Hommage à Sidya Touré : L’exégèse d’une Présidence manquée (Par Abdoulaye Condé)

L’ancien Premier ministre, Sidya Touré, Président de l’UFR s’est éteint, vendredi 25 septembre à 23 heures de Conakry, samedi 26 septembre à 3 heures du matin de Paris, à l’hôpital Américain au 84 boulevard de la Saussaye, 92200 Neuilly-sur -Seine.
Ironie du sort, au moment où, dans le même établissement hospitalier, son jeune frère et ancien ministre délégué Ibrahima Kassory Fofana avec lequel il a partagé des rapports pour le moins fluctuants, est admis.
Observateur attentif du Premier ministre et proche du Président de l’Union des Forces Républicaines (UFR), j’affirme, après Aboubacar Somparé, le doyen Cellou Dalein Diallo, le destin de cet autre Homme d’Etat d’envergure aura été, pour la Guinée, une Présidence manquée sinon perdue.
Début juillet 1996, je croise le cortège de l’homme d’affaires, mon frère, Mamadi Mamadou Diawara Yaourt entre la Police judiciaire et son bureau de l’immeuble Kebe d’où il sortait aux environs de 17 heures.
Membre du BPN du PUP et très proche du secrétaire général, feu Aboubacar Somparé, il m’annonce, manifestement ravi, la nomination imminente d’un Premier ministre issu « d’une minorité ethnique et proche des composantes socioculturelles du pays ». Dans ses détails, il m’explique les négociations menées depuis quelques semaines et le rôle joué par le Président du Groupe parlementaire PUP-PCN dans la nouvelle donne politique qui se profile et synonyme d’ouverture.
Sauvé de justesse de la rageuse mutinerie militaire des 2 et 3 février de la même année, confronté à une situation socio-économique dégradée et un environnement politique tendu, le Président Lansana Conté, fragilisé, était dans l’obligation de proposer les solutions à tous ces maux causés par la mauvaise gouvernance.
Depuis, avec l’aide des proches et collaborateurs de confiance notamment l’administrateur de l’ACGP ou le secrétaire général du PUP, le Président, dans la confidentialité absolue, cherche la voie de sortie de crise.
Ses collaborateurs et Hommes de confiance, dans des cadres définis, jouent chacun le ou les rôles à la dimension de la contiguïté avec le miraculeux survivant du bombardement du Palais des Nations.
Ibrahima Kassory Fofana et Aboubacar Somparé ont également en commun l’avantage de la proximité avec le futur élu.
Si le premier, à travers les frères Diané ( Mori et Mamadi) côtoie souvent Sidya Touré à Washington ou à Abidjan, le natif de Kakandé et l’originaire de Kolon ont partagé l’enfance sinon le berceau ensemble.
C’est Aboubacar Somparé qui porte la lettre du Président Lansana Conté à son homologue Henri Konan Bedié sollicitant la libération d’un haut fonctionnaire ivoirien dont l’Etat Guinéen a besoin. Avec des bénédictions, le Président Bédié accède à la requête du Président Conté.
Effectivement, le 09 juillet 1996, précédé par une solennelle adresse du Président de la République, le Général Lansana Conté expliquant le bien fondé de sa nouvelle orientation et magnifiant les qualités de l’homme choisi pour l’accompagner dans une nouvelle aventure, le ministre secrétaire général, feu Almamy Fodé Sylla rend public, dans le Journal Parlé de 19h 45 et dans le Journal Télévisé de 20 heures 30 de la RTG, la teneur du Décret Présidentiel nommant Sidya Touré, né en 1945, dans les fonctions de Premier ministre, ministre de l’économie, des finances et du plan. Sans doute, c’était la première fois que les Guinéens dans leur écrasante majorité entendaient ce nom.
Ancien Directeur de Cabinet, du Premier ministre Alhassane Dramane Ouattara, ( 1990 – 1993) après une longue carrière administrative ivoirienne entamée au début des années 1970 à l’inspection du Trésor chargé de vérification à la direction de la comptabilité publique à Abidjan, le nom de Sidya Touré, très peu connu en Guinée, résonne cependant comme la solution attendue en ce moment et rencontre une exceptionnelle adhésion populaire brisant les clivages sociopolitiques de l’époque.
