Mamou : abandonnés à leur sort, les habitants de Hamdallaye, Madina Tambassa et Bouloubinet réhabilitent eux-mêmes un pont stratégique

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Face à l’absence d’intervention des pouvoirs publics, les habitants de plusieurs quartiers de la commune urbaine de Mamou ont décidé de passer à l’action. Ce lundi, une vaste mobilisation citoyenne a réuni jeunes, sages, chefs de quartiers, soudeurs, artisans et bénévoles autour d’un même objectif : redonner vie à l’ancien pont ferroviaire reliant Hamdallaye, Madina Tambassa, Bouloubinet et facilitant également l’accès au quartier de Koumi.

Construit à l’origine pour le passage du train, cet ouvrage est devenu au fil des années un axe de circulation incontournable pour les populations. Chaque jour, piétons, motocyclistes et parfois même automobilistes l’empruntent pour rejoindre rapidement plusieurs quartiers de la ville. Mais sa dégradation avancée représente désormais un danger permanent, particulièrement en pleine saison des pluies.

Pour les habitants, attendre davantage n’était plus une option.

Président de la jeunesse de Hamdallaye, Amadou Konaté explique que cette initiative répond avant tout à une nécessité de protéger les usagers.

« La population a besoin de cette route. Ce pont constitue aujourd’hui le principal raccourci entre Emboulou Binè, Outounéria et Hamdallaye. Lorsqu’il y a des coupures sur les autres voies, tout le monde passe par ici. Nous avons donc estimé qu’il fallait agir afin de faciliter la circulation. »

Selon lui, toutes les composantes sociales des quartiers concernés ont répondu présentes.

« Les présidents des quartiers, les chefs de quartiers, les responsables des jeunesses ainsi que de nombreux citoyens se sont mobilisés. Nous savons que seul l’État peut construire un véritable pont, mais en attendant son intervention, nous ne pouvons pas rester les bras croisés. Nous espérons qu’un jour les autorités prendront ce dossier à bras-le-corps. »

Pour financer les travaux, chacun a contribué selon ses capacités.

« Certains ont donné deux millions de francs guinéens, d’autres un million, d’autres encore cinq cent mille francs. Beaucoup ont également apporté leur force de travail. Ce n’est pas notre première mobilisation. Nous avions déjà réparé un important trou sur cette route grâce aux contributions des quartiers de Sabou, Hamdallaye, Tambassa et Bouloubinet. »

Cette dynamique solidaire témoigne, selon les organisateurs, d’un profond attachement des populations à cette infrastructure devenue indispensable au quotidien.

Même engagement du côté de Madina Tambassa.

Son président de la jeunesse, Barry Mamadou Oury, insiste sur les risques auxquels sont exposés les nombreux élèves qui traversent quotidiennement le pont.

« Si nous ne réparons pas ce pont, nous mettons nos enfants en danger. Chaque matin, ils passent par ici pour se rendre à l’école. Nous voulons simplement leur permettre de circuler en toute sécurité. »

Conscient des limites de cette intervention, il rappelle toutefois que cette réhabilitation reste provisoire.

« Ce pont n’a jamais été conçu pour supporter la circulation des véhicules. Il appartient au chemin de fer. Nous effectuons uniquement des réparations temporaires en attendant que l’État construise un véritable ouvrage. »

Le responsable salue également l’implication de nombreux bénévoles, notamment Amadou Bouri, qu’il présente comme l’un des principaux initiateurs de cette mobilisation, ainsi que l’ensemble des soudeurs venus des différents quartiers pour participer aux travaux.

Parmi les artisans les plus investis figure Barry Mamadou Djouldé, plus connu sous le surnom de « Gouverneur mécanicien ».

Avec émotion, il rappelle avoir lancé la première initiative de réhabilitation du pont il y a plus d’une décennie.

« J’ai été le premier à proposer cette idée. À l’époque, avec mon ami Alassane Barry, nous avions installé des madriers sur le pont. Beaucoup pensaient que c’était impossible, mais nous avons réussi à faire passer le premier véhicule. L’ouvrage a servi pendant près de quatre ans avant que les gros camions ne détériorent les installations. »

Aujourd’hui encore, il participe activement aux travaux.

« Nous ne faisons pas le travail de l’État. Nous voulons simplement rendre ce passage praticable pour la population. Le jour où l’État décidera de construire ou de récupérer son pont, nous le lui laisserons. Pour le moment, notre priorité est de permettre aux habitants de circuler. »

Selon lui, cette infrastructure représente une véritable bouée de sauvetage durant l’hivernage.

« En saison des pluies, même les habitants de Koumi passent par ici lorsque les autres routes deviennent impraticables. Ce pont dessert Bouloubinet, Madina Tambassa, Hamdallaye et facilite également les déplacements vers Koumi. »

Il lance enfin un appel aux autorités.

« Notre seule demande est que l’État nous aide à construire un véritable pont. Pendant l’hivernage, plusieurs quartiers se retrouvent pratiquement enclavés à cause du mauvais état des routes. Un ouvrage moderne soulagerait durablement les populations. »

Sur le terrain, la mobilisation est largement saluée par les usagers.

Conducteur de taxi, Amadou Oury estime que cette initiative mérite d’être encouragée.

« C’est une excellente initiative. Ce pont est indispensable pour les habitants comme pour les conducteurs. Nous remercions tous ceux qui se sont mobilisés afin d’améliorer les conditions de circulation. »

Même satisfaction pour Aladji Mamadou, également chauffeur de taxi, qui voit dans cette action un bel exemple de solidarité communautaire.

Riveraine du secteur, Kadiatou Barry se réjouit également de voir les citoyens unir leurs efforts pour résoudre un problème qui affecte quotidiennement les habitants.

Au-delà de la simple réhabilitation d’un pont, cette mobilisation traduit la capacité des populations de Mamou à s’organiser face aux difficultés lorsque les réponses institutionnelles tardent à venir.

Si ces travaux permettront temporairement de sécuriser la circulation entre Hamdallaye, Madina Tambassa, Bouloubinet et Koumi, ils ne constituent qu’une solution provisoire. Les habitants espèrent désormais que leur engagement servira d’électrochoc et incitera les autorités à investir dans la construction d’un véritable ouvrage répondant aux normes de sécurité.

À travers cette initiative, les populations lancent un message clair : l’amélioration durable des infrastructures routières est devenue une urgence pour désenclaver ces quartiers et garantir aux habitants un accès sûr et permanent, notamment durant la saison des pluies.

Ibrahima Molota Soumah, correspondant à Mamou pour Planete7.info

Contact Planete7.info : 624045895/625214852

Planete7guinee@gmail.com

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