Élevage en Guinée : NGAYNAAKO, le numérique à la conquête des lourdeurs administratives

Le ministère de l’Élevage a officiellement lancé, ce jeudi 22 octobre 2026, NGAYNAAKO, le Guichet Unique Numérique de l’Élevage. Présentée comme un levier de modernisation des services publics, cette plateforme ambitionne de faciliter les démarches administratives, de rapprocher les services techniques des professionnels et d’améliorer la collecte des données. Les acteurs du secteur saluent une initiative prometteuse, tout en appelant à sa pérennisation.
Obtenir un agrément, accéder à des conseils techniques ou entrer en contact avec un vétérinaire sans multiplier les déplacements auprès des services administratifs : c’est l’ambition affichée par le ministère de l’Élevage à travers NGAYNAAKO. Lancée officiellement dans les locaux du département, en présence de cadres de l’administration, de professionnels du secteur et de représentants des médias, cette plateforme numérique entend faciliter les interactions entre l’administration et les acteurs des différentes chaînes de valeur de l’élevage.

À travers cette initiative, les autorités veulent réduire les contraintes administratives, améliorer l’accès aux services et mettre les outils numériques au service des éleveurs et des professionnels. Au-delà de la simplification des procédures, NGAYNAAKO doit également permettre au département de disposer de données plus fiables pour orienter ses décisions et élaborer des politiques publiques adaptées aux réalités du secteur.

Pour le ministre de l’Élevage, Alpha Bacar Barry, le lancement de NGAYNAAKO répond à une nécessité : rendre les services administratifs plus accessibles et limiter les déplacements imposés aux usagers.
« L’objectif, c’est d’enclencher une dématérialisation des démarches administratives au niveau du ministère de l’Élevage de la République de Guinée, permettre aux usagers que sont les éleveurs, les acteurs de l’élevage et de toutes les chaînes de valeur des différentes filières d’obtenir des agréments, d’avoir du conseil, de bénéficier du programme d’appui ou alors d’avoir des contacts de techniciens, de zootechniciens ou de médecins vétérinaires en un clic à leur portée, sans être obligés de se déplacer », a expliqué le ministre.

Concrètement, la plateforme doit offrir un point d’accès aux différents services du département. Les usagers pourront notamment effectuer certaines démarches liées aux agréments, rechercher des conseils techniques, s’informer sur les programmes d’appui et faciliter leur mise en relation avec des spécialistes de l’élevage.
Cette démarche vise à réduire les contraintes liées aux procédures administratives et à améliorer les relations entre les services publics et les professionnels. Son efficacité dépendra toutefois de la capacité du dispositif à traiter les demandes dans des délais raisonnables et à apporter des réponses adaptées aux besoins des usagers.
Au-delà de la dématérialisation des procédures, NGAYNAAKO est également présenté comme un outil de collecte d’informations et d’aide à la décision.

Le ministre a insisté sur l’importance de disposer de données accessibles et actualisées pour mieux orienter l’action publique.
« C’est d’avoir aussi de l’information en temps réel. C’est aussi un moyen pour nous, décideurs, de collecter de la donnée pour mieux motiver nos décisions, mieux motiver nos politiques publiques », a précisé Alpha Bacar Barry.
La centralisation des informations pourrait ainsi permettre au département de mieux cerner les besoins des professionnels, de suivre certaines demandes et de disposer d’éléments utiles à la conception de ses programmes.
Pour autant, les bénéfices attendus dépendront notamment de la qualité des données recueillies, de leur actualisation et de leur exploitation effective dans la prise de décision.
L’accès à Internet demeure un défi pour certains usagers, notamment dans les zones rurales. Une contrainte que le ministère dit prendre en compte dans le développement de son dispositif numérique.

Alpha Bacar Barry a ainsi évoqué la possibilité de mettre en place une version fonctionnant sans connexion Internet permanente.
« Il y a également une version offline qui pourrait être mise en place afin que quelqu’un reçoive des informations par SMS ou qu’il puisse utiliser l’application sans avoir à se connecter sur Internet », a-t-il indiqué.
Une telle évolution pourrait élargir l’accès aux services numériques, particulièrement pour les éleveurs qui ne disposent pas toujours d’une connexion stable ou des moyens nécessaires pour utiliser régulièrement Internet.
Le ministre a toutefois présenté cette fonctionnalité comme une possibilité à développer. Sa mise en œuvre effective reste donc à concrétiser. Elle constituera un enjeu important pour garantir que la modernisation numérique profite aussi aux professionnels les plus éloignés des centres urbains.