Le discours du nouveau Premier ministre
» ma ̀mission est essentiellement d’ordre économique « , » je suis ami avec les leaders des 4 principaux partis politiques ( Siradiou Diallo PRP, Bah Mamadou UNR, Alpha Condé RPG et Aboubacar Somparé PUP) » ainsi que la formation de son gouvernement dit de « Technocrates « , le 10 juillet 1996 pour tous les autres ( Ousmane Kaba ministre délégué chargé de l’économie, finances et plan, Kassory Fofana ministre délégué chargé du budget et de la restructuration du secteur parapublic, feu le doyen Cellou Dalein Diallo aux TP, Madikaba Camara au commerce, industrie, artisanat, feu Almamy Diaby à l’enseignement technique et professionnel, Boubacar Barry à la pêche et aquaculture, Jean Paul Sarr à l’agriculture, feu Zogbelemou Togba à la justice, Moussa Sampil à la sécurité, Hadja Saran Daraba Kaba aux affaires sociales, Alpha Ousmane Diallo à l’urbanisme et habitat etc.) et le 11 juillet pour Cellou Dalein Diallo ( ministre Télécommunication, Transports et Tourisme) sont applaudis et validés par une grande majorité de Guinéens.
Dans la classe politique, seul Jean Marie Doré, dont l’ego était une obsession non négociable, fulmine contre ce nouveau Premier ministre qui a eu tort de ne pas le connaître auparavant et le citer avec son UPG parmi les principaux leaders et partis que compte la Guinée.
Sur un autre registre, le Président de l’assemblée nationale, Elhadj Boubacar Biro Diallo ne s’attaque pas au nouveau Premier ministre, mais dément publiquement le Président Lansana Conté qui a affirmé dans son solennel discours d’avant nomination de Sidya Touré avoir consulté les Présidents des institutions.
» Je n’ai pas été consulté, c’est quand je suis allé lui dire au revoir avant mon voyage pour la France que le Président Lansana Conté m’a fait part de sa décision de nommer un Premier ministre, il n’a pas sollicité mon avis ni consulté le président du parlement » rétorque t-il depuis le perchoir et dans les multiples interviews accordées à la presse.
Ce démenti ou cette nomination ( c’est selon) marque le point de départ de la crise entre le Président de la République et le Président de l’assemblée nationale avec les prises régulières de positions contraires du second par rapport à certains actes et actions du premier et de ses ministres.
Loin de la naissante guéguerre entre les 2 hautes personnalités de l’Etat, le Premier ministre, assisté de ses ministres délégués, compose son Cabinet dirigé par un ancien de la Côte d’Ivoire, Ibrahima Camara directeur, feue Mme Mama Kassory Bangoura, chef de cabinet, feu Soriba Kaba, conseiller principal, feu Mouctar Diabaté, feu Yacine Barry, feu Oumar Sow Sow, feu Bakary Goyo Zoumanigui (ancien maire de Macenta fondateur ou dépositaire de l’UFR), Aboubacar Sylla, Paul Fabert, Abraham Bouré conseillers particuliers dans les différents domaines.
Gouvernement et cabinet formés, le nouveau Premier Ministre ne perd pas le temps. Sidya Touré engage plusieurs réformes visant à moderniser l’économie Guinéenne, améliorer les finances publiques et renforcer les infrastructures nationales.
Il met également l’accent sur la coopération internationale et les programmes d’ajustement économique soutenus par les partenaires financiers internationaux.
La crédibilité et la popularité du nouveau Premier ministre gagnent davantage les Guinéens avec des mesures symboliques et fortes comme l’interdiction d’utiliser les véhicules administratifs les week-ends et jours fériés, le contrôle des effectifs de la Fonction Publique, la mise en place du comité de trésorerie, l’initiation des missions d’audit et d’inspection au niveau des services financiers etadministratifs, le programme d’assainissement de la ville mais aussi le projet d’érection de la RTG en Office et l’ouverture de ses antennes à toutes les sensibilités politiques du pays, le droit à la manifestation, la dénonciation des bavures policières et descentes militaires notamment des bérets rouges sur la place publique. Ces mesures coïncident avec la fourniture régulière d’électricité, pour la première fois, à Conakry et environs.
