Déguerpissement à Sangoyah : Elhadj Aboubacar Camara, l’imam face à la menace de perdre sa mosquée, son école et son foyer

À Sangoyah Mosquée, secteur Banque Mondiale, dans la commune de Matoto, le déguerpissement engagé par le gouvernorat de la ville de Conakry a pris, ce jeudi, une dimension particulièrement dramatique pour Elhadj Aboubacar Camara, premier imam de la mosquée du quartier. Respecté par la communauté, guide religieux et éducateur, il se retrouve aujourd’hui menacé de perdre en même temps sa maison, sa mosquée et son école, toutes marquées de croix rouges.
Assis devant l’enceinte de la mosquée, visiblement bouleversé, l’imam peine à contenir son émotion. Les marques peintes sur les murs symbolisent, pour lui, bien plus qu’une simple opération administrative : elles représentent l’effondrement potentiel de toute une vie de service communautaire.
« Ma mosquée est là, mon école est là, ma maison est là. Ils ont mis des croix sur tout ça », confie-t-il d’une voix tremblante. « Je viens à peine de voter ici, j’ai toute ma famille ici. Aujourd’hui, on me demande de partir. Où vais-je envoyer tout ceci ? Où vais-je aller ? »
Au-delà de la perte matérielle, c’est l’avenir spirituel et éducatif de tout un quartier qui se retrouve menacé. La mosquée de Sangoyah, dirigée par Elhadj Aboubacar Camara depuis plusieurs années, constitue un repère central pour les fidèles, un lieu de prière, de médiation sociale et de transmission des valeurs religieuses. L’école attenante accueille des enfants du quartier, souvent issus de familles modestes.

Pour l’imam, la situation est d’autant plus incompréhensible qu’il estime ne pas être concerné par l’emprise routière évoquée dans les communiqués officiels. Selon lui, ses installations sont situées hors du périmètre initialement annoncé.
« On parle de déguerpissement des emprises. Mais ici, on est loin de la route. Pourtant, on met des croix sur la mosquée, sur l’école, sur ma maison », déplore-t-il, incrédule.
Dans un rare moment de supplique publique, Elhadj Aboubacar Camara s’adresse directement au chef de l’État, dans un appel chargé d’émotion et de dignité :
« Mamadi Doumbouya, aie pitié de moi. Ne me fais pas honnir. Je ne sais plus où aller. Comment allons-nous faire ? »
Des mots lourds de sens dans la bouche d’un homme habituellement discret, habitué à prêcher la patience, la foi et la paix sociale. Aujourd’hui, c’est lui qui se retrouve dans la position du fidèle implorant.
À Sangoyah, le cas d’Elhadj Aboubacar Camara dépasse celui d’un simple citoyen menacé de déguerpissement. Il incarne la fracture entre décision administrative et réalité humaine, entre politique d’assainissement urbain et désorganisation brutale de structures sociales essentielles.
Si l’objectif affiché reste la modernisation de Conakry, l’image d’un imam contraint de demander où il ira prier, enseigner et vivre avec sa famille interroge profondément sur les limites de la méthode employée. Car ici, ce n’est pas seulement un bâtiment qui risque de tomber, mais un pilier moral et spirituel de toute une communauté.
Mountaga Pandiara Diallo pour Planete7.info
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