Déguerpissement à Conakry : entre assainissement urbain et détresse sociale des commerçantes

Depuis plusieurs jours, le gouvernorat de la ville de Conakry a lancé une vaste opération de déguerpissement des étalagistes occupant anarchiquement les voies publiques. Cette initiative s’inscrit dans la volonté des autorités de rétablir l’ordre urbain, de libérer les trottoirs et d’améliorer la fluidité de la circulation dans la capitale guinéenne, notamment dans les zones à forte concentration commerciale.
Ce mercredi, l’opération s’est intensifiée dans la commune de Matoto, où des engins lourds ont été déployés pour procéder au démantèlement des étals installés le long des artères principales. Sous les regards impuissants et souvent en larmes des femmes commerçantes, les machines ont dégagé les lieux, emportant avec elles des années d’efforts et de moyens de subsistance. Une scène poignante, révélatrice du contraste entre la fermeté de l’action publique et la fragilité sociale des populations touchées.

Malgré les pertes matérielles et le choc émotionnel, la majorité des commerçantes rencontrées disent comprendre la démarche des autorités. Dans des langues nationales, elles ont exprimé leur adhésion de principe à la décision, tout en lançant un cri d’alarme sur leur avenir économique incertain et l’absence de solutions alternatives immédiates.

Pour les responsables en charge de l’opération, ce déguerpissement constitue une étape majeure dans la politique d’assainissement de la capitale. Amara Romero Soumah, Directeur du Service Propre de Conakry, met en avant une dynamique de responsabilisation citoyenne :
« Cette opération aura une autre couleur parce que le peuple de Guinée aujourd’hui a pris conscience de ce qu’il est réellement, de ce qu’il devrait être, et c’est de cela qu’il s’agit », a-t-il déclaré.

Du côté des femmes du marché de Matoto, le discours oscille entre douleur et résignation. Fatoumata Camara, présidente de leur organisation, exprime une souffrance contenue mais assume le respect de la loi :
« Aujourd’hui nos cœurs saignent, mais nous ne sommes pas assez fâchées, parce que la loi reste la loi et nous sommes derrière cette loi. On ne s’oppose pas à l’État », confie-t-elle.

Si l’opération est largement saluée pour son ambition de moderniser l’espace urbain et de lutter contre l’occupation anarchique, elle pose néanmoins avec acuité la question de l’accompagnement social des personnes déguerpies. Sans mesures d’encadrement, de relocalisation ou de soutien économique, ces actions risquent d’aggraver la précarité de milliers de femmes vivant essentiellement du petit commerce.

Entre impératif d’ordre urbain et exigence de justice sociale, le déguerpissement de Conakry révèle ainsi l’un des défis majeurs de la gouvernance urbaine : concilier modernisation de la ville et protection des couches les plus vulnérables de la population.
Salif Camara pour Planete7.info
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