N’Zérékoré : le Syli, une ancienne monnaie conservée comme précieux héritage historique

Dans le centre d’exposition artisanale de N’Zérékoré, au cœur de la Guinée forestière, d’anciens billets de Syli côtoient sculptures et objets d’art. Une collection qui dépasse la simple curiosité et s’impose comme un véritable support de transmission de l’histoire monétaire du pays.
À première vue, le centre d’exposition artisanale de N’Zérékoré semble entièrement consacré aux œuvres sculptées, aux objets traditionnels et au savoir-faire des artisans de la région. Mais au milieu de ces créations, une collection singulière retient l’attention : d’anciens billets de Syli, cette monnaie guinéenne qui a marqué une importante période de l’histoire économique du pays.

Soigneusement conservés, ces billets ne sont pas exposés comme de simples pièces anciennes. Pour Lancinet Camara, sculpteur et artisan, ils représentent un pan de la mémoire nationale et méritent, à ce titre, d’être préservés.
« Quand tu vois ces billets, c’est du Syli, notre première monnaie. Nous les gardons ici pour le souvenir », explique-t-il.
Au fil des années, le Syli a quitté les portefeuilles des Guinéens pour rejoindre les collections historiques et patrimoniales. Dans ce centre d’exposition, les anciennes coupures offrent ainsi aux visiteurs un aperçu d’une époque révolue de l’histoire monétaire de la Guinée.

Pour Lancinet Camara, leur présence constitue également une source de fierté. L’artisan insiste notamment sur la place qu’occupait, selon lui, cette monnaie dans l’économie guinéenne à l’époque.
« Cette monnaie, le Syli, c’est une fierté pour les Guinéens. C’est la monnaie qui avait, à l’époque, une valeur comparable au dollar américain », affirme-t-il.
L’artisan associe également cette période à l’importance accordée à l’or et à la volonté de donner à la monnaie nationale une forte valeur symbolique et économique. Une lecture historique qu’il souhaite transmettre à travers la conservation de ces billets.
« C’est une manière de montrer à toute l’humanité qu’il y avait, en Afrique, une monnaie qui avait une valeur comparable au dollar américain. Voilà pourquoi nous conservons toutes ces collections d’argent ici et nous en prenons vraiment soin », poursuit-il.
Au-delà de leur dimension historique, les billets de Syli suscitent la curiosité des visiteurs, particulièrement celle des jeunes générations. Pour certains élèves qui franchissent les portes du centre d’exposition, il s’agit parfois d’une découverte.

Ces anciennes coupures deviennent alors un outil pédagogique inattendu. Elles permettent aux élèves de mettre un visage sur une période de l’histoire nationale qu’ils connaissent essentiellement à travers les livres ou les récits de leurs aînés.
« À chaque fois que nous recevons des visiteurs, surtout les écoles, les élèves sont surpris de voir notre argent d’autrefois. Cela leur permet de connaître une partie de notre histoire », témoigne Lancinet Camara.
Dans cet espace consacré à l’artisanat, les anciens billets racontent donc une histoire qui dépasse leur valeur monétaire. Ils témoignent d’une époque, d’une politique économique et d’une identité nationale, tout en servant de passerelle entre les générations.
À N’Zérékoré, leur conservation prend ainsi une dimension patrimoniale. Entre les sculptures de bois et les objets artisanaux, ces billets rappellent que le patrimoine d’un pays ne se résume pas à ses monuments ou à ses œuvres d’art : il se trouve aussi dans les objets du quotidien qui ont accompagné la vie de ses citoyens.
En choisissant de préserver ces anciennes coupures, le centre d’exposition artisanale contribue à maintenir vivant un fragment de l’histoire guinéenne. Le Syli, aujourd’hui disparu de la circulation, continue ainsi de circuler autrement : dans les récits, dans les souvenirs et désormais dans la mémoire des jeunes générations qui le découvrent derrière une vitrine.
À N’Zérékoré, ces vieux billets ne sont donc plus seulement les vestiges d’une monnaie disparue. Ils sont devenus les témoins silencieux d’une époque que les artisans veulent empêcher de tomber dans l’oubli.
Antoine Neima pour Planete7.info
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