Au mois de septembre, il conduit la mission gouvernementale aux Assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale. À Washington, où les premières réformes sont évaluées comme la preuve du sérieux de l’équipe et du changement qualitatif opéré en Guinée, la posture de l’ami et frère Alhassane Ouattara à la direction générale du FMI facilite l’obtention du Programme d’ajustement structurel renforcé (FAS – R) et la Guinée accède au statut de PPTE (pays pauvre très endetté) pour pouvoir bénéficier d’une aide financière sans même l’avis préalable et obligatoire du Conseil d’administration.
Sur la lancée, Sidya Touré permet à la Guinée de renouer avec l’Union Européenne et de débloquer, au titre des arrières du 7ème FED et le budget du 8ème, l’enveloppe financière gelée de 258 millions d’euros destinés au financement de certains projets de l’Etat.
En novembre, il organise à Dalaba une retraite où le gouvernement produit et adopte un Document » Guinée Vision 2010″, une forme de Plan de Développement ciblant des programmes et projets prioritaires d’ordre infrastructurel, agricole, industriel, énergétique, minier et services sociaux de base du pays.
Pour le Général Président, ces premiers résultats représentent une véritable bouffée d’oxygène dont il a besoin pour relancer sa déficiente côte de popularité.
Le tournant du 14 février 1997 où le début de la fragilisation
En quittant le tapis de la prière de ce vendredi Saint effectuée dans la cour du Petit Palais, je me retrouve face à face avec le ministre du budget sortit directement du bureau du Président de la République.
Me tenant par le bras, j’ai ainsi, par un concours de circonstances, le privilège d’être le tout premier interlocuteur du ministre délégué et d’avoir la primeur de la nouvelle d’Etat du jour.
Mon frère, me laissant embarquer dans sa Land Cruiser ( IT 2272), m’informe de la signature par le Président Lansana Conté du Décret supprimant les ministères délégués, déchargeant le Premier ministre Sylla Touré de l’économie et des finances devolu à Ibrahima Kassory Fofana et nommant Dr Ousmane Kaba au Plan et à la coopération internationale.
Sur le trajet Palais Présidentiel – ACGP non loin de la Mosquée Sénégalaise où il a maintenu ses bureaux, le futur ministre des finances explique l’irritation du Président Lansana Conté par rapport aux dysfonctionnements, à la mésentente et à la rivalité autour du Premier ministre Sidya Touré et de ses ministres délégués.
Dans la soirée, au journal parlé de 19 heures 45 de la radiodiffusion nationale et à 20 heures 30 dans le Journal de la télévision nationale, le Décret est diffusé tel que le tout nouveau puissant ministre de l’économie et des finances me l’a décrit dans la journée.
Dans la capitale ivoirienne où le cas Sidya Touré sert de grain à moudre à ses adversaires pour accabler, sur sa nationalité, le Président du RDR Ouattara et où j’arrive le lendemain en compagnie de mon ami Mamadou Dian Diallo, l’événement domine le débat dans les cercles politiques et nous sommes conviés par les rédactions des médias publics et privés. Dans un article signé dans les colonnes d’Ivoire Soir, je perçois la séparation se profiler derrière cette confiance sursitaire accordée à Sidya Touré avec le Décret du 14 février.
Il est vrai que certains cadres à l’instar du directeur du budget, Youssouf Sylla trouvaient la scission du département des finances particulièrement lourde et ennuyeuse dans le suivi et le traitement rapide des dossiers, mais dans l’entourage des 2 ministres délégués, de nombreux autres cadres soufflent déjà sur les braises.
Même à la Présidence de la République, des proches du Général Lansana Conté comme le chef du protocole, Malick Sankhon affichent ouvertement leur mépris à l’égard du Premier ministre Sidya Touré soupçonné à tort ou à raison de nourrir secrètement une ambition présidentielle.
Ce sentiment est toutefois soutenu par certains actes, probablement de bonne foi, du Premier ministre.
De passage un jour à l’aéroport de Conakry, il ordonne la démobilisation d’un contingent militaire regroupé dans la perspective d’un des bouillonnants retours à Conakry du leader du RPG, Alpha Condé.
Dans la soirée, le Président Lansana Conté riposte par un incroyable Décret : » Le Général Lansana Conté est nommé ministre de la défense « . Signé le Général Lansana Conté, Président de la République. L’acte a la clarté du mécontentement et de l’avertissement.
