Le Premier ministre sur les Classes Préparatoires aux Grandes Écoles, une excellente orientation politique.

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Lors d’une audience accordée aux étudiants boursiers des Classes Préparatoires aux Grandes Écoles (CPGE) se destinant aux prestigieuses écoles africaines de statistique, Monsieur le Premier ministre, Chef du Gouvernement, Amadou Oury BAH a clairement exprimé sa volonté de voir les meilleurs bacheliers guinéens demeurer sur le territoire national plutôt que de leur octroyer d’emblée des bourses d’études à l’étranger. Il a précisé, à cet égard, qu’il convenait d’orienter les lauréats du Baccalauréat vers les CPGE de Dalaba, afin qu’ils y accomplissent leur formation préparatoire avant d’intégrer, sur concours, les écoles d’ingénieurs et de sciences économiques les plus sélectives au monde.

À mon humble avis, cette annonce semble avoir été diversement, voire erronément, interprétée. Il est permis de penser que certains commentateurs n’ont pas saisi la teneur exacte de l’extrait diffusé ou que d’autres ignorent tout simplement ce que sont les CPGE et les débouchés qu’elles offrent.

Les CPGE, une orientation stratégique pleinement fondée

Il convient aujourd’hui d’affirmer, avec fermeté et conviction, que Monsieur le Premier ministre a parfaitement raison. Les jeunes bacheliers boursiers, dont l’âge oscille généralement entre quinze et vingt-deux ans, sont trop souvent orientés vers l’étranger dans des filières qui ne correspondent ni à leurs aspirations profondes ni aux besoins réels du pays. À l’inverse, le dispositif des CPGE ouvre à ces mêmes bacheliers, l’accès à un éventail considérable d’établissements internationaux, parmi les plus sélectifs au monde, et à une offre de filières autrement plus riche et mieux adaptée à leurs vocations.

Plusieurs nations ont d’ores et déjà fait ce choix, érigeant les classes préparatoires en priorité absolue et en alternative privilégiée pour la formation de leurs élites.
Le Maroc en constitue l’illustration la plus probante car le Royaume a structuré, depuis plusieurs décennies, un dense réseau de CPGE publiques, gratuites, adossées à ses lycées d’excellence, par lequel transitent la quasi-totalité de ses meilleurs bacheliers avant toute mobilité internationale. Ce n’est qu’à l’issue de ces deux années de formation rigoureuse, sanctionnées par les concours nationaux, que les lauréats marocains rejoignent les grandes écoles, au Maroc comme à l’étranger.
La Tunisie a fait sienne une logique comparable, avec ses propres classes préparatoires intégrées, tout comme la France elle-même, dont le modèle des CPGE demeure la référence historique.
Dans ces pays, la bourse d’études à l’étranger n’est jamais le premier réflexe : elle intervient en aval d’une formation nationale solide, et non en amont, comme substitut à celle-ci.

Les avantages d’un tel dispositif pour une nation!

Il convient de rappeler, à ce stade de la démonstration, l’ensemble des bénéfices que retire une nation du choix de former ses élites sur son propre sol avant de les projeter à l’international.

En premier lieu, un tel dispositif constitue un puissant levier de souveraineté intellectuelle. Une nation qui maîtrise, dès la sortie du Baccalauréat, la formation de son élite scientifique et technique n’est plus tributaire des seules logiques d’importation du savoir ; elle se donne les moyens de définir elle-même les contenus, les méthodes et les priorités de cette formation, en cohérence avec ses propres besoins de développement.

En second lieu, les CPGE nationales permettent une rationalisation substantielle des ressources publiques. Financer deux années de préparation intensive sur le territoire national, avant une mobilité internationale ciblée et concentrée sur le seul cycle d’école d’ingénieur ou de commerce, s’avère considérablement moins onéreux que de financer, dès le Baccalauréat, un cursus complet à l’étranger, souvent plus long et moins maîtrisé.

En troisième lieu, ce modèle favorise un ancrage plus fort dans le tissu national. Des jeunes formés durant deux années charnières dans leur propre pays, encadrés par des enseignants et selon des standards adaptés à leur contexte, développent un lien plus solide avec leur nation et un engagement plus affirmé à y revenir mettre leurs compétences au service du développement, à rebours du phénomène bien connu de l’exil académique et de la fuite des cerveaux.

Enfin, un système de CPGE performant confère à une nation un rayonnement régional et une capacité d’attractivité. À l’instar du Maroc, qui accueille aujourd’hui des bacheliers de toute l’Afrique subsaharienne et du monde arabe dans ses classes préparatoires, la Guinée peut, à terme, se positionner comme un pôle régional de formation d’élite pour l’Afrique de l’Ouest, transformant ainsi une contrainte perçue en un atout diplomatique et économique.

