Retour au pays, survie au quotidien : le parcours difficile des migrants guinéens rapatriés

Malgré les assurances répétées des autorités, la situation quotidienne des jeunes Guinéens rapatriés révèle une réalité bien plus complexe que celle décrite dans les déclarations institutionnelles. Entre précarité persistante, désillusion et lutte pour la survie, leurs parcours témoignent de l’urgence d’une politique de réinsertion plus concrète, structurée et durable.
Les prises de parole du ministre des Affaires étrangères, Morissanda Kouyaté, mettant en avant les efforts de l’État en faveur des rapatriés, continuent de susciter interrogations et débats. Sur le terrain, nombre de ces jeunes, autrefois porteurs d’ambitions et d’espoirs, se retrouvent contraints d’exercer des activités de subsistance, notamment dans le transport urbain à moto ou dans le petit commerce informel. Une réalité qui contraste nettement avec les engagements annoncés, et qui met en lumière les limites des mécanismes actuels d’accompagnement.
Pourtant, leur retour en Guinée s’inscrit souvent après des parcours migratoires éprouvants. Plusieurs d’entre eux ont traversé des années d’errance entre l’Algérie et le Maroc, affrontant l’insécurité, la précarité et l’incertitude, avant d’être rapatriés avec l’espoir légitime de se reconstruire. Mais l’absence d’opportunités professionnelles concrètes et de dispositifs de soutien adaptés les replonge rapidement dans une précarité quotidienne.
Le témoignage de Thierno Moussa Barry illustre cette réalité. Rapatrié depuis l’Algérie, il a choisi d’investir dans une petite boutique d’objets électroniques, animé par la volonté de reprendre sa vie en main. Toutefois, les difficultés économiques, la faiblesse du pouvoir d’achat et l’instabilité du marché continuent d’entraver son activité. Malgré sa détermination, ses revenus restent insuffisants pour garantir une stabilité durable, à l’image de nombreux autres rapatriés confrontés aux mêmes obstacles.
Au-delà des cas individuels, la situation actuelle met en évidence un décalage significatif entre les annonces officielles et les conditions de vie réelles des bénéficiaires. Ces jeunes ne réclament ni compassion symbolique ni promesses abstraites, mais des actions tangibles : formations qualifiantes, accès au financement, accompagnement psychosocial et insertion professionnelle effective.
Leur résilience et leur volonté de reconstruire leur avenir constituent un levier important pour le développement national. Toutefois, sans une stratégie cohérente et un suivi rigoureux des programmes de réinsertion, le retour au pays risque de se transformer en un nouveau cycle de précarité.
Plus qu’un enjeu humanitaire, la question des rapatriés s’impose aujourd’hui comme un défi socio-économique majeur. L’avenir de ces jeunes ne dépend pas seulement des déclarations officielles, mais de la capacité réelle des institutions à faire de leur retour une véritable opportunité de renaissance, fondée sur la dignité, l’autonomie et l’inclusion durable.
Doumbouya Ahmad pour Planete7.info
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