Ibrahima Kassory Fofana, malgré l’incompréhension sinon l’antagonisme d’ordre personnel avec Sidya Touré, tenait cependant à la réussite du gouvernement face aux enjeux des réformes engagées.
Mais dans une telle ambiance, ses arguments ont peu de poids. Il a tout au plus pu maintenir tout le monde dans le gouvernement réaménagé.
Pas pour longtemps et pour le Premier ministre, Sidya Touré, c’est le début de la fragilisation après seulement 7 mois de plein exercice.
En octobre 1997, le Président Lansana Conté procède à un nouveau réaménagement marqué par le départ de 2 proches du Premier ministre (Dr Ousmane Kaba remplacé par le doyen Cellou Dalein Diallo au Plan et à la coopération internationale et Moussa Sampil renvoyé de la Sécurité par l’avènement de Dr Sekou Koureissy Conde Koureissy Rasoul et le renforcement de Cellou Dalein Diallo avec un super ministère de l’équipement englobant le transport, les travaux publics, les télécommunications etc.
Ce décret ( avec ses proches Cellou Dalein Diallo et Sékou Koureissy Conde) conforte davantage la puissance de Kassory Fofana et accentue la fragilisation de Sidya Touré qui accepte tout de même la souffrance de la traversée du désert en restant au gouvernement jusqu’u 08 mars 1999 date de son remplacement par Me Lamine Sidime non sans avoir financièrement et activement contribué à la réélection du Président Lansana Conté à la présidentielle du 18 décembre 1998. Le 1er gouvernement Sidime formé avec ce second mandat du Président Lansana Conté acte le départ de tous ses autres proches ou supposés tels de son prédécesseur : Boubacar Barry, Hadja Saran Daraba, Almamy Diaby etc.
Ainsi prenait fin, dans la déception et la rancœur, la vie et l’action gouvernementale de Sidya Touré qu’il n’a réellement exercé que 7 mois. Suffisant cependant pour produire une très bonne impression chez les Guinéens et être retenu comme un crédible Homme d’État.
La présidence de l’UFR où la métamorphose
Le départ de la Primature où il a sollicité et espéré constitué une nouvelle équipe et son remplacement par son ancien avocat, Me Lamine Sidime devenu un farouche adversaire sinon ennemi ont été pour Sidya Touré et ses amis notamment Mamadi Diané la ligne rouge obligeant à laver l’affront sinon à la vengeance.
Déjà connu et apprécié des Guinéens, la métamorphose s’impose.
Ainsi, après une année de repos, de réflexion et d’observation, le Premier ministre de « la mission essentiellement économique » se mue, le 20 mai 2000, leader politique par son élection à la Présidence de l’Union des Forces Républicaines ( UFR) jusque là dirigé ( avec le titre de secrétaire général) par l’ancien conseiller, Bakary Goyo Zoumanigui probablement au compte du patron pour un tel jour comme l’a identiquement fait, en août 1999, Djeni Kobinan ( secrétaire général du RDR) au profit de l’ancien Premier ministre Alassane Ouattara.
La vie publique, c’est surtout la prévision.
Avec le nouveau Président, l’UFR s’installe avec ses structures rapidement partout en Guinée.
Il s’implante et trouve ses fervents adhérents en Basse Guinée et Guinée Forestière avec de solides embryons en Moyenne et Haute Guinée, bastions intouchables de l’UNR, du PRP et du RPG.
À Conakry, la Direction du parti compte ses anciens ministres Hadja Saran Daraba Kaba, Ousmane Kaba, feu Zogbelemou Togba, feu Almamy Diaby, Boubacar Barry, les députés démissionnaires du PUP feu Alain Diallo et feu Babara Fofana ( inhumé dans son Forécariah natal le 25 mai 2026, jour du décès de Sidya Touré), l’emblématique maire de Kaloum, Fodé Idrissa Touré Briqui Momo et celle de Maram, Mme feue Mme Kaba Rougui Barry.
De nombreux cadres de l’administration affichent ouvertement leur adhésion au parti.
