Zogbéanta : le pont qui fait trembler les usagers et l’école qui pèse sur les parents

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À Zogbéanta, dans la préfecture de N’Zérékoré, un vieux pont en bois menace la circulation sur le fleuve Oulé. Pendant ce temps, quatre des six enseignants de l’école primaire sont rémunérés par la communauté. Entre risques d’effondrement, produits agricoles en péril et charges scolaires, les habitants interpellent l’État.

À Zogbéanta, traverser le fleuve Oulé n’est plus un simple trajet. C’est une épreuve quotidienne, une traversée qui se fait avec la prudence de ceux qui savent que le danger peut surgir sous leurs pieds.

À l’entrée de ce village de la sous-préfecture de Palé, dans la préfecture de N’Zérékoré, un vieux pont en bois relie les deux rives du fleuve. Depuis plus de cinq ans, l’ouvrage supporte le passage des usagers sur l’axe reliant Palé à N’Zérékoré. Mais les années, les pluies et les réparations de fortune ont laissé leurs marques.

Aujourd’hui, le pont inquiète. Les habitants redoutent un effondrement, les conducteurs de taxi-moto appréhendent chaque traversée et les produits agricoles peinent à rejoindre les marchés. Dans le même village, l’école primaire fait face à une autre urgence : quatre enseignants sur six sont des contractuels dont la rémunération repose sur les contributions des parents.

À Zogbéanta, le pont et l’école racontent ainsi une même attente : celle d’une intervention durable des autorités.

Le pont de Zogbéanta se trouve sur la route reliant la commune rurale de Palé à N’Zérékoré, un axe d’environ 36 kilomètres selon Nèma Loua, président du conseil de district de Zogbéanta.

Cette voie demeure très fréquentée par les populations et les usagers de la région. Pourtant, à l’orée du village, le passage du fleuve Oulé constitue depuis plusieurs années un obstacle majeur.

Construit il y a plus de cinq ans, le pont en bois présente aujourd’hui d’importants signes de dégradation. Exposé aux intempéries et à l’usure, l’ouvrage ne rassure plus les usagers. Les réparations effectuées par endroits permettent encore le passage, mais elles ne suffisent pas à écarter les inquiétudes.

Pour Nèma Loua, la situation est devenue particulièrement préoccupante.

« La construction de ce pont en bois date d’au moins cinq ans. Nous savons combien de temps un bois exposé à l’eau, à la pluie et au soleil peut mettre pour pourrir. Cela signifie que depuis plus de cinq ans, ce pont est vétuste et n’est plus solide », explique-t-il.

D’après le responsable local, des citoyens interviennent ponctuellement pour réparer certaines parties de l’ouvrage, afin de maintenir la circulation.

« Par endroits, les citoyens procèdent à des réparations de fortune, juste pour permettre le passage de certains engins et usagers », poursuit Nèma Loua.

Mais ces interventions ne semblent plus suffire à rassurer les habitants. À leurs yeux, la question n’est plus seulement celle du confort de circulation, mais celle de la sécurité des personnes.

En cette période de grandes pluies, les difficultés s’accentuent. Le passage des personnes et des engins devient plus compliqué, tandis que les activités commerciales et agricoles de la localité subissent les conséquences de l’état de la route et du pont.

À Zogbéanta, le café, le cacao, le riz, l’huile et les légumes figurent parmi les produits concernés. Destinées à la vente ou à la consommation, ces denrées risquent de se détériorer lorsque leur transport est retardé.

« En cette période de grandes pluies, nous souffrons et nous perdons énormément. Beaucoup de nos produits vivriers et industriels, notamment le café, le cacao, le riz, l’huile et les légumes, destinés à la vente ou à la consommation, pourrissent à cause du mauvais état du pont et de la route », témoigne le président du conseil de district.

La circulation des engins porteurs serait également fortement limitée.

« Presque plus aucun engin porteur n’a accès à cette zone, et c’est un grand risque. Même aujourd’hui, un bus est resté stationné sur l’autre rive du fleuve », rapporte Nèma Loua.

Pour les habitants, chaque pluie ravive ainsi la crainte de voir leurs marchandises bloquées, leurs déplacements perturbés et leurs activités économiques davantage fragilisées.

Les conducteurs de taxi-moto, qui empruntent régulièrement cet axe, sont eux aussi confrontés aux difficultés de la traversée.

