Avantages du découpage administratif pour le secteur de l’éducation et de la formation (Par Aboubacar Mandela Camara)

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Le 20 août dernier, le Président de la République, Son Excellence Monsieur Mamadi DOUMBOUYA a érigé onze anciennes sous-préfectures en préfectures (Kamsar, Timbo, Tokounou, Djalakoro, Sabadou Baranama, Doko, Siguirini, Kintinian, Sinko, Kouankan et Karala) et deux anciennes préfectures en régions administratives (Beyla et Siguiri). Passant ainsi de deux (2) à trois (3) régions administratives et de neuf (9) à quinze (15) préfectures en Haute Guinée ; d’une (1) à deux (2) régions administratives et de six (6) à neuf (9) préfectures en Guinée Forestière ; puis, de huit (8) à neuf (9) préfectures en Moyenne Guinée. Au total, la Guinée compte désormais quarante-quatre (44) préfectures et treize (13) communes (zone spéciale de Conakry) pour dix (10) régions administratives.

Ce découpage administratif présente de nombreux avantages pour l’émergence des localités en question et le développement socio-économique du pays tout entier : rapprocher les administrateurs des gouvernés et accélérer le développement local.

Le secteur social (éducation, santé…) en est le principal bénéficiaire, particulièrement l’éducation qui fait l’objet de la présente analyse. Pour mieux cerner les avantages du découpage administratif pour le secteur de l’éducation et de la formation, posons-nous les questions ci-après :

-quel est l’état des lieux actuel de l’éducation à l’intérieur du pays ?

-quels avantages la communauté éducative pourrait-elle tirer du découpage administratif ?

-quelles mesures devrait-on prendre pour la transformation de l’éducation à l’intérieur du pays ?

En effet, il est à noter que le système éducatif guinéen est caractérisé par une iniquité manifeste entre zones urbaines et zones rurales, plus précisément entre la zone spéciale de Conakry et les localités de l’intérieur du pays. Les immersions gouvernementales qui ont eu lieu courant mai-juin 2022 et février 2025, ont révélé de sérieux défis dans le domaine de l’éducation en termes d’accès et équité, de qualité des enseignements et apprentissages ainsi que de gouvernance et pilotage du secteur. En plus de mes nombreuses missions à l’intérieur du pays, notamment dans le cadre de la coordination des examens nationaux, j’ai eu l’honneur de participer à ces deux immersions gouvernementales. Passons donc en revue quelques défis constatés :

-Etat des lieux des infrastructures et services :

▪️︎ Dans la région de N’Zérékoré : 1618 établissements scolaires en service (Ecoles/Etablissements, bâtiments administratifs, IRE et DPE) nécessitent tous une rénovation dont 18 établissements sont en état d’abandon ;

▪️︎ Dans la région de Faranah : 1404 établissements scolaires en service (Ecoles/Etablissements, bâtiments administratifs, IRE et DPE) nécessitent tous une rénovation dont 02 en état d’abandon ;

▪️︎ Dans la région de Kankan : 2065 établissements scolaires en service (Ecoles/Etablissements, bâtiments administratifs, IRE et DPE), à l’exception de Mandiana nécessitent une rénovation dont 18 en état d’abandon.

De façon générale, la grande majorité des écoles/établissements dans ces régions, y compris les sièges des IRE et DPE ne sont pas dans des conditions requises d’apprentissage et de travail et, les constructions ne tiennent pas compte de la carte scolaire.

-Qualité des enseignements et apprentissages :

Parlant de la qualité des enseignements et apprentissages, on peut noter entre autres :

▪️︎ le besoin en formation des enseignants nouvellement intégrés à la fonction publique ;

▪️︎ le besoin en formation professionnalisante des directeurs d’écoles et chefs d’établissements scolaires en matière de gestion et de leadership ;

▪️︎ le manque de brochures programmes par endroit ;

▪️︎ le manque de personnels et de fournitures de préapprentissage au niveau des centres d’alphabétisation par endroit.

-Gouvernance et pilotage du secteur

Pour ce qui est de ce troisième volet tout aussi important, il a été relevé :

▪️︎ plusieurs nominations à titre conservatoire sans confirmation, autrement dit, des intérimaires datant de plusieurs années ;

▪️︎ l’insuffisance de connaissances et d’application des manuels de procédures de gestion administrative et pédagogique des IRE et des DPE ;

▪️︎ l’insuffisance de connaissances et d’interprétation de textes législatifs et réglementaires régissant le fonctionnement des services à la base ;

▪️︎ le dysfonctionnement dans les rapports entre les services centraux du ministère et les services déconcentrés dû à cette insuffisance de connaissances et d’interprétations de textes législatifs et réglementaires régissant leur fonctionnement ;

▪️︎ la fixation de frais de cotisations parentales en violation de la législation en vigueur.

