
La Guinée dispose d’un potentiel considérable en minéraux critiques, mais encore faut-il savoir le convertir en projets, en investissements et en retombées économiques durables. Invité de l’émission « Face à Pathé », l’ingénieur des Mines Ismaël Diakité a identifié plusieurs erreurs que le pays devra impérativement éviter pour réussir le pari de la valorisation de son sous-sol.
Le potentiel minier de la Guinée est indéniable. Mais, pour Ismaël Diakité, il ne constitue en aucun cas une garantie de succès. Alors que le pays cherche à diversifier son économie et à mieux tirer profit de ses ressources naturelles, l’ingénieur des Mines appelle à davantage de pragmatisme et de préparation dans la stratégie nationale autour des minéraux critiques.
Au cours de son intervention dans l’émission « Face à Pathé », il a notamment mis en garde contre quatre écueils majeurs : le repli sur soi, l’instabilité du cadre d’investissement, le manque de préparation des projets structurants et l’insuffisance des données sur le potentiel géologique national.

Pour Ismaël Diakité, la première erreur serait de considérer que l’abondance des ressources minières guinéennes constitue, à elle seule, un argument suffisant pour attirer les capitaux et les compétences internationales.
« C’est de se recroqueviller sur elle-même, en disant : “j’ai un grand potentiel, donc tout le monde viendra me chercher”. Non. Le potentiel ne suffit pas », a-t-il prévenu.
Selon lui, la Guinée doit au contraire renforcer son ouverture et profiter des opportunités offertes par les grands programmes en cours ou annoncés. Il cite notamment Simandou 2040, présenté comme un important portefeuille de projets nécessitant des investissements considérables et susceptible de produire des effets structurants sur l’économie nationale.
« Il faut que la Guinée s’ouvre de plus en plus, et on a de bonnes raisons de s’ouvrir. On a Simandou 2040 qui vient avec un portefeuille de projets, des projets lourds en financement et en impact potentiel. Donc, première chose, c’est s’ouvrir, ne pas se refermer », a-t-il insisté.
Cette ouverture, estime l’ingénieur, ne pourra cependant produire les résultats escomptés sans un environnement favorable aux investisseurs.
La Guinée doit, selon lui, renforcer la sécurité juridique, réglementaire et institutionnelle de son secteur minier afin de rassurer les partenaires susceptibles d’accompagner le développement de nouveaux projets.
« Deuxième chose, se doter d’un cadre législatif, réglementaire, institutionnel le plus sécurisant que possible pour les investissements étrangers. C’est fondamental », a souligné Ismaël Diakité.
Un impératif d’autant plus important que les ressources financières disponibles au niveau national ne pourront pas, à elles seules, couvrir l’ensemble des besoins liés au développement des infrastructures et des chaînes de valeur.
« Nos ressources internes ne suffisent pas, mais elles sont les ressources qui vont catalyser notre action. On a besoin de ressources externes, aussi bien pour mobiliser des capitaux que pour bénéficier de l’expertise et des expériences internationales », a-t-il expliqué.
Au-delà de l’attractivité du pays, l’enjeu est également celui de la capacité à transformer les ambitions en projets effectivement réalisables.
Ismaël Diakité estime que la Guinée doit rapidement faire émerger des projets structurants dans le domaine des minéraux critiques, tout en anticipant les exigences liées à leur financement, aux autorisations administratives et au respect des normes en vigueur.
« Dans les 2 à 3 ans, on doit pouvoir au moins avoir un ou deux projets structurants », a-t-il estimé.
Pour y parvenir, le pays devra notamment mieux préparer ses dossiers, sécuriser les financements nécessaires et s’assurer que les projets répondent aux exigences réglementaires et institutionnelles avant leur mise en œuvre.
Autre faiblesse pointée par l’ingénieur : la connaissance encore insuffisante du potentiel géologique national.
À moyen terme, la Guinée devra investir davantage dans la cartographie, la collecte et l’analyse des données géologiques afin d’identifier avec précision les zones susceptibles d’abriter des minéraux critiques.
Ismaël Diakité cite notamment plusieurs préfectures du sud-est et de la Haute-Guinée qui pourraient présenter un potentiel intéressant en nickel.
« Toute la zone Kissidougou, Faranah, Guéckédou, jusqu’à Macenta, qui a un gros potentiel en matière de nickel, et en remontant un peu vers Kérouané », a-t-il précisé.
L’objectif, selon lui, est de disposer progressivement d’une connaissance suffisamment précise du sous-sol pour permettre aux investisseurs et aux autorités de prendre des décisions sur la base de données fiables.
Dans cette perspective, il préconise de consacrer des efforts importants à l’exploration, avec l’ambition de couvrir au moins 20 % du territoire guinéen en matière de connaissance du potentiel lié aux minéraux critiques.
Pour Ismaël Diakité, le véritable défi de la Guinée n’est donc plus seulement de démontrer qu’elle possède des ressources. Il s’agit désormais de savoir comment les transformer en investissements, en emplois, en infrastructures, en compétences et en valeur ajoutée locale.
L’exploitation des minéraux critiques ne pourra ainsi se limiter à l’extraction et à l’exportation des matières premières. Elle devra s’inscrire dans une stratégie de long terme, articulée autour d’un environnement d’investissement sécurisé, d’une meilleure connaissance géologique du pays et d’une préparation rigoureuse des projets.
À l’horizon 2040, l’ambition sera surtout de faire en sorte que le potentiel minier guinéen ne demeure pas une simple promesse géologique, mais devienne un véritable levier de transformation économique et de souveraineté nationale.
Sylla Ama pour Planete7.info
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