Kindia – Koliady étouffe sous les gravats : les populations dénoncent les ravages d’une exploitation minière incontrôlée

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À Koliady, dans la préfecture de Kindia, le désespoir grandit au rythme des détonations et des passages de camions surchargés. Ce village autrefois paisible, aux terres fertiles et à l’eau limpide, paie aujourd’hui un lourd tribut à l’exploitation minière d’une carrière installée depuis plusieurs années. Privés de leurs terres agricoles, d’eau potable et d’infrastructures sociales de base, les habitants crient leur détresse et interpellent les autorités.

À l’image de nombreux riverains, Sékou Camara ne cache plus sa colère. « Ce bas-fond, c’était notre richesse. On y cultivait du riz deux fois par an. Aujourd’hui, il est rempli de gravier et de sable. Avant de semer, il faut déblayer avec une brouette », explique-t-il, la voix empreinte de frustration. La terre nourricière d’antan est devenue stérile, étouffée par les rejets de la carrière.

Le quotidien des habitants est rythmé par le va-et-vient incessant de camions. Fodé Moussa Camara déplore l’état catastrophique des routes et l’absence totale de retombées locales : « Nos maisons tremblent chaque jour, mais personne ne nous écoute. Nous avons demandé un forage, sans succès. Nous ne recevons que des maladies et de la poussière. »

Les habitants pointent également du doigt l’isolement de la localité. « Vous avez vous-même dû abandonner votre moto pour venir jusqu’ici à pied », lance Saliou Moussa Camara, dépité. « Pas d’école, pas de centre de santé, pas même une mosquée. Nous vivons comme au siècle dernier », dénonce-t-il.

L’eau potable, pourtant essentielle, est désormais un luxe à Koliady. Fatou Sylla, mère de famille, témoigne : « Dès qu’il pleut, l’eau devient trouble à cause des ruissellements de la carrière. Pour éviter les maladies, on est obligés d’acheter de l’eau en sachet. Ce n’est pas vivable. »

L’absence d’infrastructures éducatives et la pauvreté croissante plombent l’avenir des enfants de Koliady. « Il faut 10 000 francs guinéens par jour pour scolariser un enfant. Beaucoup de familles n’en ont pas les moyens », alerte Saliou Moussa Camara. Le transport est un autre casse-tête : les routes étant impraticables, même les moto-taxis refusent d’y circuler.

Malgré les promesses faites par les exploitants miniers et les autorités locales, la population affirme ne voir aucun changement tangible. Aboubacar Bangoura, président du conseil de quartier, est amer : « La commune perçoit 10 % des revenus de la carrière, mais nous ne savons pas ce que cela représente concrètement pour notre communauté. Nous sommes laissés pour compte. »

Face à cette situation qu’ils jugent insupportable, les habitants de Koliady lancent un appel pressant au gouvernement et aux élus locaux. Ils réclament :

  • L’accès urgent à l’eau potable ;
  • La réhabilitation des routes et la construction d’infrastructures sociales de base ;
  • Des compensations justes pour les terres agricoles perdues ;
  • Une implication effective dans la gestion des revenus issus de l’exploitation minière.

« Nous respectons l’État. Mais il est temps qu’on nous considère comme des citoyens à part entière », insistent les riverains. À défaut d’une réponse rapide, certains envisagent de passer à des formes de protestation plus visibles.

Koliady, symbole d’un développement sans concertation, appelle à la justice sociale et à la dignité humaine. Le silence ne peut plus durer.

Sylla Ama, correspondant à Kindia pour Planete7.info 

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