Mines et environnement : le Dr Ibrahima Diogo Diallo plaide pour une nouvelle valorisation de la bauxite guinéenne

sonoco sites

Face aux limites du modèle fondé sur l’exportation de la bauxite brute et aux contraintes énergétiques du pays, le Dr Ibrahima Diogo Diallo préconise des solutions industrielles progressives. Lors d’une table ronde organisée le vendredi 16 octobre 2026 à Conakry, l’expert en géologie minière et technologies des matériaux a notamment présenté les alumines de spécialité comme une piste à explorer pour accroître la valeur ajoutée locale.

« Pourquoi continuer à exporter autant de quantités bauxitiques pendant que nous perdons en valeur ? » La question posée par le Dr Ibrahima Diogo Diallo résume le défi auquel la Guinée est confrontée : comment tirer davantage profit de ses ressources minières en développant une véritable industrie de transformation locale ?

C’est autour de cette problématique que l’expert a articulé son intervention lors de la table ronde organisée par l’Observatoire guinéen des conjonctures économiques (OGCE), consacrée aux enjeux des mines et de l’environnement. Son exposé, intitulé « Nouvelles voies de valorisation et perspectives industrielles », a mis en avant plusieurs solutions susceptibles de diversifier les produits issus de la bauxite guinéenne et de renforcer les retombées économiques de son exploitation.

Avec ses importantes réserves de bauxite, la Guinée occupe une place majeure dans l’industrie minière mondiale. Mais, pour le Dr Ibrahima Diogo Diallo, l’importance des ressources disponibles ne suffit pas à garantir des bénéfices économiques à la hauteur du potentiel national. L’enjeu consiste désormais à mieux valoriser cette richesse.

« Vous savez qu’en Guinée, depuis plus d’un demi-siècle maintenant, le sujet de la bauxite fait écho et on nous parle de 7,4 milliards de réserves qui feraient que la Guinée soit l’un des pays les plus riches en bauxite au monde », a-t-il rappelé.

Évoquant les performances du pays sur le marché international, notamment les 182,8 millions de tonnes d’exportations mentionnées dans son intervention, le spécialiste a appelé à repenser les mécanismes de valorisation de cette ressource.t5g5 vqsb. qqnhss

À ses yeux, la poursuite des exportations de bauxite à l’état brut pose la question des revenus que la Guinée pourrait générer en développant des produits transformés sur son territoire.

« Si vous continuez à vendre de la bauxite à 35 ou maximum 40 dollars la tonne, c’est une perte si vous pouvez en vendre à 1 000 dollars ou plus », a-t-il souligné.

À travers cette comparaison, l’expert met en évidence le potentiel économique des produits à forte valeur ajoutée. Il estime que la transformation locale mérite une place plus importante dans les stratégies industrielles du pays, à condition de privilégier des solutions adaptées aux réalités nationales.

Pour répondre à ce défi, le Dr Ibrahima Diogo Diallo a présenté plusieurs alternatives de transformation regroupées sous l’appellation d’« alumines de spécialité ». Cette approche vise à explorer des filières industrielles complémentaires à la production classique d’alumine métallurgique.

« On nous a demandé de réfléchir à une alternative, d’abord au niveau de la connaissance de la bauxite sous l’étendue nationale du sol guinéen, mais aussi au niveau de sa transformation », a-t-il expliqué.

Les travaux présentés ont permis d’identifier dix alternatives, réparties par l’expert en quatre grandes familles.

« Nous avons proposé des alternatives qu’on a appelées les alternatives modulaires ou, si vous voulez, les alumines de spécialité. On en a proposé dix, mais que moi personnellement, j’ai rangées en quatre grands groupes », a-t-il précisé.

Ces familles comprennent les alumines calcinées, les alumines tabulaires, les alumines hydratées et les alumines de très haute pureté, désignées par le sigle anglais HPA. Ces dernières peuvent atteindre une teneur en alumine de 99,99 %, selon les éléments présentés par le spécialiste.

Pour le Dr Ibrahima Diogo Diallo, ces différentes options ouvrent des perspectives de diversification des produits issus de la bauxite. Elles pourraient également contribuer à l’émergence de nouvelles activités industrielles, sous réserve d’évaluations techniques et économiques approfondies.

L’objectif est de dépasser une économie minière principalement tournée vers l’exportation de la matière première, en examinant les possibilités de transformation offrant davantage de valeur ajoutée au pays.

