Système de santé guinéen : un miroir des injustices institutionnalisées

Il est temps que l’opinion publique comprenne une chose essentielle : 𝗹𝗲 𝗽𝗿𝗼𝗳𝗲𝘀𝘀𝗶𝗼𝗻𝗻𝗲𝗹 𝗱𝗲 𝘀𝗮𝗻𝘁é (biologiste médical, médecin, infirmier, etc.), malgré le serment qu’il prête, 𝗻’𝗲𝘀𝘁 𝗽𝗮𝘀 𝘂𝗻 𝗯é𝗻é𝘃𝗼𝗹𝗲 𝗽𝗮𝗿 𝗻𝗮𝘁𝘂𝗿𝗲. Il a certes choisi une vocation noble, mais cela reste avant tout 𝘂𝗻 𝗺é𝘁𝗶𝗲𝗿, un moyen de subsistance, de survie et de dignité. Trop souvent, on oublie qu’il a passé 𝗽𝗹𝘂𝘀 𝗱’𝘂𝗻𝗲 𝗱é𝗰𝗲𝗻𝗻𝗶𝗲 à 𝘀𝗲 𝗳𝗼𝗿𝗺𝗲𝗿, souvent dans des conditions extrêmement contraignantes.
Pourquoi acceptons-nous sans réserve que le banquier prélève ses agios, que l’avocat facture ses consultations, que l’ingénieur valorise son expertise, et pourtant, 𝗮𝘁𝘁𝗲𝗻𝗱𝗼𝗻𝘀-𝗻𝗼𝘂𝘀 𝗱𝘂 𝗺𝗲́𝗱𝗲𝗰𝗶𝗻 𝗾𝘂’𝗶𝗹 𝘀𝗼𝗶𝗴𝗻𝗲 𝗴𝗿𝗮𝘁𝘂𝗶𝘁𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 ? Ce raisonnement est non seulement injuste, mais profondément hypocrite. Le professionnel de santé a, lui aussi, des obligations familiales, des charges, et mérite 𝘂𝗻𝗲 𝗿é𝗺𝘂𝗻é𝗿𝗮𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗱é𝗰𝗲𝗻𝘁𝗲 à la hauteur de ses compétences — vitales.
Quand un médecin offre ses services gratuitement, 𝗶𝗹 𝗳𝗮𝗶𝘁 𝗱𝗲 𝗹’𝗵𝘂𝗺𝗮𝗻𝗶𝘁𝗮𝗶𝗿𝗲. Mais cela ne doit jamais devenir la règle, encore moins une attente ou une obligation sociale. Les soins ont une 𝘃𝗮𝗹𝗲𝘂𝗿 et le respect de cette valeur passe aussi par leur juste reconnaissance financière.
𝗘𝘁 𝗽𝗼𝘂𝗿𝘁𝗮𝗻𝘁, en Guinée, la majorité des personnels qui assurent aujourd’hui la continuité des soins dans nos hôpitaux publics 𝗻𝗲 𝘀𝗼𝗻𝘁 𝗽𝗮𝘀 𝗱𝗲𝘀 𝗳𝗼𝗻𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻𝗻𝗮𝗶𝗿𝗲𝘀. Ce sont principalement 𝗱𝗲𝘀 𝘀𝘁𝗮𝗴𝗶𝗮𝗶𝗿𝗲𝘀, 𝗱𝗲𝘀 𝗶𝗻𝘁𝗲𝗿𝗻𝗲𝘀, 𝗼𝘂 𝗱𝗲𝘀 𝗰𝗼𝗻𝘁𝗿𝗮𝗰𝘁𝘂𝗲𝗹𝘀, qui ne gagnent parfois 𝗺ê𝗺𝗲 𝗽𝗮𝘀 𝟱𝟬𝟬.𝟬𝟬𝟬 𝗚𝗡𝗙 𝗽𝗮𝗿 𝗺𝗼𝗶𝘀, alors que leurs charges mensuelles dépassent largement 𝟱.𝟬𝟬𝟬.𝟬𝟬𝟬 𝗚𝗡𝗙. Ce déséquilibre est à la fois inhumain et indéfendable.