Ces défis éducatifs, relevés parmi tant d’autres dans ces trois régions administratives peuvent être extrapolés dans les autres localités de la Guinée (Moyenne Guinée et Basse Guinée).

A présent, intéressons nous aux avantages de ce découpage administratif. A ce titre, notons que plusieurs avantages s’offrent aux collectivités locales avec des impacts tangibles et durables dans tous les secteurs. Pour ce qui est de l’éducation, les avantages pourraient être entre autres :

  • la dotation des services déconcentrés (IREA-ETFP, DPEA-ETFP/DCEA-ETFP) de ressources financières adéquates pour leur fonctionnement et la mise en œuvre de leurs plans de développement en matière d’éducation et de formation ;
  • la mobilisation, le renforcement des capacités et l’implication de toutes les parties prenantes pour le renforcement de la gouvernance éducative locale ;
  • la concrétisation de la politique de décentralisation de l’éducation conformément au code révisé des collectivités locales ;
  • l’affectation, le renforcement des compétences et l’amélioration des conditions de vie et de travail des personnels de l’éducation à la base en vue de leur rétention ;
  • la construction et l’équipement d’établissements scolaires (écoles primaires à cycle complet, collèges, lycées) modernes au niveau local ;
  • la rétention des jeunes élèves à l’intérieur du pays et l’amélioration des taux de scolarisation grâce aux écoles/établissements scolaires de proximité ;
  • la qualification des enseignements et apprentissages à la base afin d’atténuer, voire d’éradiquer l’iniquité du système ;
  • La facilitation de l’encadrement rapproché et du suivi permanent des services déconcentrés et des écoles/établissements scolaires au niveau local ;
  • l’amélioration des taux de réussite scolaire à tous les niveaux (local et national) ; etc.

Parlant des mesures à prendre pour la transformation de l’éducation à l’intérieur du pays, nous pouvons noter, entre autres :

Du point de vue de la gouvernance et du pilotage :

○ élaborer un plan d’urgence pour faire face aux défis susmentionnés ;

○ confirmer les propositions de nomination aux postes intérimaires dans les services déconcentrés et dans les établissements scolaires ;

○ mettre en place un dispositif digital pour diffuser l’ensemble des documents pédagogiques et administratifs (brochures programmes ; manuels de procédures ; textes et lois régissant le fonctionnement des écoles et établissements ;

○ construire ou rénover et équiper les sièges des IRE et DPE en incluant des logements pour les chefs de services ;

○ renforcer les compétences des responsables des services déconcentrés en planification, management public, gestion de projets et leadership éducatif ;

○ accélérer l’élaboration de la nouvelle carte scolaire en tenant compte des défis actuels en matière de construction d’infrastructures scolaires.

Du point vue qualité des enseignements et apprentissages :

○ initier des formations périodiques en faveur des enseignants suivant les besoins ou lacunes ;

○ doter les écoles et établissements scolaires de brochures programmes et de manuels scolaires en quantités suffisantes ;

○ doter les centres d’alphabétisation en personnels et fournitures de préapprentissage ;

○recruter des enseignants pour combler le gap restant.

Du point vue accès et équité

○relancer le programme de rénovation/extension, d’équipement et d’aménagement des écoles et établissements scolaires délabrés ;

○accélérer la construction des chantiers en cours.

Enfin, retenons que la décision de découpage administratif nouvellement prise par les autorités compétentes, est une décision hautement salutaire. De nombreux avantages en découlent pour tous les secteurs socio-économiques, notamment celui de l’éducation et de la formation. Nous sommes convaincus que les autorités ne tarderont pas à l’élargir à d’autres localités du pays qui en ont, tout aussi, besoin pour une meilleure gouvernance locale, y compris dans le domaine de l’éducation.

Références :

-Le décret D 2026/0258/PRG/SGG portant création de nouvelles préfectures, JT RTG du 20 août 2026 ;

-Le décret D 2026/0259/PRG/SGG portant création de nouvelles régions administratives, JT RTG du 20 août 2026 ;

-Le rapport de mission du MEPU-A dans le cadre de l’immersion gouvernementale (février 2025).

 

 

Aboubacar Mandela Camara

Sociologue, Expert-Consultant en gouvernance des systèmes éducatifs/Auteur

Formateur en leadership scolaire et spécialiste des questions de genre

Ancien Conseiller Technique chargé des questions de législation scolaire au MEPU-A

 

Contact Planete7.info : 624045895/625214852

Planete7guinee@gmail.com

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