Ce regain de popularité de l’UFR et de son leader semble si menaçant qu’il suscite des inquiétudes au sommet du PUP nécessitant l’implication personnelle du Président Lansana Conté. Dans une série de sorties publiques et d’un meeting, le 02 juin 2000, au stade annexe du 28 septembre, le Président Lansana Conté hausse le ton et menace tous les cadres qui se laisseraient séduire par son ancien Premier ministre qu’il ne ménage pas non plus.
L’intervention Président Lansana Conté a eu l’effet de dissuader l’ardeur des cadres.
Les structures de l’Etat sont également dressées contre toute forme d’existence électorale de l’UFR. Aux communales du 15 juin 2000, Sidya Touré et son épouse accomplissent leur devoir civique dans la cour du PM3 à Kaloum où ils étaient recensés. Dans la soirée, après la clôture du scrutin, le candidat de l’UFR recueille 0 voix dans le bureau de vote où le nouveau leader du parti et son épouse ont glissé leurs bulletins.
Cette première expérience électorale soldée par aucune commune gagnée n’altère en rien l’engagement politique de Sidya Touré. Au contraire, il dénonce vertement « une fraude électorale ridicule et inintelligente qui nie même mon vote et celui de mon épouse »
Sidya Touré, Homme politique tous azimuts désormais, se revendique opposant au régime mais situe l’UFR au Centre de l’échiquier politique, un parti transversal en dehors des clivages communautaristes ou ethniques. Il veille et dénonce les dérapages et scandales financiers au quotidien.
Avec les autres leaders, Bah Mamadou (son meilleur partenaire), Siradiou Diallo, Jean Marie Doré, les représentants d’Alpha Condé en prison, Elhadj Boubacar Biro Diallo ( le frondeur dissident du PUP) et d’autres, il contribue à la création du FRAD ( Front de l’alternance Démocratique) qui s’opposera systématiquement au régime du Général Lansana Conté notamment au projet de révision constitutionnelle de 2001 et le 3ème mandat de 2003.
Il milite fermement pour la libération du leader du RPG, Alpha Condé détenu depuis la présidentielle de décembre 1998.
Cette détermination politique lui crée de nombreux ennuis notamment une interpellation par le ministre de la justice feu Abou Camara lors de la caravane nationale de l’opposition contre la révision constitutionnelle en 2001et une garde à vue à la police judiciaire de Kaloum au motif d’avoir financé un projet d’assassinat du Président Lansana Conté par des mercenaires français à travers ses partisans Ibrahima Kapi Camara, Baidy Aribot, feue Rougui Barry et feu Général Mamadouba Toto Camara tous mis aux arrêts et détenus à la maison centrale de Coronthie ou séquestré au camp en ce qui concerne le chef d’État major de l’armée de terre, Mamadouba Toto Camara.
» Complot de qui contre qui ? » protestera face à ses interrogateurs dont le commissaire feu Thermite Mara et autres.
Il aura fallu la lucidité de quelques membres du gouvernement notamment Naby Youssouf Kiridi Bangoura, ministre de l’administration du territoire pour désamorcer ce piège monté par Moussa Sampil, redevenu ministre de la sécurité en 2004, pour certainement prouver sa démarcation du leader de l’UFR.
Ces difficultés et embûches avec le verrouillage ou la restriction des activités des entreprises et sociétés de la SOFIG dont il est un des grands actionnaires n’ont aucun effet dissuasif sur sa combativité contre la gouvernance du pays jusqu’à la mort, le 22 décembre 2008, du Président Lansana Conté.
Le Général Lansana Conté
La reconnaissance et des regrets, le pardon et l’hommage au Grand Frère
Dans son combat contre le régime, le leader de l’UFR a souvent tenu à distinguer la personne du Général Lansana Conté des méfaits de sa gouvernance.
Il a du respect et de la reconnaissance pour le Président de la République qui l’a permis de servir son pays à un haut niveau de l’Etat, mais regrette son manque de lucidité sinon d’ambition et de volonté face aux vrais défis du pays.
Le Général Lansana Conté appréciait aussi l’homme de terre ou l’agriculteur chez Sidya Touré et se rendait parfois, bien avant la nomination de ce dernier à la Primature, dans ses champs et plantation à Kolon où une facture des pieds de cocotiers et palmiers nains souffrent toujours du non règlement.