Certes, quelques fonctionnaires existent, mais beaucoup 𝗻𝗲 𝘀𝗲 𝗽𝗿é𝘀𝗲𝗻𝘁𝗲𝗻𝘁 𝗽𝗮𝘀 𝗿é𝗴𝘂𝗹𝗶è𝗿𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝗮𝘂 𝘁𝗿𝗮𝘃𝗮𝗶𝗹. Ce sont les jeunes stagiaires 𝘀𝗮𝗻𝘀 𝗰𝗼𝗻𝘁𝗿𝗮𝘁, 𝘀𝗮𝗻𝘀 𝘀𝗮𝗹𝗮𝗶𝗿𝗲, 𝘀𝗮𝗻𝘀 𝗿𝗲𝗰𝗼𝗻𝗻𝗮𝗶𝘀𝘀𝗮𝗻𝗰𝗲 qui portent à bout de bras le fonctionnement de nos hôpitaux. Leur « récompense » ? 𝗨𝗻𝗲 𝗽𝗿𝗶𝗺𝗲 𝗱é𝗿𝗶𝘀𝗼𝗶𝗿𝗲 𝗱𝗲 𝟭𝟬𝟬.𝟬𝟬𝟬 𝗚𝗡𝗙, 𝗽𝗮𝗿𝗳𝗼𝗶𝘀 𝘂𝗻 𝗽𝗲𝘂 𝗽𝗹𝘂𝘀.
Comment ces professionnels sont-ils censés vivre ? La réponse est brutale : 𝘀𝘂𝗿 𝗹𝗲 𝗱𝗼𝘀 𝗱𝗲𝘀 𝗺𝗮𝗹𝗮𝗱𝗲𝘀. C’est ici que commence l’engrenage de la maltraitance, de l’hostilité involontaire, et du désengagement moral. Le système fabrique 𝗱𝗲𝘀 𝗽𝗿𝗼𝗳𝗲𝘀𝘀𝗶𝗼𝗻𝗻𝗲𝗹𝘀 𝗳𝗿𝘂𝘀𝘁𝗿é𝘀, acculés à des pratiques discutables, non par choix, mais par 𝗻é𝗰𝗲𝘀𝘀𝗶𝘁é 𝘃𝗶𝘁𝗮𝗹𝗲.
Pire encore, 𝟵𝟬 % 𝗱𝗲𝘀 𝗳𝗼𝗻𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻𝗻𝗮𝗶𝗿𝗲𝘀 𝗱𝗲 𝘀𝗮𝗻𝘁é censés offrir leurs services gratuitement à la population — car 𝗿é𝗺𝘂𝗻é𝗿é𝘀 𝗽𝗮𝗿 𝗹’𝗘́𝘁𝗮𝘁 — investissent l’essentiel de leur temps dans des 𝘀𝘁𝗿𝘂𝗰𝘁𝘂𝗿𝗲𝘀 𝗽𝗿𝗶𝘃é𝗲𝘀 (𝗰𝗹𝗶𝗻𝗶𝗾𝘂𝗲𝘀, 𝗵ô𝗽𝗶𝘁𝗮𝘂𝘅, 𝗰𝗮𝗯𝗶𝗻𝗲𝘁𝘀). Pendant ce temps, 𝗹𝗲𝘀 𝗵ô𝗽𝗶𝘁𝗮𝘂𝘅 𝗽𝘂𝗯𝗹𝗶𝗰𝘀 𝘀𝗼𝗻𝘁 𝘃𝗶𝗱𝗲𝘀, gérés par des jeunes non rémunérés.
Pourtant, le 𝗖𝗼𝗱𝗲 𝗱𝘂 𝘁𝗿𝗮𝘃𝗮𝗶𝗹 𝗴𝘂𝗶𝗻é𝗲𝗻 𝗶𝗻𝘁𝗲𝗿𝗱𝗶𝘁 𝗳𝗼𝗿𝗺𝗲𝗹𝗹𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 à un agent public d’exercer une activité concurrente à celle de l’État, notamment dans le même domaine. En dépit de cela, ces professionnels fonctionnaires obtiennent des 𝗮𝗴𝗿é𝗺𝗲𝗻𝘁𝘀 𝗼𝗳𝗳𝗶𝗰𝗶𝗲𝗹𝘀 pour leurs structures privées — 𝘀𝗶𝗴𝗻é𝘀 𝗽𝗮𝗿 Ministère de la Santé et de l’Hygiène publique censé réguler le secteur.
