Massacre du 28 septembre : la FIDH et l’AVIPA pressent pour la reprise du procès en appel

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Dix-sept ans après les événements du 28 septembre 2009, les organisations de défense des droits humains réclament la programmation rapide du procès en appel et l’accélération de l’indemnisation des victimes. À la Maison de la presse de Conakry, la FIDH et l’AVIPA ont également plaidé pour que la mémoire des victimes demeure au cœur du processus de justice.

Dix-sept ans après le massacre du 28 septembre 2009, la justice reste au centre des revendications des victimes et des organisations qui les accompagnent. Ce lundi 28 septembre 2026, à la Maison de la presse de Conakry, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Association des victimes, parents et amis du 28 septembre (AVIPA) ont appelé les autorités guinéennes à accélérer la suite de la procédure judiciaire, mais aussi le processus d’indemnisation.

Au cœur de leurs préoccupations : le procès en appel du dossier principal, dont la programmation est toujours attendue. Pour les organisations, le jugement rendu en première instance, le 31 juillet 2024, ne saurait constituer l’ultime étape de la procédure, plusieurs parties ayant interjeté appel.

Présent à la conférence de presse, le président de la FIDH, Me Alexis Deswaef, a rappelé que le dossier demeure juridiquement ouvert.

« Le procès n’est pas terminé vu que toutes les parties ont interjeté appel. »

Pour l’avocat, les différentes décisions rendues dans les procédures liées aux événements du 28 septembre permettent désormais d’avancer vers la programmation des audiences devant la cour d’appel.

« Il n’y a plus de raison d’attendre. Les vacances judiciaires se terminent, il faut avancer sur une date d’audience devant la Cour d’appel », a-t-il insisté.

La FIDH appelle ainsi à poursuivre le processus jusqu’à son terme, estimant que la justice rendue dans ce dossier constitue un enjeu majeur dans la lutte contre l’impunité en Guinée.

Pour Me Alexis Deswaef, le dossier du 28 septembre revêt une portée particulière. Les faits ont été requalifiés en crimes contre l’humanité par la justice guinéenne, après avoir également été qualifiés comme tels dans le rapport des Nations unies.

« Il faut aller au bout pour que les responsables soient jugés et condamnés. C’est ça le message, la lutte contre l’impunité », a déclaré le président de la FIDH.

L’organisation considère également que l’issue de cette procédure dépasse le seul sort des accusés et des victimes du 28 septembre. Elle estime que le traitement judiciaire de ce dossier constitue un enjeu important pour la capacité des juridictions guinéennes à poursuivre et juger les crimes les plus graves commis sur le territoire national.

Me Alexis Deswaef a par ailleurs évoqué le rôle de la Cour pénale internationale (CPI), dont le Bureau du Procureur a effectué plusieurs missions en Guinée. Il a toutefois insisté sur la nécessité de donner la priorité aux juridictions nationales, conformément au principe de complémentarité.

Du côté des victimes, la présidente de l’AVIPA, Asmaou Diallo, a placé son intervention sous le signe de la mémoire et de la réparation.

« Nous nous souvenons d’elles et nous refusons qu’elles soient oubliées », a-t-elle déclaré.

Elle a notamment évoqué les personnes décédées, les disparus, les femmes victimes de violences sexuelles, les blessés ainsi que les familles qui continuent de porter les conséquences des événements du 28 septembre 2009.

Pour l’AVIPA, l’ouverture du procès, le 28 septembre 2022, après treize années d’attente, avait constitué une étape majeure. Le jugement rendu le 31 juillet 2024 avait ensuite condamné plusieurs accusés et requalifié les faits en crimes contre l’humanité.

Mais deux ans après cette décision, l’absence de programmation du procès en appel concernant les principaux condamnés suscite l’inquiétude de l’association.

À cette attente judiciaire s’ajoute celle liée aux réparations. Selon Asmaou Diallo, près de 750 parties civiles sont accompagnées ou représentées par les organisations de victimes, tandis que le dispositif initial d’indemnisation concerne 334 victimes reconnues par le jugement.

La présidente de l’AVIPA affirme qu’en mai 2026, moins de 200 victimes avaient effectivement reçu une indemnisation.

Le secrétaire général de la FIDH, Me Drissa Traoré, a, pour sa part, dressé un état des lieux des différentes procédures judiciaires liées aux événements du 28 septembre.

Il a rappelé que le procès principal, dans lequel figuraient notamment Moussa Dadis Camara, Moussa Tiégboro Camara et Marcel Guilavogui, avait abouti au jugement du 31 juillet 2024. Cette décision a fait l’objet de plusieurs appels, notamment de la part de certains accusés, du parquet et des parties civiles.

« Nous-mêmes, parties civiles, avons fait appel partiel contre cette décision », a précisé Me Drissa Traoré.

Selon lui, ces recours concernent notamment certains acquittements ainsi que l’omission de certaines parties civiles dans le jugement.

L’avocat a également évoqué une autre procédure concernant notamment Kolako Olémou et Jean-Louis Kpoghomou. Dans ce dossier, la décision rendue le 23 février 2026, annulant l’ordonnance de renvoi, fait également l’objet d’appels du parquet et des parties civiles.

Alors que le stade du 28 septembre doit rouvrir ses portes après d’importants travaux de rénovation, la question de la mémoire des événements de 2009 a également été soulevée.

La FIDH souhaite notamment savoir si une plaque commémorative ou une stèle est prévue dans ou aux abords de cette enceinte sportive, devenue un lieu symbolique de l’histoire récente de la Guinée.

Pour Me Alexis Deswaef, inscrire cette mémoire dans l’espace public permettrait de préserver le souvenir des victimes et de donner une portée concrète au principe du « Plus jamais ça ».

Au-delà de la seule procédure judiciaire, la FIDH a formulé plusieurs recommandations à l’endroit des autorités guinéennes.

L’organisation demande notamment la garantie des droits des victimes, la mise en place d’un processus d’indemnisation transparent, le renforcement des enquêtes indépendantes sur les disparitions forcées et les fosses communes, ainsi que la protection des défenseurs des droits humains.

Elle appelle également au respect de la liberté d’association, de la liberté d’expression et de la presse, ainsi qu’à la garantie du droit de réunion et de manifestation pacifique.

Dix-sept ans après les événements du 28 septembre 2009, les revendications de la FIDH et de l’AVIPA restent donc centrées sur deux exigences : que la justice poursuive son cours et que les victimes puissent effectivement obtenir réparation.

Pour les organisations, la programmation du procès en appel, l’accélération des indemnisations et la préservation de la mémoire constituent désormais autant d’étapes nécessaires pour faire avancer le processus de justice et de lutte contre l’impunité en Guinée.

Thierno Seydou Diallo pour Planete7.info

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