Tacticien, le Président trouvait également du plaisir à distraire son Premier ministre. Quelques jours seulement après la nomination, il demande à Sidya Touré de l’aider à recouvrer une créance auprès de l’ancien ministre du contrôle d’état, feu Kazaliou Baldé.
Lors du Conseil des ministres suivant, le Président réitère publiquement la mission confiée à Sidya Touré.
Le nouveau Premier ministre accorde à cette persistante sollicitation tout le sérieux que mérite une instruction présidentielle.
Il invite ainsi Kazaliou Baldé à la Primature et lui demande fraternellement de rendre au Président Lansana Conté son dû. En riant, Kazaliou Baldé conseille au Premier ministre de ne pas perdre le temps avec ce sujet.
L’ancien ministre avait raison et Sidya Touré s’en était vite aperçu quand il a vu lui-même Kazaliou Baldé réclamer et obtenir du Président Lansana Conté dans son bureau les frais d’un voyage privé qu’il effectuait le même jour en Europe.
» Ce sont des bandits, ces jeunes » lance le Président Conté en fixant le Premier ministre ébahi par la scène et le degré de la familiarité entre le Président de la République et l’ancien ministre qu’il était chargé de « traquer ».
Sidya Touré tira cependant de l’affaire Kazaliou, la leçon de la prudence comme ligne de conduite à observer avec le Président Lansana Conté. Cet état d’esprit a certainement pu le permettre de tenir jusqu’à son départ de la Primature.
Les luttes, les querelles, les oppositions ou les antagonismes sont propres aux vivants. La mort efface tout et retient simplement la valeur ajoutée du défunt
Au décès du Général Lansana Conté, qu’il a vu 5 mois avant la date fatale du 22 décembre 2008, Sidya Touré » jette la rancune à la rivière » (pour reprendre la légendaire phrase du Président Valérie Giscard d’Estaing suite à la trahison de Chirac et sa défaite de mai 1981) et rend hommage au Président de la République en reconnaissant honnêtement les actes positifs de son bilan :
» Il aimait la Guinée, un militaire qui s’est battu pour ce pays, il a transformé l’économie, créer une nouvelle monnaie, changer l’administration; instaurer le multipartisme; garanti la liberté d’expression et d’opinion, la liberté de la presse…C’est beaucoup de choses. Jusqu’à présent, nous continuons à bénéficier des actions positives de sa gouvernance’’.
Le rendez-vous manqué avec le destin suprême
L’agonie du PUP avec la mort du Président Lansana Conté détruit les obstacles et permet enfin à Sidya Touré et à l’UFR d’exercer enfin sur le terrain le rôle de leadership politique en Basse côte que les intrigues administratives ont longtemps refusé.
Cette position galvanise la détermination dans le combat de la conquête du Pouvoir et développe la conscience face aux responsabilités d’Etat.
À partir de là, la disparition physique du Président Lansana Conté et le renversement de son régime ne suffisent point pour baisser les bras dans le combat pour la démocratie vraie, la bonne gouvernance du pays et le bonheur des populations confrontées à toutes les difficultés de la vie. Pour Sidya Touré, seules les élections inclusives, transparentes et crédibles sont susceptibles de sortir la Guinée de la léthargie. Il n’est donc pas question de perdre du temps
Ainsi, face à la déclaration du Capitaine Moussa Dadis Camara de porter la durée de la transition à 2 ans et surtout des velléités du Président du CNDD de troquer le treillis de la Transition pour le costume de la candidature, Sidya Touré manifeste son refus au même titre que tous les autres leaders par le meeting réprimé du 28 septembre 2009 au stade du même nom.
Blessé, c’est au domicile de Sidya Touré à la minière où s’est tenue la réunion de crise que le leader du FUDEC, François Lonseny Fall suggère l’idée de recenser tous les cas de viols et violences sexuelles commis au stade et de saisir l’ONU contre la junte. les L’ancien Premier ministre développe le degré de gravité et le caractère criminel que revêt ce chef d’accusation au niveau des institutions internationales.
Le sort du Président du CNDD est déjà scellé.
Après l’accord de Ouagadougou avec la subtile mise à l’écart du Capitaine Moussa Dadis Camara, la transition pouvait sereinement être désormais conduite par le Général Sékouba Konaté et se conclure par l’organisation d’une inclusive, crédible et transparente présidentielle réclamée par les forces vives.
