois, une meilleure éducation, un meilleur accès au financement et une plus grande place dans les institutions. Ces revendications sont légitimes : une nation qui n’investit pas dans sa jeunesse compromet son propre avenir.

Cependant, un débat essentiel reste trop souvent absent : celui des devoirs de la jeunesse non pas pour dédouaner l’État de ses obligations, mais parce qu’aucune politique publique, aussi ambitieuse soit-elle, ne peut se substituer à l’engagement individuel de ceux qu’elle est censée servir.
Un contrat, pas un vœu pieux
Les droits et les devoirs sont les deux faces d’une même citoyenneté. Mais parler d’équilibre suppose de nommer ce que chaque partie doit apporter. Du côté de l’État et des institutions : un enseignement technique et professionnel qui prépare réellement à l’emploi, un accès au crédit qui ne soit pas réservé à ceux qui ont des garanties ou des relations, une administration qui ne décourage pas l’initiative par la lenteur ou la corruption. Sans cela, demander à la jeunesse de « se former » et « d’oser entreprendre » risque de sonner comme une leçon de morale adressée à ceux qui portent déjà le poids des insuffisances du système.
C’est précisément parce que ces obstacles structurels existent qu’ils ne doivent pas servir d’excuse à l’inaction individuelle. Attendre que tout soit parfait avant d’agir, c’est reporter indéfiniment sa propre part de responsabilité.
En Guinée, les jeunes représentent une part importante de la population. Ils constituent notre plus grande richesse, mais aussi notre plus grande responsabilité. Cette force démographique ne produira ses effets que si elle devient une force de compétence, d’innovation et de responsabilité et cela commence par des choix concrets, à l’échelle de chacun.
Se former, au-delà du diplôme
Le premier devoir de tout jeune est de se former, y compris en dehors des circuits classiques. Les plateformes numériques, les formations courtes en informatique, en gestion ou en langues, les centres comme ceux portés par des initiatives locales de formation professionnelle, offrent aujourd’hui des passerelles que la génération précédente n’avait pas. Un jeune de Conakry, Kankan ou Labé qui apprend le codage, la maintenance solaire ou l’agroalimentaire par ces canaux ne fait pas moins que celui qui obtient un diplôme universitaire classique il fait souvent mieux, parce qu’il s’adapte à un marché du travail réel plutôt qu’à un cursus théorique.
Oser entreprendre, avec lucidité
Le deuxième devoir est d’oser entreprendre, sans se voiler la face sur les difficultés réelles : accès limité au financement, fiscalité parfois peu adaptée aux petites structures, marché intérieur étroit. Mais ces contraintes existent dans la plupart des économies en développement, et n’empêchent pas certains jeunes guinéens de transformer l’agriculture, le commerce numérique ou l’artisanat en projets viables. L’esprit d’initiative ne consiste pas à ignorer les obstacles, mais à les contourner ou à les affronter avec méthode plutôt qu’à les subir en silence.

Une responsabilité morale et civique
Notre responsabilité est également morale. Respecter les lois, préserver les biens publics, rejeter la violence, promouvoir le dialogue et défendre l’intérêt général sont des exigences qui s’imposent à tous. Une République forte repose autant sur la qualité de ses institutions que sur le comportement de ses citoyens mais ce comportement ne s’exige pas à sens unique. Un jeune a d’autant plus de raisons de préserver le bien public quand il constate que ce bien public le sert en retour.
La participation à la vie publique est un autre devoir fondamental. Être citoyen ne consiste pas seulement à commenter l’actualité ou à exprimer son indignation sur les réseaux sociaux. C’est participer aux débats avec sérieux, proposer des idées, s’engager dans les associations de quartier, les collectivités locales, les initiatives communautaires ou les projets qui améliorent concrètement la vie de nos concitoyens qu’il s’agisse d’assainissement, d’éducation ou d’appui aux plus vulnérables.
Devenir une génération de solutions
Enfin, la jeunesse doit devenir une génération de solutions. Il est facile de dénoncer les insuffisances de notre société ; il est plus exigeant de concevoir des réponses réalistes, adaptées au contexte guinéen, et de transformer les critiques en propositions concrètes, testables, améliorables. C’est cette culture de la solution plus que le seul discours qui fera émerger les leaders dont notre pays a besoin.
Une exigence réciproque
La Guinée a besoin d’une jeunesse exigeante envers les institutions, mais tout aussi exigeante envers elle-même. Une jeunesse qui comprend que le patriotisme se manifeste autant dans le travail bien fait que dans les grands discours ; qu’une nation se construit par la discipline, le mérite, l’engagement et le sens du bien commun à condition que ces efforts individuels trouvent en face des institutions qui les reconnaissent et les récompensent.
Les jeunes ne sont pas seulement les héritiers de la Guinée de demain. Ils sont déjà les bâtisseurs de la Guinée d’aujourd’hui, à condition qu’on leur en donne réellement les moyens autant qu’on leur en rappelle les devoirs. Leur plus grande responsabilité comme celle de l’État à leur égard est de faire en sorte que les ambitions personnelles deviennent une contribution au destin collectif de la nation.
Amadou Lamarana BAH
Écrivain, Metteur en scène, Essayiste & Chercheur en Sciences Sociales – Spécialiste en gouvernance publique.
Auteur de:
1- La haine d’un orphelin;
2- Solution: pour une renaissance politique et morale de la Guinée ;
3- Le fatal <<oui>>- Dire non aux pièges de l’amour.
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