Tayaki : entre pollution marine et concurrence des bateaux modernes, les pêcheurs artisanaux à bout de souffle

À Tayaki, dans la commune urbaine de Sonfonia, les pêcheurs artisanaux décrivent un quotidien marqué par la cherté des équipements, les déchets plastiques et les risques liés à la navigation. Face à ces difficultés, ils réclament une meilleure prise en compte de leurs conditions de travail et des mesures concrètes pour assurer leur sécurité.
Le soleil n’a pas encore totalement imposé sa chaleur sur le littoral que l’activité a déjà commencé. Au bord de l’océan, les pirogues se succèdent, les filets s’étalent sur le sol et les pêcheurs s’affairent autour de leurs équipements. Ici, chaque sortie en mer se prépare avec minutie. Avant de prendre le large, il faut vérifier les filets, réparer les mailles endommagées et s’assurer que le matériel est en état.

Dans cet environnement où le bruit des vagues accompagne les gestes du quotidien, la pêche artisanale demeure une activité essentielle pour de nombreuses familles. Mais derrière cette apparente routine se cache une réalité de plus en plus difficile. Entre la hausse du coût des équipements, la pollution marine, la présence des embarcations modernes et le manque d’infrastructures, les pêcheurs de Tayaki disent exercer leur métier dans des conditions particulièrement éprouvantes.
Assis au milieu des filets, Soumah Ibrahim s’applique à monter un nouvel équipement de pêche. Le geste est précis, méthodique. Pour ce pêcheur, la maîtrise de cette technique constitue une nécessité dans un métier où chaque dépense compte.

« Nous sommes des pêcheurs, c’est pourquoi tu nous as trouvés en train de monter un nouveau filet de pêche. Si tu as déjà appris la pêche, il faut aussi apprendre comment monter un filet, parce que c’est aussi une autre activité à part la pêche. Si tu ne maîtrises pas ça en tant que pêcheur, tu vas toujours dépendre des autres », explique-t-il.
À Tayaki, savoir confectionner ou réparer ses propres filets permet de limiter la dépendance à l’égard des autres artisans. Mais cette autonomie ne suffit pas à alléger le poids des dépenses. Le matériel de pêche, devenu particulièrement coûteux, pèse sur les revenus des professionnels.
« On a assez de difficultés dans cette activité. Nos matériels sont très chers au marché. Un demi-filet seulement, on le paye jusqu’à 300 000 francs guinéens, parfois même au-delà », déplore Soumah Ibrahim.
Pour ces pêcheurs, chaque filet représente un investissement important. Une dépense qui devient encore plus lourde lorsque le matériel est endommagé en mer.
À Tayaki, l’océan n’est pas seulement un espace de travail. Il est aussi devenu, selon les pêcheurs, une source de difficultés supplémentaires. Les déchets plastiques qui flottent dans l’eau s’accrochent aux filets, les déchirent et compliquent les opérations de pêche.

Soumah Ibrahim décrit une situation qui affecte directement son activité :
« L’océan est rempli de saletés, surtout les déchets plastiques, et cela nous cause d’énormes dégâts. Nos filets sont percés et on n’arrive pas à bien faire la pêche quand on sort. »
Les conséquences sont à la fois matérielles et économiques. Un filet endommagé doit être réparé ou remplacé, ce qui occasionne des dépenses supplémentaires. Pour des pêcheurs dont les revenus dépendent des prises quotidiennes, ces dégâts représentent une difficulté de plus.
La pollution marine ne se limite donc pas à une question environnementale. Elle touche directement les outils de travail et fragilise davantage une activité déjà confrontée à la hausse du coût des équipements.
Au-delà de la pollution, une autre préoccupation revient dans les témoignages recueillis à Tayaki : la cohabitation entre les pirogues artisanales et les embarcations modernes.
Pour les pêcheurs, cette présence sur les mêmes espaces de navigation accentue les risques en mer. Soumah Ibrahim évoque une situation qu’il juge particulièrement dangereuse pour les petites embarcations.
« Nous sommes en danger entre les bateaux modernes et nous ici. Une fois sur l’océan, ils nous empêchent vraiment de pêcher comme on le veut et c’est une situation très grave. Nous naviguons dans des pirogues, donc tu vois le risque qui est là. Notre vie est vraiment en danger, car on ne sait pas quand on va mourir », témoigne-t-il.

Dans une pirogue, les pêcheurs disposent de moyens limités face à des embarcations plus imposantes. Une différence de taille qui, selon eux, rend les incidents particulièrement redoutables.
« Certains sont en panne sur l’océan, certains sont noyés. Et tu imagines, bateau contre pirogue, il n’y a pas match », ajoute le pêcheur.
Ces propos traduisent la crainte d’une communauté qui affirme ne pas se sentir suffisamment protégée lors de ses sorties en mer.

