Le trésor que tout le monde voit…sauf nous. ( Par Mamadou Bachir BARRY)

La Guinée sait qu’elle est riche en bauxite, en or, en fer, c’est devenu une vérité tellement répétée qu’elle en a perdu sa force, mais lorsque tu discutes avec des géologues, avec des ingénieurs, avec ceux qui passent leurs journées dans des zones que personne n’évoque dans les débats publics, tu comprends que notre connaissance réelle du pays est encore loin d’être complète, parce qu’il existe des régions entières où les études n’ont jamais dépassé la surface, des anomalies géologiques identifiées depuis des années mais jamais explorées en profondeur, des indices de minerais stratégiques que le reste du monde s’arrache déjà mais que nous ne prenons même pas le temps d’examiner sérieusement, ce qui veut dire que ce pays est peut-être encore plus riche que ce que nous croyons, simplement parce qu’il n’a pas encore terminé de se découvrir lui-même.
Notre défi n’est pas l’extraction, c’est d’avoir mis trop de poids sur une seule ressource
La bauxite fait tourner une bonne partie de l’économie nationale, nul ne le nie, mais cette dépendance presque totale à un seul minerai crée une fragilité que peu de gens mesurent vraiment, parce que les marchés internationaux changent vite, parfois brutalement, et qu’aujourd’hui déjà, le recyclage d’aluminium prend de l’ampleur, les industriels cherchent des matériaux alternatifs, des pays comme l’Indonésie redéfinissent leur stratégie minière, et la Chine, principal acheteur, réorganise ses priorités, ce qui signifie que rester accrochés à une seule ressource, sans développer le reste, revient à vivre sur une seule jambe tout en espérant courir loin, ce qui n’a jamais été une stratégie gagnante pour aucun pays.
La mine ne crée pas la richesse, ce sont les activités invisibles autour d’elle qui la créent
Quand on observe une mine de l’extérieur, on voit des camions, des engins géants, des charges qui partent vers le port, mais quand tu regardes ce qui fait réellement tourner une mine moderne, tu te rends compte que ce n’est pas l’extraction qui pèse le plus, mais une multitude de services et de compétences dont on ne parle presque jamais : la mécanique lourde, la maintenance industrielle de haute précision, les laboratoires d’analyse minérale, les systèmes électriques complexes, les chaînes logistiques internes, les opérations de sécurité, les logiciels de supervision, les ateliers qui fabriquent ou réparent des pièces spécialisées, les équipes formées qui gèrent l’automatisation, et tout cela représente des milliards sur des années, mais comme ces activités ne sont pas encore maîtrisées localement à grande échelle, ce sont des milliards qui sortent du pays discrètement, sans bruit, alors que c’est exactement là, dans ces chaînes invisibles, que se trouve la véritable opportunité pour la Guinée, car ce que nous ne faisons pas encore, d’autres le font à notre place.
Le futur de la mine appartient à ceux qui maîtrisent les compétences, pas à ceux qui possèdent la roche
Pendant longtemps, on a réduit les métiers miniers à quelques images simples : conducteurs d’engins, soudeurs, géologues, mais aujourd’hui les mines les plus performantes du monde fonctionnent avec des opérateurs de drones, des analystes de données géologiques, des techniciens capables de diagnostiquer des engins à distance, des spécialistes en géotechnique qui anticipent les instabilités, des ingénieurs en automatismes, des modélisateurs 3D, des responsables environnementaux hautement formés, et ce sont ces métiers-là qui construisent la valeur de demain, car un pays qui développe ses compétences monte automatiquement dans la chaîne de valeur, ce qui veut dire que la Guinée, si elle forme sérieusement ses jeunes à ces nouveaux métiers, n’aura plus seulement des mines, elle aura une expertise, et l’expertise vaut toujours plus cher que le minerai.
Simandou n’est pas un projet, c’est un changement de dimension
Simandou n’est pas seulement une affaire de fer, et ceux qui s’arrêtent à cela passent à côté de l’essentiel, car Simandou, dans sa véritable portée, c’est le plus grand corridor ferroviaire jamais construit dans ce pays, un port moderne, des routes nouvelles, un axe qui peut transformer des régions entières, attirer des activités économiques totalement indépendantes de la mine, et connecter des territoires qui n’ont jamais été connectés depuis l’indépendance, ce qui veut dire que la mine, tôt ou tard, s’épuisera, mais les infrastructures, elles, resteront, et c’est leur usage après le minerai qui déterminera si Simandou aura été un simple épisode ou un tournant national.
La Guinée n’a pas seulement un sous-sol riche.
Elle a un espace immense à structurer autour de ce sous-sol.
La vraie prospérité d’un pays minier n’a jamais dépendu du minerai lui-même, mais de sa capacité à créer des ateliers locaux, des PME industrielles, des centres de formation technique, des entreprises spécialisées dans la maintenance, des laboratoires, des unités de transformation, des corridors logistiques polyvalents, tout ce que nous n’avons pas encore construit, pas parce que nous ne pouvons pas, mais parce que nous n’avons pas encore pris la décision de le faire avec cohérence et ambition, et c’est justement cette absence de construction qui représente aujourd’hui notre plus grande marge de progression.
La Guinée est un pays riche, mais pas seulement parce que son sous-sol l’est ; elle est riche parce qu’elle possède un potentiel encore intact, un espace de possibilités que peu de pays ont encore, une jeunesse qui peut apprendre vite, des territoires encore sous-explorés, des industries qui n’attendent que des fondations pour naître, et une histoire minière qui n’en est qu’à son premier chapitre, ce qui veut dire que la vraie question n’est pas de savoir ce que contient la terre, mais ce que nous déciderons de bâtir autour de ce que nous n’avons pas encore développé, et c’est dans cette réponse que se trouve toute la trajectoire future du pays.
“Les ressources naturelles ne créent pas la richesse ; c’est la manière dont un pays les utilise qui en décide.”Joseph Eugene Stiglitz : Prix Nobel d’Économie (2001)
Mamadou Bachir BARRY
Talent Acquistion Specialist | HR Manager | Six Sigma & Lean | Founder & CEO of BARRY & Partners Investment | Author of Guinée : Le temps…
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