Foromo Loua, usager régulier du pont, décrit une situation qui suscite la peur chez certains passagers. Pour lui, l’état de l’ouvrage impose une vigilance permanente.

« Même à vue d’œil, ce pont fait peur. Nous parcourons cette route à longueur de journée. Des fois, arrivés ici, au niveau du pont, certains clients ont peur et demandent à descendre pour traverser eux-mêmes à pied », témoigne-t-il.

Une scène qui illustre, selon lui, l’inquiétude des usagers face à un passage devenu difficile.

Le conducteur évoque également les risques auxquels sont exposés les motocyclistes.

« Même pour nous autres conducteurs, c’est un risque. Il y a certaines parties du pont qui sont endommagées. C’est difficile et c’est un véritable calvaire pour nous », déplore Foromo Loua.

Son appel est direct : « Nous demandons de l’aide au gouvernement pour la construction de ce pont. »

Face à la dégradation du pont, les responsables locaux de Zogbéanta souhaitent une intervention des autorités afin de sécuriser la traversée du fleuve Oulé.

Nèma Loua sollicite notamment le gouvernement, les autorités à tous les niveaux ainsi que les ressortissants du village.

« Nous demandons l’aide de l’État, du gouvernement et des autorités à tous les niveaux pour la construction de ce pont. Nous demandons aussi humblement l’aide du chef de l’État, Mamadi Doumbouya », plaide-t-il.

Le responsable local invite également les fils ressortissants de Zogbéanta et les personnes de bonne volonté à contribuer à la recherche d’une solution.

« Depuis que nous avons ouvert cette route, la principale difficulté reste ce pont sur le fleuve. Nous demandons également aux fils ressortissants de Zogbéanta et aux personnes de bonne volonté de nous venir en aide », ajoute-t-il.

Pour les populations, la construction d’un ouvrage durable permettrait de sécuriser les déplacements, de faciliter le transport des marchandises et de préserver les activités économiques de la localité.

À quelques pas des difficultés de circulation, un autre problème préoccupe les habitants de Zogbéanta : l’éducation de leurs enfants.

L’école primaire du village dispose de six salles de classe, correspondant aux six niveaux de l’enseignement primaire. Mais sur les six enseignants qui assurent les cours, seuls deux sont titulaires. Les quatre autres sont des enseignants contractuels dont la prise en charge financière repose sur la communauté.

Une situation qui représente une charge importante pour les parents d’élèves.

Selon Nèma Loua, les contributions de l’Association des parents et amis de l’école (APEAE) sont régulièrement sollicitées pour participer à la rémunération des enseignants contractuels.

« Nous avons seulement deux titulaires et les quatre autres sont des enseignants contractuels à la charge de la communauté. Cette charge pèse assez lourdement sur les parents », explique-t-il.

Le président du conseil de district évoque des contributions pouvant dépasser 100 000 francs guinéens.

« Des fois, les contributions parentales de l’APEAE vont au-delà de cent mille francs guinéens (100 000 GNF), comme ce fut le cas l’année dernière », précise-t-il.

Pour les familles, déjà confrontées aux difficultés de transport et à la fragilité des activités agricoles, cette prise en charge constitue une contrainte supplémentaire.

Le responsable local lance donc un nouvel appel aux autorités.

« Nous lançons un appel à l’aide au gouvernement pour la prise en charge des enseignants contractuels », sollicite Nèma Loua.

À Zogbéanta, les difficultés du pont et celles de l’école se conjuguent et pèsent sur le quotidien des populations.

D’un côté, un ouvrage en bois vieillissant, qui complique les déplacements, menace la fluidité des échanges et inquiète les usagers. De l’autre, une école primaire dont quatre enseignants sur six dépendent des contributions de la communauté pour leur rémunération.

Les habitants demandent des solutions durables : un pont sécurisé sur le fleuve Oulé et une meilleure prise en charge des enseignants contractuels.

En attendant, les usagers continuent de traverser avec prudence, les conducteurs de taxi-moto composent avec les risques et les parents tentent de soutenir l’école du village.

À Zogbéanta, l’appel des populations est lancé. Elles attendent désormais des réponses concrètes pour que traverser le fleuve et envoyer les enfants à l’école ne soient plus des épreuves quotidiennes.

 

Pépé Blaise Théa, correspondant à Nzérékoré pour Planete7.info 

Contact Planete7.info : 624045895/625214852

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