Guinée : pour une histoire enfin libérée des passions (Par Mohamed Salifou Keîta) 

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Depuis son accession à la souveraineté internationale en 1958, la Guinée n’a jamais cessé d’être un immense laboratoire politique. Des choix audacieux y ont été tentés. Des réussites incontestables y ont été enregistrées. Mais des erreurs majeures, parfois tragiques, y ont également été commises. Comme toute nation, notre pays s’est construit dans les contradictions, les espoirs, les renoncements et les drames.

Pourtant, plus de six décennies après l’indépendance, une question demeure entière : avons-nous véritablement écrit notre histoire ?
La réponse appelle une profonde réflexion.
L’histoire de la Guinée postcoloniale n’a jamais bénéficié de la sérénité indispensable à toute recherche scientifique. Elle est demeurée prisonnière des idéologies, des rapports de force politiques et des fidélités partisanes. Les historiens de l’après-indépendance ont souvent travaillé dans un environnement où la liberté intellectuelle connaissait des limites objectives. Leur formation elle-même s’inscrivait parfois dans des cadres idéologiques qui ne favorisaient pas toujours le recul critique nécessaire à l’écriture d’une histoire pleinement indépendante. C’est précisément là que le bât blesse.

À cette réalité est venu s’ajouter un révisionnisme progressivement élaboré. Un révisionnisme parfois subtil, parfois assumé, qui a consisté à réécrire certains épisodes, à en occulter d’autres, à héroïser certains acteurs tout en condamnant définitivement les autres. Ainsi, notre mémoire collective s’est peu à peu fragmentée. Chaque génération a reçu une histoire incomplète, parfois orientée, souvent passionnelle.

Dans ces conditions, les débats historiques sont devenus des affrontements politiques. Les archives ont cédé la place aux slogans. Les faits ont souvent été remplacés par les émotions. Les convictions personnelles se sont substituées aux démonstrations scientifiques.

C’est pourquoi, dernièrement les interrogations soulevées par Monsieur Kémoko Touré, l’ancien premier patron Africain de la Compagnie des Bauxites de Guinée, méritent toute notre attention. Elles ne constituent pas une provocation. Elles sont une invitation à la réflexion nationale. Elles frappent à la porte de nos consciences et nous rappellent une exigence fondamentale : avoir le courage intellectuel de regarder notre passé avec honnêteté.

Reconnaître les erreurs d’une époque n’efface pas ses mérites. De même, saluer les acquis d’un régime ne saurait conduire à passer sous silence ses dérives. L’histoire ne peut être ni un réquisitoire permanent ni une entreprise de glorification. Elle doit demeurer la recherche patiente de la vérité.

Notre pays a connu des choix heureux. Il en a connu d’autres qui se sont révélés incertains, voire désastreux. Les nier reviendrait à condamner les générations futures à reproduire les mêmes erreurs. Les reconnaître, au contraire, constitue le premier acte de responsabilité envers la Nation.
Nous devons également nous méfier des affirmations trop rapides. L’histoire est une discipline exigeante. Elle ne supporte ni les raccourcis ni les jugements définitifs. Elle exige des preuves, des archives, des témoignages croisés et une confrontation permanente des sources.

Aujourd’hui encore, des groupes de conviction continuent de défendre leurs lectures respectives du passé comme s’il existait une vérité exclusive appartenant à un seul camp. Cette posture entretient les fractures mémorielles et empêche la naissance d’un récit national partagé.

Or aucune société ne peut durablement construire son avenir sur des mémoires antagonistes.

L’humilité devrait être notre première méthode. Aucun homme politique n’a totalement réussi. Aucun n’a totalement échoué. Aucun régime n’a été exclusivement lumineux ou exclusivement obscur. L’œuvre humaine porte toujours les marques de ses limites.

C’est pourquoi le devoir des intellectuels, des universitaires et des historiens est immense. Ils doivent s’affranchir des fidélités partisanes pour revenir aux exigences de la méthode scientifique. Ils doivent ouvrir les archives, confronter les témoignages, écouter toutes les mémoires et restituer les faits avec rigueur.

La Guinée mérite enfin une histoire écrite sans peur, sans vengeance et sans complaisance. Une histoire capable de réconcilier les générations avec elles-mêmes. Une histoire qui ne soit ni celle des vainqueurs ni celle des vaincus, mais celle d’un peuple ayant connu des heures de gloire comme des moments de profonde douleur.

Le véritable patriotisme ne consiste pas à embellir le passé. Mais, consiste à le comprendre pour mieux préparer l’avenir. Une nation ne s’affaiblit jamais en regardant lucidement son histoire. Elle s’affaiblit lorsqu’elle refuse de la connaître.
Le temps est peut-être venu d’ouvrir ce grand chantier de vérité historique. Ce n’est pas pour juger les hommes d’hier, mais pour éclairer les citoyens de demain.

Mohamed Salifou Keîta est un journaliste et écrivain. 

Expert en communication stratégique. Ingénieur en intelligence culturelle. 

Lobbhyiste et consultant international 

 

Contact Planete7.info: 624045895/ 625214852

Planete7guinee@gmail.com 

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