La portée historique des CPGE de Dalaba

Les CPGE de Dalaba ne sauraient être réduites à une simple filière d’enseignement supplémentaire car elles s’inscrivent dans une trajectoire de refondation nationale engagée depuis la prise de responsabilité du Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD), le 5 septembre 2021. Fidèle à sa doctrine de « rupture par le mérite et la compétence », le Président de la République, le Général Mamadi Doumbouya, a fait de l’éducation l’un des piliers de ce projet de refondation, en décidant, lors d’un Conseil des Ministres tenu en 2023, l’implantation de ce dispositif d’excellence sur le territoire national.

Adossées à la Simandou Academy et inscrites dans la dynamique du programme Simandou 2040, les CPGE de Dalaba ont été officiellement inaugurées le 5 juillet 2025. Elles ont vocation à former les ingénieurs, data scientists, urbanistes, économistes et experts énergétiques appelés à conduire les grands projets structurants du pays. Depuis lors, les résultats obtenus par les étudiants de Dalaba aux concours internationaux d’accès aux grandes écoles d’ingénieurs, en France comme au Maroc, sont venus confirmer la qualité de cette formation et la justesse de ce pari stratégique.

Ce projet marque ainsi une rupture historique avec des décennies de dépendance à l’égard des institutions étrangères pour la formation de l’élite guinéenne. Il traduit une ambition plus vaste, portée personnellement par le Chef de l’État , celle redonner à la Guinée la maîtrise de son avenir intellectuel et technique, et faire de sa jeunesse le moteur d’un État stratège, souverain et résolument tourné vers l’avenir.

Les CPGE de Dalaba, une politique qui ne renie nullement l’ouverture internationale

Il importe de souligner que Monsieur le Premier ministre ne s’oppose nullement, dans son principe, aux bourses d’études à l’étranger. En effet, les CPGE ne représentent qu’un cycle de deux années de formation préparatoire, à l’issue duquel l’ensemble des admis aux grandes écoles poursuivent leur parcours hors du pays, au même titre que leurs homologues marocains, tunisiens, français et autres. Dans les systèmes où la réforme se poursuit, ces CPGE sont d’ailleurs adossées à des écoles ou instituts polytechniques intégrés, garantissant une continuité pédagogique cohérente. Car la science demeure, par nature, universelle, et aucune nation ne saurait se dispenser d’envoyer sa jeunesse se former ailleurs à la condition, toutefois, que celle-ci soit véritablement préparée à revenir servir son pays, à l’image de nos jeunes issus des CPGE de Dalaba, dont l’engagement au retour est manifeste. Plusieurs d’entre eux sont d’ailleurs déjà rentrés au terme de leur cycle d’ingénieur, ce qui demeure aisément vérifiable.

À ce jour, les boursiers guinéens envoyés dans les CPGE marocaines ont validé les mêmes concours d’entrée aux grandes écoles françaises que ceux issus des CPGE de Dalaba, une preuve tangible que la Guinée est en mesure d’offrir, sur son propre sol, une formation d’un niveau d’excellence comparable.

Il convient enfin de rappeler que les étudiants reçus ce jour-là par le Premier ministre sont eux-mêmes des boursiers guinéens ayant suivi le cycle des CPGE, et qui s’apprêtent précisément à poursuivre leur formation à l’étranger, en Côte d’Ivoire et au Sénégal, au sein des plus grandes écoles africaines de statistique. Ce constat suffit à lui seul à démontrer que la démarche du Chef du Gouvernement ne consiste nullement à fermer la Guinée sur elle-même, mais bien à consolider les fondations nationales avant l’envol international.

Notre combat à tous, sous le leadership de nos autorités, consiste à poursuivre l’investissement dans les CPGE et à étendre progressivement ce modèle à l’ensemble du territoire national. Dans les dix prochaines années, nous aurons, sans nul doute, le privilège d’admirer l’ampleur de l’impact d’un tel projet sur la formation de l’élite guinéenne. Il n’est pas superflu, enfin, de rappeler que ce projet des CPGE a été consolidé en 2023, son implantation ayant été décidée lors d’un Conseil des Ministres par Monsieur le Président de la République, le Général Mamadi Doumbouya, animé par la volonté d’offrir à notre jeunesse la meilleure formation académique possible, pour le bien et l’avenir de la Guinée.

Abdoulaye KEITA,
Conseiller Chargé de Mission du MESRS

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