À l’issue du premier tour, le 27 juin 2010, Sidya Touré arrive 3ème avec 13,02 % derrière Cellou Dalein Diallo (UFDG) 43,69 % et Alpha Condé (RPG) 18,25 %.
Dans la journée de ce 2 juillet 2010 avant la publication par le Président feu Sékou Ben Sylla de ces chiffres provisoires (inattendus à l’UFR), je revois, dans la cour de l’immeuble Golfe à Coleah, feu Mamadi Diané, visage et mouvement radieux, en compagnie de feu Amadou Gon Coulibaly et Aly Coulibaly.
Au téléphone, le grand patron de la SOFIG annonce à un interlocuteur, la reprise dès le lendemain 03 juillet 2010 du chemin de la campagne convaincu que son ami était qualifié au second tour. Il faut dire que Sékou Ben Sylla très proche sinon sympathisant de l’UFR, a fait preuve d’imprudence en prévoyant tout sauf la réaction du duo Général Sékouba Konate – Tibou Kamara, au moment où il rassurait Sidya Touré de la qualification du candidat de l’UFR au second tour avec l’annulation de quelques procès-verbaux de bureaux de vote favorables à Alpha Condé.
Face aux 2 têtes de l’exécutif de la Transitoire de 2010, le Président de la CENI, Sékou Ben Sylla, suite à sa présentation et exposé, a été simplement instruit par le Général Sékouba Konaté et son Secrétaire Général, Tibou Kamara de livrer les résultats tels que sortis des urnes et de les transmettre à la Cour Suprême seule institution habilitée à statuer et à trancher les réclamations, les contentieux électoraux.
Ainsi, contrairement à l’attente, les résultats de la CENI publiés la nuit de ce 02 juillet 2010 éliminent de la course du second tour le candidat de l’UFR avec sa 3ème position.
Les manifestations de protestation qu’il initie provoquent le courroux du Général Sékouba Konaté contre Sidya Touré. Son ralliement sans grande conviction à Cellou Dalein Diallo avec le protocole d’alliance politique UFR – UFDG du 28 juillet 2010. divise son parti. L’un de ses intimes et figure de l’UFR à Kaloum, Fodé Idrissa Touré Briqui Momo déménage immédiatement chez Alpha Condé. La notabilité de la Basse Côte, son fief, est poussée dans les bras du Candidat du RPG ARC-EN-CIEL au second tour.
La défaite de Cellou Dalein Diallo entraîne la danse du ventre vers Alpha Condé des cadres et responsables de l’UFR qui l’ont conduit à rallier le 1er du premier tour.
Cette situation entame l’érosion de l’UFR et Alpha Condé, Président de la République désormais, en fera un de ses chantiers prioritaires.
À vrai dire, la présidentielle de 2010 a été l’échec politique fatal, le rendez-vous manqué avec le destin dont les causes résident dans la faiblesse de sa capacité managériale.
Sidya Touré a péché pour ne pas avoir su capitaliser à son profit l’énorme et riche potentiel humain que son enfance et sa longue carrière professionnelle ont mis sur son chemin.
En effet, face au RPG désorganisé au 1er tour de 2010, si son ami Aboubacar Somparé, Mamadi Diawara et son jeune frère Ibrahima Kassory Fofana ( ses 1ers hôtes ), Dr Ousmane Kaba, Hadja Saran Daraba (ses anciens ministres et premiers responsables de l’UFR), François Lonseny Fall ( son allié naturel et qui m’a confié lors de son bref passage à la Primature ne pouvoir travailler et suivre personne d’autre que Sidya Touré) ou Mamadou Sylla ( un de ses premiers supporters) s’étaient rangés derrière sa candidature et réellement mené campagne, aucun doute que Sidya Touré se serait retrouvé au second tour..
Autre reproche souvent formulé est son accrochage à la Primature malgré son affaiblissement. Une démission, comme celle de François Lonseny Fall, aurait créer des difficultés à beaucoup de ses concurrents et rivaux.
Que retenir de l’homme ?
