Sonfonia : privées de leur espace de vente, les commerçantes de l’Université Général Lansana Conté lancent un appel au secours

À quelques mètres de l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia, des dizaines de femmes continuent de se battre chaque jour pour préserver leur unique source de revenus. Déguerpies dans le cadre des travaux de réhabilitation de l’établissement, ces commerçantes exercent désormais leurs activités dans un environnement précaire, entre boue, insécurité et incertitude. Une situation qui fragilise leur quotidien et menace directement les moyens de subsistance de nombreuses familles.
Autrefois installées à proximité immédiate de l’université, ces vendeuses de nourriture et de divers produits ont été contraintes de quitter leurs emplacements lors des opérations de libération des emprises. Depuis, elles se sont repliées au bord de la route, dans un espace qu’elles jugent inadapté à leurs activités.

Pour Kolla Keïra, vendeuse de repas, le principal obstacle reste l’absence d’un site stable où poursuivre son commerce.
« Notre plus grand problème aujourd’hui, c’est le manque de place. Nous étions installées tranquillement dans notre ancien espace, mais les autorités sont venues nous déguerpir lors des opérations de libération des emprises. Depuis, nous ne savons plus où vendre. Nous ne pouvons pas non plus retourner à l’intérieur de l’université parce que les travaux de réhabilitation sont en cours. »

À cette difficulté s’ajoutent les conséquences de la saison des pluies. Selon elle, les intempéries rendent les conditions de travail particulièrement pénibles.
« Ici, nous n’avons aucune garantie. Dès qu’il pleut, l’eau boueuse envahit notre espace. Nous souffrons énormément. Il devient presque impossible de vendre de la nourriture, car la boue et les saletés contaminent l’endroit. Les clients hésitent à s’arrêter. »
Au-delà des difficultés liées à l’environnement, les commerçantes vivent également dans la crainte permanente d’un nouveau déplacement. Kolla Keïra affirme que l’espace qu’elles occupent actuellement ne leur est pas destiné.
« L’endroit où nous sommes installées est un espace réservé aux militaires. À tout moment, nous pouvons être sommées de partir. Nous vivons dans l’incertitude permanente. »
Malgré ces conditions précaires, elles poursuivent leurs activités afin de répondre aux besoins des étudiants qui fréquentent encore le campus.
« Nous vendons sous ces hangars. Certains étudiants viennent manger chez nous, mais beaucoup trouvent que l’endroit est trop sale. Ce sont surtout ceux qui viennent de très loin qui continuent à s’approvisionner ici. »

Le même constat est dressé par Hawa Kourouma. Depuis le déguerpissement, explique-t-elle, son chiffre d’affaires a fortement chuté, tandis que les risques liés aux intempéries ne cessent d’augmenter.
« Aujourd’hui, nous n’avons plus autant de clients qu’avant. Nos ventes ont considérablement diminué. En plus, nous ne sommes pas en sécurité. Lorsque les fortes pluies tombent, le lac déborde jusqu’au goudron et emporte parfois nos marchandises et nos équipements. »
Pour cette mère de famille, ce petit commerce représente bien plus qu’une simple activité économique : il constitue le principal moyen de subsistance de nombreux ménages.
« Nous demandons sincèrement aux nouvelles autorités de nous venir en aide. C’est grâce à ce commerce que nous nourrissons nos familles et que nous payons la scolarité de nos enfants. Si nous perdons cette activité, c’est toute notre vie qui est menacée. »

Face à cette situation, les commerçantes interpellent les autorités universitaires et les pouvoirs publics. Elles sollicitent l’aménagement d’un espace propre, sécurisé et adapté à leurs activités, afin de leur permettre de travailler dans des conditions dignes tout en continuant à assurer le service de restauration dont dépendent de nombreux étudiants.
« Ce que nous souhaitons, c’est que les autorités universitaires nous aménagent un espace propre et sécurisé où nous pourrons exercer notre activité dans de bonnes conditions et assurer dignement notre quotidien. »

En attendant une réponse des autorités compétentes, ces femmes poursuivent leur combat quotidien, exposées aux aléas climatiques et à l’incertitude. Entre résilience et espoir, elles continuent de défendre une activité qui fait vivre leurs familles, tout en appelant à une solution durable conciliant la réhabilitation de l’université et la préservation de leurs moyens de subsistance.
Antoine Neima pour Planete7.info
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