« Ma femme m’a quitté parce que je n’ai rien » : à Conakry, le cri de détresse d’un enseignant contractuel venu de Siguiri

Au milieu des centaines d’enseignants contractuels réunis à Conakry pour réclamer leur intégration à la fonction publique, le témoignage de Lonceny Magassouba résonne avec une intensité particulière. Venu de Siguiri, cet enseignant raconte des années de précarité, de sacrifices et d’attente, au point, dit-il, d’avoir vu son foyer se briser.
Mobilisés dans la capitale à l’appel de leurs responsables syndicaux, ces enseignants espèrent obtenir une réponse concrète des autorités après plusieurs années passées à assurer les cours dans les établissements scolaires sans bénéficier d’un statut de fonctionnaire.
« Cela fait longtemps que nous sommes en train de chercher notre intégration auprès de l’administration. L’année dernière, certains de nos collègues ont été recrutés, mais nous sommes restés contractuels. C’est pourquoi nous avons répondu à l’appel de nos responsables », explique Lonceny Magassouba.
Comme de nombreux autres enseignants, il affirme avoir effectué le déplacement à Conakry pour éviter d’être écarté du processus de recrutement.
« Tous les anciens contractuels sont venus pour ne pas être oubliés. Nous voulons que l’État examine enfin notre situation. Franchement, nous avons beaucoup souffert durant toutes ces années », confie-t-il.
Au-delà de cette attente, l’enseignant dénonce ce qu’il considère comme une inégalité de traitement entre les contractuels toujours en poste et certains enseignants déjà titularisés.
« Des personnes ont été recrutées avant nous alors que, sur le terrain, nous estimons avoir davantage d’expérience dans les situations de classe. Si nous sommes ici aujourd’hui, c’est pour réclamer l’équité », soutient-il.
Mais c’est lorsqu’il évoque les conséquences de cette précarité sur sa vie personnelle que son émotion devient palpable.
« Aujourd’hui, ma femme m’a quitté l’année dernière parce que je n’ai rien. En tant qu’enseignant contractuel, je ne gagne presque rien. Ce que nous recevons ne suffit même pas pour acheter du savon ou nourrir la famille », lâche-t-il, visiblement éprouvé.
À travers son témoignage, Lonceny Magassouba lance un appel à la ministre de l’Éducation ainsi qu’aux plus hautes autorités du pays afin que leur situation soit enfin prise en compte.
« Si notre nouvelle ministre peut avoir pitié de nous et permettre notre engagement, ce serait un immense soulagement. Nous demandons également au gouvernement, avec l’appui du président Mamadi Doumbouya, d’examiner notre dossier afin que nous soyons intégrés. C’est notre plus grand souhait », plaide-t-il.
Déterminés à faire entendre leur voix, les enseignants contractuels affirment ne pas vouloir repartir sans garanties.
« Nous ne voulons pas quitter Conakry sans une réponse claire. Nous voulons être recrutés et bénéficier des mêmes droits que ceux qui ont déjà été intégrés », insiste-t-il.
Pour Lonceny Magassouba, cette revendication est d’autant plus légitime que le système éducatif guinéen continue de souffrir d’un déficit d’enseignants.
« Le gouvernement sait qu’il existe une pénurie d’enseignants. Chaque année, des contractuels sont sollicités pour assurer les cours. Nous sommes dans les salles de classe, nous formons les enfants qui seront les cadres de demain. Il est temps que notre engagement soit reconnu », conclut-il.
À travers ce témoignage, c’est toute la détresse d’une frange d’enseignants contractuels qui s’exprime. Derrière les revendications administratives se cachent des parcours marqués par l’incertitude, des sacrifices personnels et l’espoir qu’après des années de service, leur engagement soit enfin reconnu par une intégration à la fonction publique.
Salif Camara pour Planete7.info
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