La protection des informations échangées sur la plateforme constitue un autre enjeu soulevé lors de son lancement.
Sur cette question, le ministre de l’Élevage a assuré que le dispositif s’appuie sur des plateformes répondant à des normes de sécurité et sur des mécanismes de surveillance des interactions.
« Sur l’aspect sécuritaire, on est sur des plateformes qui sont normalisées, qui répondent à des normes de sécurité bien claires. On a aussi, en termes de cybersécurité, derrière tous ces outils-là, des mécanismes pour détecter s’il y a une interaction alertée. Ce sont des données protégées, accessibles à partir également du ministère », a-t-il affirmé.
Ces garanties annoncées visent à rassurer les futurs utilisateurs sur la protection de leurs informations. Leur portée devra néanmoins s’apprécier à travers les mesures techniques effectivement déployées, les modalités de gestion des données et la capacité du dispositif à prévenir les risques liés à la cybersécurité.

Du côté des acteurs du secteur, le lancement de NGAYNAAKO suscite de l’espoir. Le président de la Fédération interprofessionnelle bétail-viande, Yassine Bah, y voit une réponse potentielle aux lourdeurs administratives auxquelles les professionnels sont régulièrement confrontés.
« Écoutez, nous pouvons nous en réjouir, connaissant la lourdeur administrative en Guinée. Si aujourd’hui on a la possibilité, à travers une plateforme, de faire nos demandes et d’avoir des délais précis sur cette plateforme, on pourra être répondu, on pourra faire le suivi de nos dossiers. Nous pouvons nous en réjouir et remercier le ministère pour cette innovation, puisque j’appelle ça innovation », a-t-il déclaré.
Pour les professionnels, la possibilité de déposer des demandes, de connaître les délais de traitement et de suivre l’évolution de leurs dossiers représente une avancée attendue. La concrétisation de ces avantages sera toutefois déterminante pour mesurer l’apport réel de la plateforme dans leurs activités quotidiennes.

Yassine Bah a également souligné la portée symbolique de cette initiative pour un secteur qu’il estime longtemps resté en marge des priorités.
« Connaissant le secteur de l’élevage, qui longtemps a été marginalisé, a été dans l’abandon, aujourd’hui on voit ces innovations dans ce secteur. Nous nous en réjouissons et nous en remercions le ministère », a-t-il affirmé.
Mais pour le président de la Fédération interprofessionnelle bétail-viande, le lancement officiel ne constitue qu’une première étape. Il insiste sur la nécessité de garantir la continuité du service et d’éviter que la plateforme ne perde son utilité après les premiers mois d’utilisation.
« Nous appelons à la pérennisation de la chose. C’est ce que j’ai dit tout à l’heure : certes, il y a eu le lancement aujourd’hui, mais il faut que ça soit pérenne, que ça ne soit pas juste quelque chose qui va rester là quelques mois et après ça va disparaître. Donc, nous espérons que la plateforme puisse être pérenne et qu’elle puisse servir les acteurs », a-t-il souligné.

Cet appel met en évidence l’une des principales conditions de réussite de NGAYNAAKO : au-delà de sa disponibilité technique, la plateforme devra s’inscrire dans la durée, assurer un traitement régulier des demandes et proposer un accompagnement adapté aux utilisateurs.
Avec NGAYNAAKO, le ministère de l’Élevage affiche sa volonté d’engager davantage son administration dans la transformation numérique. La plateforme porte une promesse claire : faciliter les démarches, rapprocher les services des professionnels et améliorer la disponibilité des informations nécessaires au développement du secteur.

Cependant, l’annonce de cette innovation ne suffira pas, à elle seule, à transformer les pratiques administratives. L’appropriation de l’outil par les éleveurs, son accessibilité dans les zones rurales, la fiabilité des informations diffusées et la régularité du traitement des dossiers seront autant de critères permettant d’en apprécier les résultats.
Le défi sera donc de traduire les ambitions affichées en avantages concrets pour les usagers. C’est à l’épreuve du terrain, dans la qualité du service rendu et dans sa continuité, que NGAYNAAKO pourra démontrer sa capacité à devenir un véritable levier de modernisation de l’élevage en Guinée.
Salif Camara pour Planete7.info
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