Pour Alseny Camara, natif de Tayaki et lui-même pêcheur, les difficultés de la communauté ne datent pas d’hier. Elles révèlent surtout, selon lui, un manque d’attention des autorités à l’égard des acteurs de la pêche artisanale.
« Nous ici, nous sommes les oubliés de la commune urbaine de Sonfonia. Que ce soit les autorités sortantes ou bien les nouvelles autorités, personne ne pense à nous, pourtant nous relevons de cette commune », affirme-t-il.
Son témoignage met en lumière le sentiment de marginalisation exprimé par certains pêcheurs. Alors que leur activité contribue aux revenus de nombreuses familles, ils estiment ne pas bénéficier d’un accompagnement à la hauteur des difficultés rencontrées sur le terrain.
La circulation des bateaux modernes figure également parmi leurs principales préoccupations.
« Nous, les pêcheurs artisanaux, nous souffrons ici parce que parfois même les bateaux ont envie de marcher sur nous », dénonce Alseny Camara.
Une déclaration qui illustre, selon lui, la vulnérabilité des pêcheurs artisanaux dans un espace maritime où les moyens de navigation sont inégaux.

À Tayaki, les pêcheurs évoquent aussi leurs rapports avec les autorités navales du port de Kaporo. Alseny Camara affirme que les professionnels s’acquittent de certaines taxes, mais déplore l’absence d’assistance lorsqu’ils rencontrent des difficultés en mer.
« Les autorités navales qui sont au port de Kaporo nous ont mis des taxes à payer et nous nous acquittons de ces taxes sans manquement. Mais jamais ils ne viennent nous secourir quand nous sommes dans des difficultés ici », soutient-il.
Cette situation alimente les frustrations au sein de la communauté. Pour les pêcheurs, les obligations auxquelles ils sont soumis devraient, selon eux, s’accompagner de mesures de sécurité et d’un soutien effectif en cas de danger.
Les propos d’Alseny Camara constituent toutefois le témoignage d’un acteur local. Ils n’ont pas été accompagnés, dans les éléments disponibles, d’une réaction des autorités navales concernées.
Les difficultés ne se limitent pas aux sorties en mer. Sur le littoral de Tayaki, les pêcheurs affirment également faire face à un manque d’espace pour stationner leurs pirogues et entreposer leurs filets.
Alseny Camara se souvient d’une époque où l’organisation de l’activité lui semblait plus simple :
« Avant l’arrivée de ces bateaux modernes, on était tranquille ici. On pratiquait calmement notre activité. Mais depuis leur arrivée, tout est devenu compliqué pour nous. Nous n’avons où garer nos bateaux, ni où mettre nos filets », raconte-t-il.
À cette contrainte s’ajoute l’attente d’équipements annoncés aux pêcheurs. Selon Alseny Camara, des machines leur auraient été promises, mais leur mise à disposition ne s’est toujours pas concrétisée.
« On nous avait promis ici qu’on allait recevoir des machines, mais jusqu’à présent rien n’est fait. Chaque jour, ce sont des promesses non tenues. Nous, les pauvres, on n’a pas droit au bien-être ici avec ces autorités », regrette-t-il.
Aucune précision supplémentaire n’a été fournie sur la nature de ces machines, leur nombre ou le calendrier initialement annoncé pour leur livraison.
Face à l’accumulation de ces difficultés, les pêcheurs de Tayaki appellent les autorités à intervenir. Leur demande porte notamment sur l’amélioration de leurs conditions de travail, la sécurisation des espaces de navigation et un accompagnement plus adapté aux réalités de la pêche artisanale.
« Nous lançons vraiment un appel pressant auprès du gouvernement pour venir résoudre ce problème, car beaucoup comptent sur nous ici », conclut Alseny Camara.
Sur le littoral de Tayaki, les filets continuent d’être montés, les pirogues préparées et les pêcheurs de prendre la mer malgré les obstacles. Mais derrière chaque sortie se dessine une même inquiétude : celle de voir une activité indispensable à la vie de nombreuses familles devenir toujours plus difficile à exercer.
Entre les déchets plastiques qui déchirent les filets, les équipements dont le prix pèse sur les revenus, le manque d’espace et les risques liés aux embarcations modernes, les pêcheurs artisanaux de Tayaki demandent aujourd’hui plus qu’une promesse : des réponses concrètes pour pouvoir continuer à vivre de leur métier en sécurité.
Antoine Neima pour Planete7.info
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