Kindia : entre études et débrouillardise, les jeunes lavagistes mènent le combat pour une vie digne

À Kindia, les centres de lavage de motos et de véhicules sont devenus bien plus que de simples lieux de nettoyage automobile. Dans plusieurs quartiers de la cité des agrumes, ces espaces représentent aujourd’hui une véritable source de survie pour de nombreux jeunes, parmi lesquels des élèves, des déscolarisés et d’anciens migrants de retour au pays. Entre courage, sacrifice et quête de dignité, ces jeunes se battent chaque jour pour gagner honnêtement leur vie et éviter les chemins de la délinquance.

Sous le soleil accablant de cette saison sèche, les jets d’eau, les éponges et les chiffons s’activent sans relâche dans les différents lavages de la ville. Derrière cette activité en pleine expansion se cachent des parcours de vie souvent difficiles, mais marqués par une volonté commune : travailler dignement pour subvenir à ses besoins.
Derrière le CFP de Kindia, Mamadou Aguibou Bah, ancien aventurier reconverti en lavagiste, raconte avec émotion son parcours après plusieurs années d’errance hors du pays.

« Je travaille au lavage derrière le CFP de Kindia. J’ai vécu beaucoup de difficultés à l’extérieur avant d’être rapatrié. Depuis mon retour, je me bats ici pour gagner honnêtement ma vie. Nous sommes près d’une vingtaine à travailler chaque jour dans ce centre », explique-t-il.
Comme beaucoup d’autres jeunes, Mamadou Aguibou Bah voit dans cette activité une alternative au chômage et à l’oisiveté. Selon lui, les revenus générés permettent à chacun de couvrir ses besoins essentiels tout en participant à la prise en charge familiale.
« Une voiture est lavée entre 30 000 et 40 000 francs guinéens, tandis qu’une moto coûte entre 10 000 et 15 000 francs. Les recettes sont ensuite partagées avec le propriétaire du lavage », précise-t-il.

Marqué par les réalités éprouvantes de l’émigration clandestine, il lance également un message fort à la jeunesse guinéenne.
« Les jeunes doivent comprendre que l’aventure n’est pas facile. Moi, j’ai traversé plusieurs pays avant d’être rapatrié. Aujourd’hui, grâce à ce travail, je nourris ma famille, je me suis marié et j’élève mes enfants. Il faut se battre dans la vie au lieu de rester dans les cafés sans activité », conseille-t-il.
Au quartier Caravansérail, le lavage automobile est aussi devenu un refuge pour plusieurs élèves qui tentent de concilier études et travail. Parmi eux figure Fodé Soumah, élève en 7ᵉ année. Après les cours, le jeune garçon troque son uniforme scolaire contre ses vêtements de travail afin d’aider sa famille et financer certaines de ses dépenses personnelles.

« Après l’école, je viens ici pour travailler et subvenir à mes besoins. Au lieu de rester dans la rue ou de faire de mauvaises choses, j’ai préféré travailler honnêtement », affirme-t-il avec fierté.
Grâce à cette activité, Fodé parvient parfois à générer des revenus importants pour son âge.
« Mes recettes journalières peuvent varier entre 20 000 et 100 000 francs guinéens », confie-t-il.
Malgré leur détermination, ces jeunes travailleurs font face à plusieurs difficultés, notamment le manque d’eau qui ralentit fortement leurs activités durant cette période de sécheresse.
« Ces derniers jours, nous travaillons difficilement à cause du manque d’eau. Nous demandons aux autorités de nous aider avec un forage afin que nous puissions exercer normalement », plaide le jeune élève.
Pour Mamadou Oury Diallo, responsable d’un centre de lavage à Caravansérail, ces espaces jouent également un rôle social majeur dans la protection des enfants et adolescents contre les dérives sociales.

« Beaucoup d’enfants viennent travailler ici pour payer leur déjeuner à l’école ou aider leurs parents. Cela les éloigne aussi de la délinquance et du vol. Ils apprennent à se débrouiller honnêtement », souligne-t-il.

À Kindia, derrière chaque moto lavée et chaque véhicule nettoyé, se dessinent ainsi des histoires de résilience et d’espoir. Dans un contexte marqué par le chômage et les difficultés économiques, ces jeunes lavagistes incarnent une jeunesse courageuse qui refuse l’oisiveté et choisit, malgré les obstacles, le chemin du travail et de la dignité.
Sylla Ama, Correspondant à Kindia pour Planète7.info
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