Gestion des avoirs saisis : la Guinée muscle son dispositif contre la criminalité économique

sonoco sites

La République de Guinée a franchi un nouveau cap dans la lutte contre les infractions économiques avec l’ouverture, ce lundi 7 juillet, d’un forum national sur la gestion et le recouvrement des avoirs saisis et confisqués. Organisé à la Cour d’appel de Conakry par le ministère de la Justice et des Droits de l’Homme, à travers l’Agence de Gestion et de Recouvrement des Avoirs Saisis et Confisqués (AGRASC-Guinée), cet événement d’envergure bénéficie du soutien technique de l’AGRASC-France, forte de plus de 15 ans d’expérience en la matière.

Placée sous la haute présidence du Premier ministre Amadou Oury Bah, la cérémonie d’ouverture a réuni une palette d’acteurs clés de la chaîne pénale : magistrats, procureurs, juges de paix, chefs de greffe, officiers de police judiciaire… Tous mobilisés autour d’un thème évocateur : « Gérer pour mieux recouvrer et restituer ». Ce forum de deux jours vise à renforcer l’efficacité de l’appareil judiciaire face aux crimes financiers, dans un contexte où la transparence et la moralisation de la vie publique sont devenues des priorités nationales.

Dans son discours introductif, le directeur général de l’AGRASC-Guinée, Alpha Seny Camara, a retracé la genèse de l’agence, érigée par décret présidentiel en août 2023, sur instruction du chef de l’État, le général Mamadi Doumbouya. Pour lui, la création de cette structure marque une rupture avec l’impunité financière : « L’AGRASC est le dernier maillon de la chaîne pénale dans la lutte contre les crimes économiques. C’est une arme fatale contre la délinquance financière. »

Il a salué l’appui déterminant de l’AGRASC-France, avec laquelle des missions de travail à Paris, en février et avril derniers, ont permis de jeter les bases de ce partenariat stratégique.

Prenant la parole à son tour, Alpha Saliou Barry, président du Conseil d’administration de l’agence, a souligné l’enjeu fondamental de la restitution des biens mal acquis dans le processus de reconstruction de la confiance citoyenne : « Servir, conserver et redistribuer les biens issus d’activités illicites, c’est renforcer l’État de droit. »

Il a insisté sur la nécessité de mettre en place des mécanismes rigoureux de traçabilité, d’harmoniser les pratiques judiciaires et de renforcer les capacités des acteurs impliqués dans la gestion des fonds recouvrés.

Pour Yaya Kairaba Kaba, ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, ce forum constitue une avancée majeure dans l’opérationnalisation des outils juridiques contre la criminalité financière : « La récupération des biens mal acquis n’est pas un acte accessoire. Elle est au cœur même de notre mission de justice. »

Il a plaidé pour une application rigoureuse des procédures de saisie, un renforcement de la coopération entre les institutions et la formation continue des magistrats, afin de consolider l’arsenal juridique existant.

Dans son adresse inaugurale, le Premier ministre Amadou Oury Bah a exhorté les institutions judiciaires, financières et administratives à éviter les actions isolées : « Il est essentiel d’harmoniser les interventions des juridictions, des régies financières et des structures de contrôle. La saisie des biens doit toujours servir l’intérêt général. »

Il a également salué la coopération internationale, notamment avec la France, comme levier d’accélération des réformes en cours, et a réaffirmé la détermination du gouvernement à ériger la justice en pilier de la refondation de l’État.

Créée officiellement en 2023, bien que prévue dès 2016 dans le Code de procédure pénale, l’AGRASC-Guinée signe avec ce forum sa première grande initiative publique. Cette rencontre vise à asseoir la légitimité de l’agence auprès des acteurs judiciaires, à clarifier ses missions et à inscrire durablement son action dans le dispositif national de lutte contre le blanchiment, le détournement de fonds publics et l’enrichissement illicite.

Le ton est donné : la Guinée entend désormais non seulement poursuivre les délinquants financiers, mais aussi garantir que les biens issus de leurs crimes servent à renforcer l’État et à réparer les torts causés à la collectivité. Une démarche ambitieuse qui, si elle est suivie d’actes concrets, pourrait marquer un tournant décisif dans la gouvernance publique.

Mohamed Diallo pour Planete7.info 

Contact Planete7.info : 624045895/625214852
Planete7guinee@gmail.com

Les commentaires sont fermés, mais trackbacks Et les pingbacks sont ouverts.

Accueil
Radio
Tv
Replays