Gestion des déchets : la saturation de la ZTT de Sangoyah met en difficulté le système d’assainissement

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La zone de transit et de tri (ZTT) de Sangoyah, infrastructure stratégique du dispositif d’assainissement de Conakry, est aujourd’hui confrontée à une saturation critique. En cause : les graves dysfonctionnements dans le système de transfert des déchets, qui compromettent le travail des acteurs du secteur et accentuent les risques sanitaires dans la capitale guinéenne.

Sur le terrain, le constat est sans appel. Des montagnes d’ordures s’accumulent dans cet espace pourtant conçu pour être un simple point de passage entre la précollecte et la décharge finale. Une situation qui détourne la ZTT de sa mission première et fragilise l’ensemble de la chaîne d’assainissement.

Interrogé par notre rédaction, Sékou Keita, président de la Coordination nationale des acteurs de l’assainissement de Guinée (CONAAG), dresse un diagnostic lucide et alarmant.

« En tant qu’acteurs de l’assainissement, nous ne disposons pas des moyens adéquats pour faire face aux difficultés institutionnelles, infrastructurelles et matérielles. Ce que nous demandons aujourd’hui à l’État, c’est simplement de nous permettre de travailler dans des conditions acceptables », déclare-t-il.

Selon lui, le dispositif d’assainissement repose sur trois maillons indissociables : la précollecte, le transfert et la gestion de la décharge. Le dysfonctionnement d’un seul de ces maillons suffit à désorganiser l’ensemble du système.

À Sangoyah, la ZTT n’assure plus pleinement sa fonction. Au lieu d’être un espace de tri et de transit, elle est devenue un véritable site de stockage.
« La ZTT doit être propre. Ce n’est pas un lieu de stockage, mais un lieu de transit et de tri », rappelle Sékou Keita.

Dans des conditions normales, les déchets y sont triés, regroupés, parfois traités, puis transférés vers la décharge finale. Mais la faiblesse, voire l’irrégularité du transfert, bloque complètement le processus.
« Par la mauvaise qualité du transfert, on est aujourd’hui bloqué dans le tri. Il n’y a plus d’espace, la ZTT est saturée », déplore-t-il.

Le principal goulot d’étranglement réside dans l’insuffisance des moyens logistiques affectés au transfert. Sur les cinq bacs que la ZTT est capable de remplir quotidiennement, seuls deux sont effectivement évacués chaque jour.
« Nous avons la capacité de remplir cinq bacs par jour. Mais comme seulement deux sont disponibles pour le transfert, nous remplissons ces deux et nous sommes obligés d’attendre le lendemain », explique le président de la CONAAG.

Il précise que le transfert relève de la compétence des collectivités locales, ce qui limite l’autonomie des acteurs de terrain.
« À la ZTT, nous faisons la collecte et le regroupement après le tri. Mais le transfert dépend du niveau communal. Et récemment, il arrive même qu’il ne s’effectue pas du tout », ajoute-t-il.

Face à cette impasse, les acteurs de l’assainissement interpellent directement les autorités. Ils demandent une prise en charge effective et continue du transfert des déchets.
« L’État doit nous accompagner en assurant le transfert de manière permanente, afin que nous puissions continuer à servir la population », plaide Sékou Keita.

Pour lui, la résolution de cette seule difficulté permettrait déjà de fluidifier l’ensemble du dispositif et d’améliorer significativement la salubrité urbaine à Conakry.
Le dégagement des axes, un signal encourageant

Par ailleurs, le président de la CONAAG salue les opérations de dégagement des emprises routières actuellement en cours dans la capitale. Il estime que ces actions pourraient avoir un impact positif sur la gestion des déchets.
« Les kiosques installés le long des routes servaient souvent de points de rejet sauvage. Certains producteurs de déchets refusaient de payer et préféraient jeter leurs ordures sur la voie publique. Leur dégagement va nous faciliter le travail », affirme-t-il.

La crise de la ZTT de Sangoyah met en lumière les failles structurelles du système d’assainissement guinéen. Entre manque d’infrastructures, déficit de moyens logistiques et faiblesse de la coordination institutionnelle, le secteur reste confronté à de lourds défis. Des défis dont la résolution apparaît aujourd’hui comme une urgence sanitaire, environnementale et sociale pour la ville de Conakry.

Salif Camara pour Planete7.info 

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