Simandou : 15 % de capital, 100 % de stratégie (Par Oumou Kahn)

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Dans le débat public actuel, beaucoup estiment que 15 % constitue une part trop faible, certains allant jusqu’à affirmer que l’État aurait « vendu le pays ».

Mais cette lecture oublie l’essentiel :
l’État n’a pas besoin de tout posséder pour créer ou capter de la valeur.
Il lui suffit d’être le garant d’un cadre juridique et institutionnel solide,
qui oriente les investissements privés vers des retombées nationales durables.

S’il détenait la majorité, l’État devrait mobiliser d’importants fonds publics,
au risque de freiner le projet par manque d’agilité.

Ce choix aurait aussi un coût d’opportunité élevé :
investir plus dans un projet déjà attractif pour le privé, c’est réduire les moyens disponibles pour la santé, l’éducation ou l’eau, où le soutien public reste essentiel.

Avec 15 %, l’État reste stratège tout en préservant ses ressources pour d’autres priorités nationales.

Appliquée à Simandou, la lecture de la Méthode 4×4×4 montre que le projet se distingue avant tout par une valeur sociale élevée : création d’emplois, désenclavement, activation des territoires, transfert de compétences,
et émergence de nouvelles dynamiques économiques autour des infrastructures minières.
Cette valeur se maximise non pas par la possession, mais par la facilitation :
la capacité de l’État à encadrer, à sécuriser et à orienter les acteurs privés
pour que chaque investissement devienne un levier de développement collectif.
Et c’est précisément ce que semble faire l’État dans ce projet.

Il est essentiel de distinguer la logique d’un État de celle d’un investisseur privé.

L’investisseur cherche un retour financier. Ses parts lui donnent accès aux dividendes, qu’il considère comme l’indicateur principal de succès. Mais ces gains, importants pour lui, ne représentent qu’une fraction de la valeur que le projet peut générer pour un pays.

L’État, de son côté, poursuit un objectif plus large : le rendement collectif.

Ce rendement dépend moins du pourcentage de capital détenu que de la capacité à encadrer et orienter les investissements dans l’intérêt général.

Dans ce projet, l’État capte 15 % du résultat financier, mais 100 % des résultats économiques et sociaux : emplois locaux, désenclavement, transfert de compétences, activation des territoires.

S’il détenait 100 % du capital ou une majorité , le résultat financier baisserait par manque d’efficacité, de gouvernance agile et d’investissement,
Et le résultat socio-économique diminuerait faute d’effet de levier, d’innovation et de dynamique collective.
Posséder une majorité lui aurait donc fait perdre sur les deux terrains, contrairement aux croyances populaires.

En gardant 15 %, l’État a choisi le bon actionnariat :
celui qui maximise la valeur sociale,
tout en garantissant un cadre juridique et institutionnel qui protège les retombées nationales.

 

Oumou KAHN

Chef de service chez Direction générale du patrimoine de l’Etat et des investissements privés

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