Voilà 𝗹𝗲 𝗰œ𝘂𝗿 𝗱𝘂 𝘀𝗰𝗮𝗻𝗱𝗮𝗹𝗲 : notre système de santé repose sur 𝘂𝗻 𝗺𝗲𝗻𝘀𝗼𝗻𝗴𝗲 𝗶𝗻𝘀𝘁𝗶𝘁𝘂𝘁𝗶𝗼𝗻𝗻𝗮𝗹𝗶𝘀é, un tissu d’injustices et de contradictions, au détriment du patient et du professionnel honnête.
Face à cette réalité, il est urgent que 𝗱𝗲𝘀 𝗺𝗲𝘀𝘂𝗿𝗲𝘀 𝗳𝗼𝗿𝘁𝗲𝘀 𝘀𝗼𝗶𝗲𝗻𝘁 𝗽𝗿𝗶𝘀𝗲𝘀 𝗽𝗮𝗿 𝗹𝗲 𝗣𝗿é𝘀𝗶𝗱𝗲𝗻𝘁 𝗠𝗮𝗺𝗮𝗱𝗶 𝗗𝗼𝘂𝗺𝗯𝗼𝘂𝘆𝗮, à travers son Gouvernement. Il ne s’agit pas seulement de réformes techniques, mais 𝗱’𝘂𝗻 𝗰𝗵𝗮𝗻𝗴𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁 𝘀𝘁𝗿𝘂𝗰𝘁𝘂𝗿𝗲𝗹 𝗲𝘁 é𝘁𝗵𝗶𝗾𝘂𝗲, sans lequel 𝗹𝗲 𝗰𝗮𝗹𝘃𝗮𝗶𝗿𝗲 𝗱𝗲𝘀 𝗽𝗮𝘁𝗶𝗲𝗻𝘁𝘀 dans nos hôpitaux — qu’ils soient publics ou privés — continuera.
Le système de santé actuel est 𝗱é𝗳𝗮𝗶𝗹𝗹𝗮𝗻𝘁 𝗽𝗮𝗿 𝗹𝗮 𝗳𝗮𝘂𝘁𝗲 𝗱𝗲 𝗹’𝗘́𝘁𝗮𝘁, incarné ici par le 𝗠𝗶𝗻𝗶𝘀𝘁è𝗿𝗲 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗦𝗮𝗻𝘁é 𝗲𝘁 𝗰𝗲𝗹𝘂𝗶 𝗱𝗲 𝗹𝗮 𝗙𝗼𝗻𝗰𝘁𝗶𝗼𝗻 𝗽𝘂𝗯𝗹𝗶𝗾𝘂𝗲, qui ferment les yeux sur les dérives et abandonnent des milliers de jeunes professionnels à une forme moderne 𝗱’𝗲𝘀𝗰𝗹𝗮𝘃𝗮𝗴𝗲 𝗶𝗻𝘀𝘁𝗶𝘁𝘂𝘁𝗶𝗼𝗻𝗻𝗲𝗹.
Il est temps que cela cesse.
Moustapha Diaby – 𝑪𝒐𝒏𝒔𝒖𝒍𝒕𝒂𝒏𝒕 𝒆𝒏 𝒓é𝒇𝒐𝒓𝒎𝒆 𝒑𝒐𝒍𝒊𝒕𝒊𝒒𝒖𝒆𝒔 𝒆𝒕 𝒔𝒕𝒓𝒂𝒕é𝒈𝒊𝒆𝒔 𝒅𝒆 𝒅é𝒗𝒆𝒍𝒐𝒑𝒑𝒆𝒎𝒆𝒏𝒕 𝒔𝒂𝒏𝒊𝒕𝒂𝒊𝒓𝒆 – 𝑮𝒆𝒔𝒕𝒊𝒐𝒏 𝒆𝒕 𝑴𝒂𝒏𝒂𝒈𝒆𝒎𝒆𝒏𝒕 𝒅𝒆 𝒑𝒓𝒐𝒈𝒓𝒂𝒎𝒎𝒆 𝒆𝒕 𝒑𝒓𝒐𝒋𝒆𝒕𝒔 𝒅𝒆 𝑺𝒂𝒏𝒕é.
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