
Dans plusieurs localités rurales de Guinée, particulièrement en région forestière, les parasitoses intestinales continuent de sévir dans un silence préoccupant. L’absence d’infrastructures sanitaires, le manque d’agents de santé et la pénurie de médicaments poussent encore les populations à se tourner vers la médecine traditionnelle.
De retour d’une mission de terrain, le pharmacien et enseignant-chercheur Mohamed Karphala Camara tire la sonnette d’alarme et appelle les autorités à réagir, tout en plaidant pour une meilleure reconnaissance des savoirs ancestraux.
Pour le chercheur, la situation est sans équivoque : le pays fait face à une crise sanitaire sous-estimée.
« Nous avons mené une enquête de terrain sur la prise en charge traditionnelle des parasitoses intestinales. Le constat est saisissant : la précarité est totale. Les populations n’ont ni les moyens de se soigner, ni l’accès à des structures sanitaires adaptées. L’État, lui-même fragilisé, peine à assurer ses missions essentielles. Résultat : insuffisance d’infrastructures, manque de personnel, absence de médicaments », déplore-t-il.

En zone forestière, où les dispensaires sont rares et souvent dépourvus de moyens, les parasitoses intestinales demeurent un problème majeur de santé publique.
« Là où les agents de santé manquent et où les infrastructures n’existent presque pas, les pathologies comme les parasitoses demeurent un fardeau permanent. Nous nous sommes alors demandé : nos populations ne pourraient-elles pas, en partie, assurer elles-mêmes leur prise en charge ? », interroge le chercheur.
Sur le terrain, l’équipe a observé une résilience remarquable des pratiques ancestrales.
« Depuis des générations, nos communautés ont développé leurs propres solutions. À N’Zérékoré et dans les villages environnants, les familles utilisent les plantes médicinales disponibles : certaines sont consommées directement, d’autres préparées en décoction, infusion ou macération. Nous avons rencontré des guérisseurs reconnus, capables de traiter efficacement ces maladies », explique Dr Camara.
Les chercheurs ont ainsi recensé et documenté plusieurs plantes médicinales, qu’ils prévoient de partager avec la communauté scientifique.
De cette mission, deux constats principaux émergent.
1. Une précarité alarmante
« Le déficit d’infrastructures et de personnel est criant. L’État est presque absent. Il doit interroger ses responsabilités régaliennes : garantir la santé publique en fait partie. Il est urgent qu’il investisse dans la prise en charge des pathologies les plus courantes », insiste-t-il.
2. Une résilience culturelle forte
« Malgré les difficultés, nos valeurs et savoirs traditionnels demeurent. Certaines familles préservent jalousement des recettes thérapeutiques efficaces. Il faut les valoriser, sans pour autant dédouaner l’État de ses responsabilités », ajoute le chercheur.
Mohamed Karphala Camara appelle enfin à un engagement intellectuel plus soutenu de la communauté scientifique guinéenne.
« Nous avons encore des détenteurs de savoirs capables de transmettre des informations précieuses. Le défi est clair : documenter ces recettes, les analyser, les publier, et les vulgariser auprès de la population. L’avenir de notre système sanitaire passe aussi par la valorisation de ces connaissances », conclut-il.
Antoine Neima et Sylla Ama pour Planete7.info
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