Si la transformation locale apparaît comme une perspective prometteuse, sa concrétisation reste confrontée à plusieurs obstacles, notamment les besoins énergétiques des grandes installations industrielles.

Le spécialiste estime que les capacités actuelles de la Guinée imposent de réfléchir à des solutions progressives plutôt que de miser exclusivement sur des infrastructures de très grande dimension.

« Déjà aujourd’hui, nous n’avons pas la capacité énergétique nécessaire pour construire en Guinée des raffineries, des méga-raffineries qui produisent l’alumine métallurgique », a-t-il affirmé.

Il a notamment évoqué des besoins pouvant atteindre 300 mégawatts pour une seule grande raffinerie, soulignant ainsi l’ampleur des investissements énergétiques nécessaires à ce type de projet.

Dans ce contexte, le développement d’unités modulaires figure parmi les pistes qu’il invite à examiner. L’approche consiste à rechercher des solutions compatibles avec les capacités techniques, énergétiques et financières du pays, tout en préparant une montée en puissance progressive de l’industrialisation.

« Donc, il faut trouver des alternatives, tenir compte de nos réalités et accepter d’évoluer, de ne pas sauter le pas, accepter d’aller pas à pas pour relever le défi de l’industrialisation qui est majeur », a-t-il insisté.

Pour l’expert, l’ambition industrielle doit ainsi s’accompagner d’une démarche réaliste, fondée sur l’évaluation des moyens disponibles et des contraintes à surmonter.

Au-delà des questions énergétiques et technologiques, le Dr Ibrahima Diogo Diallo a insisté sur une étape qu’il juge fondamentale : la caractérisation précise des ressources bauxitiques du pays.

Disposer d’importantes réserves ne suffit pas. Encore faut-il connaître les caractéristiques des minerais disponibles, déterminer leurs propriétés et identifier les procédés de transformation les mieux adaptés.

« Il faut connaître, maîtriser exactement la bauxite que nous avons en Guinée. Ne pas se dire que nous avons la bauxite, mais ne pas pouvoir s’expliquer sur la nature de la bauxite que nous avons », a-t-il averti.

Cette connaissance doit, selon lui, reposer sur la classification des minerais, la réalisation d’essais techniques et l’évaluation des coûts liés au transport, aux infrastructures et aux technologies nécessaires à leur transformation.

L’ensemble de ces paramètres doit être pris en compte avant tout engagement dans un projet industriel, afin d’en apprécier la faisabilité et les perspectives de rentabilité.

« C’est primordial d’abord à la base de classifier et puis de faire tous les essais possibles, d’évaluer les coûts sur le transport, sur les infrastructures, sur tout ce que vous voulez, sur les technologies, avant de conclure à travers une étude de faisabilité », a-t-il expliqué.

Le spécialiste a également souligné que les propositions présentées ne constituaient qu’une première étape. Il entend poursuivre les travaux afin d’évaluer concrètement les coûts et les conditions de réalisation des différentes options envisagées.

« Nous n’allons pas nous limiter à cette proposition qui est plutôt stratégique. Nous irons jusqu’à l’évaluation des coûts à travers des études de faisabilité très bien réfléchies et très bien ficelées », a-t-il assuré.

À travers cette intervention, le Dr Ibrahima Diogo Diallo invite à élargir la réflexion sur l’avenir du secteur minier guinéen. Au-delà des quantités extraites et exportées, la question centrale reste celle de la valeur économique que le pays peut tirer de ses ressources naturelles.

La diversification des produits, le développement de solutions modulaires et une meilleure connaissance des minerais constituent, selon les pistes exposées, des axes à approfondir pour renforcer la transformation locale.

La concrétisation de ces perspectives dépendra toutefois de plusieurs conditions : des études de faisabilité rigoureuses, des investissements adaptés, une disponibilité énergétique suffisante et une prise en compte effective des exigences environnementales.

Pour la Guinée, l’enjeu est de trouver un équilibre entre l’exploitation de ses ressources, les contraintes auxquelles elle fait face et ses ambitions industrielles.

Le message du Dr Ibrahima Diogo Diallo est sans équivoque : plutôt que de rechercher une industrialisation précipitée, le pays doit identifier des solutions réalistes, avancer par étapes et explorer les voies susceptibles de transformer davantage sa richesse minière en valeur ajoutée locale.

Salif Camara pour Planete7.info

Contact Planete7.info : 624045895/625214852

Planete7guinee@gmail.com

Les commentaires sont fermés, mais trackbacks Et les pingbacks sont ouverts.

Accueil
Radio
Tv
Replays