Tayaki : dans l’obscurité et le manque d’eau potable, les femmes interpellent l’État

À Tayaki, dans la commune de Ratoma, les habitants vivent au rythme des difficultés quotidiennes. Route dégradée, absence d’électricité, pénurie d’eau potable et insuffisance d’infrastructures scolaires et sanitaires : les femmes de cette localité côtière appellent les autorités à améliorer leurs conditions de vie.
Derrière les images de la plage de Tayaki, ses paysages qui séduisent les visiteurs et les publications qui vantent ses atouts naturels, se dessine une autre réalité. Celle d’une population confrontée à des difficultés qui s’aggravent particulièrement pendant la saison des pluies.
À Tayaki, l’état de la route, l’absence d’électricité et les difficultés d’accès aux services essentiels compliquent le quotidien des familles. Pour les femmes, qui vivent directement ces contraintes, l’amélioration des conditions de vie devient une urgence.

Pour rejoindre Tayaki depuis Kobayah, les habitants doivent emprunter une route fortement dégradée. En cette saison pluvieuse, le déplacement devient une véritable épreuve, affectant aussi bien les activités commerciales que l’approvisionnement des familles.
« Pour se déplacer ici, c’est un véritable casse-tête pour nous actuellement. Avec les motos-taxis, pour aller vers la ville de Kobayah, si tu ne payes pas minimum 50 000 GNF, tu ne peux pas te rendre à Kobayah », explique Mariam Bangoura, habitante de Tayaki.
Un coût qui pèse lourdement sur les ménages, notamment lorsqu’il s’agit de se procurer de la nourriture.
« Pourtant, quand la nourriture finit, il te faut aller faire des achats obligatoirement parce que tu as des enfants que tu dois nourrir », ajoute-t-elle.
Pour cette habitante, l’état de la route rend également les déplacements à pied particulièrement pénibles.
« On a un problème de route. Si tu dis que tu vas marcher à pied jusqu’à Tayaki, tu peux faire deux heures de route », affirme-t-elle.
Au-delà des difficultés de transport, les femmes dénoncent un isolement qui affecte l’accès aux services essentiels, notamment aux soins de santé.
À la tombée de la nuit, Tayaki plonge dans l’obscurité. L’absence d’électricité contraint les habitants à vivre sans éclairage public ni alimentation électrique dans les concessions.
« On n’a pas de courant électrique. Nous vivons ici dans le noir », déplore Mariam Bangoura.
Une situation qui contraste avec l’image de la localité, de plus en plus mise en avant sur les réseaux sociaux pour ses paysages et ses plages.
« Aujourd’hui, Tayaki est vraiment renommée partout. Tu entends un peu partout sur les réseaux sociaux, on parle de Tayaki dans toute sa splendeur parce que les gens qui viennent visiter ici prennent des photos sur les bons endroits. Quand tu vois ça, tu trouves très beau et admirable, en oubliant les véritables problèmes d’ici », souligne-t-elle.
Pour les habitantes, la beauté du paysage ne doit pas faire oublier les conditions dans lesquelles vivent les populations.
L’accès à l’eau potable figure parmi les principales préoccupations des familles. Selon Mariam Bangoura, un ravitailleur assurait auparavant l’approvisionnement de la localité, mais cette desserte aurait cessé en raison de la dégradation de la route.
« Avant, on avait quelqu’un qui nous ravitaillait ici en eau potable, mais de nos jours il ne vient plus parce qu’il n’y a pas de route. Nous sommes parfois obligés de consommer l’eau de pluie », témoigne-t-elle.
Une situation qui expose les ménages à des conditions de vie précaires, alors que l’accès à une eau potable demeure un besoin essentiel pour les populations.
À Tayaki, les difficultés ne concernent pas uniquement les adultes. L’éducation des enfants constitue également une source d’inquiétude pour les familles.
La localité dispose d’une école, mais celle-ci ne permettrait pas aux élèves de poursuivre leur scolarité au-delà de la sixième année, selon les habitantes.
« Nos enfants étudient ici dans des conditions très difficiles. La seule école qui nous a été offerte se limite à la 6ème année. Donc, si tu veux que ton enfant poursuive ses études, il faut vraiment être courageux et être prêt à financer pour lui », explique Mariam Bangoura.
Pour les familles disposant de faibles revenus, cette situation représente une difficulté supplémentaire. La poursuite des études nécessite alors des moyens financiers pour permettre aux enfants de continuer leur scolarité ailleurs.

Responsable des femmes de Tayaki, Yakha Bangoura estime que l’état de la route résume à lui seul les difficultés auxquelles sont confrontés les habitants.
« Toi-même, tu as vu la route sur laquelle tu es passé pour venir ici chez nous. On ne peut même plus te la décrire parce que toi-même tu as vu la réalité et tu en as été victime », affirme-t-elle.
Pour elle, l’isolement de la localité complique également la prise en charge des personnes malades.
« Si quelqu’un tombe ici malade, ça devient compliqué pour nous. Rien n’est réglé ici avec nous. Du jour au lendemain, c’est de la désolation totale », déplore la responsable des femmes.
Face à ces difficultés, les femmes de Tayaki lancent un appel aux pouvoirs publics. Elles demandent des interventions pour améliorer la route, faciliter l’accès à l’eau potable et à l’électricité, renforcer les infrastructures scolaires et sanitaires, mais aussi mettre fin à l’isolement de la localité.
« On demande vraiment à l’État de nous aider ici, sinon on est complètement détaché de la capitale », conclut Yakha Bangoura.
À Tayaki, les paysages continuent d’attirer les visiteurs. Mais pour les populations qui y vivent, l’urgence se trouve ailleurs : disposer d’une route praticable, d’eau potable, d’électricité et de services essentiels. Des attentes qui placent les autorités face à un défi majeur : faire en sorte que le développement de cette localité côtière profite aussi à ses habitants.
Antoine Neima pour Planete7.info
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