Interdiction des sachets d’eau en Guinée : attention à une transition qui pourrait coûter cher à la population

L’interdiction des plastiques à usage unique en Guinée répond à un objectif légitime : lutter contre l’insalubrité, protéger l’environnement et réduire la pollution des sols, des eaux et du cadre de vie.
Mais une bonne politique publique ne se mesure pas uniquement à la noblesse de son objectif. Elle se mesure aussi à ses conséquences sur la vie quotidienne des populations, à la capacité du pays à l’appliquer et surtout à l’existence d’alternatives accessibles.
C’est précisément sur ce point que je souhaite interpeller les autorités.
Les sachets d’eau ont-ils été suffisamment étudiés avant d’être intégrés à l’interdiction générale des plastiques à usage unique ?
Je ne remets pas en cause la nécessité de lutter contre la pollution plastique. Je pose une question de santé publique et de réalisme économique :
👉 Que va boire une partie de la population qui, aujourd’hui, dépend de l’eau en sachet parce qu’elle n’a pas accès à une eau potable fiable, permanente et abordable ?
Il faut regarder la réalité en face.
Pour une grande partie des ménages, le sachet d’eau représente aujourd’hui une solution extrêmement accessible. Un paquet de 30 sachets peut coûter environ 5 000 GNF selon les lieux et les vendeurs. Pour une famille disposant de faibles revenus, cette dépense reste bien plus accessible que certaines alternatives conditionnées.
Alors, avant de supprimer cette solution, il faut répondre à une question fondamentale :
👉 L’alternative sera-t-elle réellement disponible, potable, contrôlée et financièrement accessible à tous ?
Parce que si nous interdisons les sachets d’eau sans garantir simultanément l’accès à une eau potable sûre, nous risquons de déplacer le problème au lieu de le résoudre.
⚠️ Le danger n’est pas de dire que l’interdiction provoquera automatiquement les maladies diarrhéiques, virales de l’eau sale ou parasitaires. Ce serait scientifiquement excessif.
En revanche, une chose est incontestable : l’accès à une eau potable sûre constitue un élément essentiel de la prévention des maladies hydriques.
Si, après l’interdiction, certaines familles se retrouvent contraintes de recourir davantage à des sources d’eau insuffisamment protégées ou contrôlées : puits, pompes, cours d’eau ou autres sources contaminées, les risques sanitaires pourraient augmenter.
Et lorsqu’il s’agit de santé publique, une politique environnementale doit être accompagnée d’une véritable politique d’accès à l’eau potable.
LA QUESTION EST DONC SIMPLE :
Avant d’interdire les sachets d’eau, avons-nous garanti une eau potable accessible à 100 % des Guinéens ?
Si la réponse est non, alors la transition doit être progressive, organisée et accompagnée.
Il ne suffit pas de dire à une famille :
« N’achetez plus cette eau. »
Il faut pouvoir lui dire simultanément :
« Voici l’alternative. Elle est disponible près de chez vous, elle est contrôlée, elle est sûre et elle coûte autant ou presque autant. »
C’est cela, une politique publique responsable.
ET QUE DEVIENDRONT LES EMPLOIS ?
L’interdiction touche également toute une chaîne économique : producteurs, employés d’usines, distributeurs, grossistes, détaillants, transporteurs, vendeurs ambulants et de nombreuses familles qui vivent directement ou indirectement de cette activité.
Il faut donc éviter de transformer brutalement une politique environnementale en choc économique et social.
Si l’État veut sortir progressivement de l’eau en sachet, qu’il accompagne les producteurs vers :
✅ des emballages recyclables ou réutilisables ;
✅ de nouvelles technologies de conditionnement ;
✅ des systèmes de distribution d’eau potable ;
✅ des fontaines publiques sécurisées ;
✅ des points de vente d’eau contrôlée ;
✅ et surtout une véritable filière nationale de recyclage.
Interdire sans alternative, c’est une rupture.
Interdire avec une transition organisée, c’est une réforme.
NE FAISONS PAS DE L’ENVIRONNEMENT UN COMBAT CONTRE LES PLUS PAUVRES
La protection de l’environnement est une nécessité, je suis moi-même un défenseur de l’environnement depuis plus de 10 ans.
Mais elle doit être compatible avec le niveau de développement économique et social du pays.
La Guinée doit lutter contre les déchets plastiques, oui.
Mais elle doit également empêcher que les populations les plus vulnérables soient les premières victimes d’une transition mal préparée.
Pourquoi ne pas commencer par renforcer la collecte, le recyclage et la récupération des sachets d’eau avant de supprimer brutalement le produit ?
Pourquoi ne pas imposer progressivement aux producteurs un système de récupération et de recyclage des emballages ?
Pourquoi ne pas créer une contribution environnementale sur les emballages afin de financer leur collecte et leur recyclage ?
C’est peut-être là que se trouve la véritable solution : faire payer le coût environnemental du plastique sans supprimer immédiatement une solution d’accès à l’eau pour les populations qui en dépendent.
MONSIEUR LE PRÉSIDENT,
Gouverner, ce n’est pas seulement prendre des décisions courageuses.
Gouverner, c’est aussi anticiper leurs conséquences.
Une décision peut être juridiquement valable, écologiquement défendable et pourtant nécessiter des ajustements lorsqu’elle rencontre la réalité quotidienne de millions de personnes.
Il faut également éviter que des intérêts particuliers, économiques ou administratifs, puissent être confondus avec l’intérêt général. Toute réforme de cette ampleur mérite une évaluation indépendante de ses impacts sanitaires, économiques et sociaux, ainsi qu’un dialogue transparent avec les acteurs concernés.
La Guinée ne doit pas choisir entre l’environnement et la santé, entre l’écologie et l’emploi, ou entre la salubrité et l’accès à l’eau.
Nous devons construire une politique qui protège les trois.
MON APPEL
Monsieur le Président de la République, Président Mamadi Doumbouya
Nous vous invitons respectueusement à réexaminer les modalités d’application de l’interdiction des sachets d’eau, non pas pour abandonner l’objectif de protection de l’environnement, mais pour garantir que cette transition ne crée pas une nouvelle difficulté sanitaire, sociale ou économique.
Avant d’interdire le sachet d’eau, garantissons l’eau potable.
Avant de fermer une industrie, préparons sa reconversion.
Avant de supprimer un produit accessible aux pauvres, proposons-lui une alternative réellement accessible.
Et surtout :
Ne remplaçons pas un problème environnemental par un problème sanitaire et social.
La Guinée a besoin de réformes.
Mais elle a surtout besoin de réformes pensées, préparées, accompagnées et adaptées à sa réalité.
Gouverner, c’est prévoir.
Réformer, c’est anticiper.
Et protéger la population, c’est penser d’abord à ceux qui ont le moins de moyens. 🇬🇳
Conde Mohamed / Conde Le Juriste, Analyste.
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