Mohamed Salifou Keita : « La culture, la littérature et la communication sont des leviers essentiels de développement »

Dans cette seconde partie de l’entretien, Mohamed Salifou Keita partage sa vision de l’avenir de la littérature guinéenne. Il aborde la place des langues nationales, les opportunités offertes par le numérique, les réformes nécessaires pour relancer le livre en Guinée et le rôle fondamental que doivent jouer les écrivains dans la construction d’une société plus éclairée. Il adresse également un message d’encouragement à la jeune génération d’auteurs.
Deuxième partie de l’interview ci-jointe :
9. La richesse de nos langues nationales est immense. Pensez-vous qu’elles devraient occuper une place plus importante dans la production littéraire ?
Absolument. Nos langues nationales sont des trésors culturels. Elles portent notre mémoire, nos imaginaires et nos traditions orales. Leur valorisation, aux côtés du français, enrichirait considérablement notre patrimoine littéraire et favoriserait une meilleure appropriation de la lecture par les populations.
10. Les nouvelles technologies et les réseaux sociaux représentent-ils une menace ou une opportunité pour la littérature ?
Ils constituent surtout une formidable opportunité, à condition d’être bien utilisés. Les outils numériques permettent de diffuser les œuvres, de créer des communautés de lecteurs et de faire connaître les écrivains au-delà des frontières. Ils ne remplaceront jamais le livre, mais ils peuvent devenir de puissants alliés.
11. Parmi les écrivains guinéens contemporains, quels sont ceux qui, selon vous, incarnent le mieux le renouveau de notre littérature ?
Le renouveau s’incarne dans plusieurs voix, chacune avec sa sensibilité. Des auteurs confirmés continuent d’innover, tandis que de jeunes écrivains apportent un souffle nouveau. Je préfère parler d’une génération plurielle plutôt que d’établir un classement, car la littérature se nourrit de cette diversité.
12. Vous avez consacré une grande partie de votre vie à étudier la littérature guinéenne. Quel est le plus grand enseignement que vous en tirez ?
J’ai appris que la littérature est une mémoire vivante des peuples. Elle permet de comprendre notre passé, d’interroger notre présent et d’imaginer notre avenir. Elle est un espace de liberté, de résistance et de transmission.
13. Qu’est-ce qui vous a poussé à consacrer votre vie à la littérature et à la critique littéraire ?
Ma passion pour les livres est née très tôt. J’ai compris que les écrivains contribuent à éclairer les consciences et à faire progresser les sociétés. La critique littéraire est, pour moi, une manière de mettre les œuvres en dialogue avec leur époque et de participer au débat intellectuel.
14. Parmi vos ouvrages, lequel reflète le mieux votre vision de la Guinée et pourquoi ?
Je dirais que mon œuvre romanesque en cours, Aède, exprime profondément ma vision de la Guinée. À travers la mémoire, les voyages, l’histoire et les rencontres, j’y montre une Guinée ouverte sur le monde, fidèle à ses racines mais résolument tournée vers l’avenir. C’est une invitation à faire dialoguer notre patrimoine avec l’universel.
15. Si vous deviez proposer trois mesures prioritaires pour relancer la littérature et la lecture en Guinée, lesquelles seraient-elles ?
Premièrement, créer une véritable politique nationale du livre avec un financement pérenne. Deuxièmement, développer un réseau moderne de bibliothèques scolaires, universitaires et municipales. Enfin, soutenir les auteurs, les éditeurs et les libraires afin de professionnaliser toute la chaîne du livre.
16. Quel rôle un écrivain doit-il jouer dans une société confrontée à des défis politiques, économiques et sociaux comme la Guinée ?
L’écrivain ne doit pas être un simple observateur. Il doit être une conscience critique, un témoin de son époque, un défenseur des libertés, du dialogue et de la dignité humaine. Par son œuvre, il éclaire les consciences, nourrit l’espérance et participe à la construction d’une société plus juste.
17. En conclusion, quel message adressez-vous aux jeunes Guinéens qui rêvent d’écrire et de contribuer, à leur tour, au rayonnement de la culture guinéenne ?
Je leur dirais de lire sans relâche, d’écrire avec sincérité et de ne jamais renoncer face aux difficultés. L’écriture exige de la patience, de la discipline et de l’humilité. Chaque livre est une pierre apportée à l’édifice de notre mémoire collective. La Guinée a besoin de nouvelles voix capables de raconter ses blessures, ses espérances et ses rêves. C’est ainsi que notre littérature continuera de rayonner en Afrique et dans le monde.
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