
Dans une interview accordée à RFI ce jeudi, l’opposant Cellou Dalein Diallo a livré une charge critique contre la gestion de plusieurs dossiers sensibles par les autorités guinéennes. De la découverte de six corps près de Forécariah aux disparitions qu’il affirme recenser, en passant par le projet Simandou et les retombées du boom minier, l’ancien Premier ministre réclame des réponses et questionne la responsabilité du pouvoir de Conakry.
La découverte, le 24 août dernier, de six corps dans ce qui est présenté comme une fosse commune près de Forécariah continue de susciter de vives interrogations en Guinée. Selon les éléments évoqués au cours de l’entretien, les victimes auraient été retrouvées les mains ligotées et les yeux bandés.
Alors que la commission Défense et Sécurité rattachée à la présidence guinéenne a annoncé son intention de faire la lumière sur les circonstances de cette découverte, Cellou Dalein Diallo affiche son scepticisme. Pour l’opposant, les précédents dossiers de violations présumées des droits humains imposent une enquête particulièrement rigoureuse et indépendante.
Au cours de l’entretien, l’ancien Premier ministre affirme que plusieurs dossiers liés à des disparitions forcées auraient déjà été portés devant la justice, sans que les familles concernées aient, selon lui, obtenu de réponses satisfaisantes.
Cellou Dalein Diallo évoque ainsi « au moins une douzaine » de jeunes et de citoyens dont les proches seraient toujours sans nouvelles. Ce chiffre relève de ses propres déclarations et ne constitue pas, à ce stade, un bilan officiel établi de manière indépendante.
L’opposant attire également l’attention sur la proximité entre le lieu de découverte des corps et le camp de Kaléah, qu’il présente comme une base des forces spéciales. Cette proximité géographique, à elle seule, ne permet toutefois pas d’établir une quelconque implication des forces de sécurité. Seule une enquête documentée pourrait permettre de déterminer les circonstances des décès et d’éventuelles responsabilités.
Cellou Dalein Diallo s’inquiète également du traitement réservé aux dépouilles. Il affirme que les corps auraient été réinhumés sans autopsie ni identification préalable, une situation qui, selon lui, pourrait compliquer considérablement l’établissement de la vérité sur l’identité des victimes et les causes de leur mort.
L’entretien avec RFI a également permis à Cellou Dalein Diallo de répondre à des accusations ou soupçons susceptibles de le concerner dans une autre affaire.
L’ancien Premier ministre affirme catégoriquement n’avoir jamais échangé avec Alghassimou et ne pas entretenir de relation personnelle avec lui. Il assure le connaître uniquement à travers les médias et affirme ne jamais l’avoir rencontré physiquement.
Cellou Dalein Diallo estime que toute tentative de l’associer à cette affaire pourrait relever d’une volonté de constituer un dossier judiciaire contre lui. Il fait notamment référence au dossier Air Guinée, qu’il qualifie de « dossier bidon ».
Ces affirmations restent celles de l’opposant et doivent être distinguées de faits judiciairement établis.
Sur le terrain politique, Cellou Dalein Diallo revient également sur la dissolution de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG).
Selon lui, la dissolution administrative du parti ne saurait entraîner la disparition des convictions et des idées défendues par ses militants. Il rappelle que la formation n’a pas pu prendre part au processus électoral et affirme avoir lui-même été radié du fichier électoral.
L’opposant soutient par ailleurs qu’une partie importante des structures de l’UFDG demeure active au sein de la diaspora guinéenne.
Plus largement, il accuse les autorités dirigées par le général Mamadi Doumbouya d’avoir considérablement réduit l’espace politique et les libertés publiques. Des accusations qui s’inscrivent dans le discours critique régulièrement porté par l’opposition contre la gestion de la transition.
L’autre grande séquence de l’interview concerne l’économie et, en particulier, le projet Simandou.
Cellou Dalein Diallo reconnaît l’importance croissante de la Guinée sur la scène minière internationale. Mais l’ancien Premier ministre relativise l’idée selon laquelle l’afflux d’investissements serait uniquement le résultat d’une politique particulièrement performante d’attraction des capitaux.
À ses yeux, l’intérêt des grandes puissances et des investisseurs s’explique d’abord par l’importance stratégique des ressources minières guinéennes, notamment le fer de Simandou et la bauxite.
Au-delà des investissements annoncés, l’opposant pose une question centrale : les immenses richesses minières de la Guinée améliorent-elles réellement les conditions de vie de la population ?
Sa réponse est clairement négative.
Cellou Dalein Diallo affirme notamment que la pauvreté se serait aggravée et attribue cette évolution à des données de la Banque mondiale. Cette affirmation nécessiterait toutefois d’être confrontée aux statistiques et publications les plus récentes de l’institution avant d’être considérée comme un constat établi.
Dans son analyse, Cellou Dalein Diallo établit également un lien entre les ressources minières guinéennes et l’attitude des grandes puissances à l’égard du pouvoir de Conakry.
Selon lui, l’importance stratégique du fer de Simandou et de la bauxite pourrait conduire certains partenaires internationaux à privilégier leurs intérêts économiques et géopolitiques dans leurs relations avec les autorités guinéennes.
L’opposant estime ainsi que l’intérêt suscité par les ressources naturelles du pays pourrait expliquer, en partie, la prudence de certaines puissances face aux accusations de violations des droits humains.
Il s’agit toutefois d’une lecture politique formulée par Cellou Dalein Diallo et non d’une conclusion établie par des éléments indépendants dans le cadre de cette interview.
À travers son intervention sur RFI, Cellou Dalein Diallo a finalement placé la question de la responsabilité au centre de son discours.
Sur le dossier de Forécariah, il réclame que toute la lumière soit faite sur l’identité des victimes, les circonstances de leur mort et les éventuelles responsabilités. Sur les disparitions qu’il affirme recenser, il demande des réponses pour les familles concernées. Sur le plan politique, il dénonce une restriction de l’espace démocratique et des libertés publiques.
Et sur le front économique, l’ancien Premier ministre pointe ce qu’il considère comme le principal paradoxe de la Guinée actuelle : un pays dont les ressources minières suscitent un intérêt international considérable, mais dont les populations ne bénéficieraient pas encore, selon lui, à la hauteur de cette richesse.
Une intervention qui intervient dans un contexte politique particulièrement sensible et dont les accusations doivent être distinguées des faits établis. Pour Cellou Dalein Diallo, une question demeure néanmoins centrale : comment transformer l’exceptionnelle richesse naturelle de la Guinée en bénéfices concrets pour sa population, tout en garantissant la vérité et la justice dans les dossiers liés aux droits humains ?
Thierno Seydou Diallo pour Planete7.info
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