Brillant technocrate, Indiscutablement, Sidya Touré a l’étoffe de l’homme d’État, mais pas forcément celle d’un fin politicien. Malgré sa grande générosité, ses compétences et sa louable ambition pour la Guinée, le vrai boulet de Sidya Touré aura été son insuffisance de sensibilité.
La vie est ainsi faite, la perfection n’est pas humaine.
Mais, quoique bref, son passage à la Primature restera dans les annales comme l’une des rares meilleures périodes de gouvernance de la Guinée.
Personnellement, j’ai pour Sidya Touré le respect qu’on a pour un Homme d’État patriote.
À distance, j’ai apprécié le Premier ministre que je n’ai vu qu’une seule fois à son bureau, mais j’ai été très proche du leader politique avec mon frère Sekou Conde Ping-pong, l’un des premiers cadres de l’UFR et futur fondateur du MORELAC-SODEM ( Mouvement pour la réélection du Général Lansana Conté et Soutien à la Démocrate).
́Au nombre de ses privilégiés et souvent consulté, je garde de nombreux et merveilleux souvenirs de l’un des rares cadres qui a utilisé, depuis les premiers lendemains du 03 avril 1984, dans des actions et activités d’utilité publique ( écoles, industrie, agricoles, immobiliers ) la fortune construite ailleurs.
La Côte d’Ivoire, en l’occurrence, qui l’a tout donné où je l’ai vu la dernière fois dans sa somptueuse résidence de Cocody et où sa famille a décidé de reposer son âme.
Conduit ce jour par l’ami testamentaire Bob Doumbouya, Sidya Touré est revenu sur toutes les épreuves qu’il a rencontrées ces dernières années en Guinée et qui l’ont contraint à l’exil depuis sa rupture avec le Président Alpha Condé. » J’étais déjà en Côte d’Ivoire quand Doumbouya arrivait aux affaires »
L’ancien Président, que le leader de l’UFR a soutenu à la présidentielle de 2015, avait nommé Sidya Touré dans les fonctions de « Haut représentant du chef de l’État » le 2 janvier 2016.
Sollicité en novembre 2016 par un de ses collègues Présidents voulant probablement s’inspirer de son exemple et recaser un de ses partisans, le Président Alpha Condé a répondu « je ne ne définis rien ». Ceci pourrait expliquer cela, en décembre 2018, Sidya Touré démissionne estimant le poste flou sinon vide.
Sidya Touré a salué la prise du Pouvoir de Mamadi ea, mais n’a pas pu maintenir le contact avec le tombeur d’Alpha Condé
» je ne l’ai vu qu’une seule fois dans un contexte de débordement où beaucoup d’étrangers notamment des Marocains l’attendaient, nous nous sommes mis à l’écart pour quelques minutes, le temps de promettre de me faire signe »
Sidya Touré, qui a de nouveau quitter la Guinée suite à la saisie de Sidya Touré, qui a de nouveau quitter la Guinée suite à la saisie de et à l’affectation de sa maison au BGDA, ne cache pas son étonnement sinon sa déception d’être ainsi traité dans son pays pour lequel il n’a cessé de donner le meilleur de lui-même et qu’il continue d’aimer.
Cependant, il s’est voulu positif et optimiste sur l’avenir de la Guinée.
Ce 17 novembre 2024, sur la terrasse de sa résidence et devant Bob Doumbouya, Amadou TAM Camara de Guineenews, Aly Coulibaly, actuel grand chancelier de l’Ordre national et un cadre Guinéen de passage à Abidjan, Sidya Touré a déclaré « je préfère, dans l’état actuel de la Guinée, Mamadi Doumbouya »
Près de 2 ans après, avec quel jugement ou quel avis quitte le monde, ce 25 septembre 2026, l’Homme d’Etat, le serviteur de l’Etat ?
Bob Doumbouya, le compagnon au quotidien, répondra.
En attendant, ses amis et adversaires sont unanimes dans l’hommage rendu à l’Homme d’Etat sur le fait que le nom de Sidya Touré est déjà inscrit dans les annales de l’histoire contemporaine de la Guinée et de la Côte d’Ivoire sinon de l’espace CEDEAO et de l’Afrique.
VEUILLE ALLAH, NOTRE CRÉATEUR,
de Côte d’Ivoire, accepter l’âme de l’illustre disparu dans son éternel Paradis. Amen
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