Dalaba : la maison de Miriam Makeba, un patrimoine africain à l’abandon

Construite entre 1967 et 1970 pour accueillir l’icône sud-africaine, la demeure de Dalaba se dégrade sous les effets du temps. Malgré les visites officielles et les espoirs de réhabilitation, ce lieu chargé d’histoire reste dans l’attente d’un véritable sauvetage.
Dalaba, Tangama. À l’entrée de la demeure, le temps semble avoir laissé sa signature sur chaque mur. Les façades portent les traces de la vétusté, le jardin a perdu de son éclat et le domaine, autrefois pensé pour accueillir une figure majeure de l’histoire africaine, offre aujourd’hui le spectacle d’un patrimoine en souffrance.

Derrière cette apparente décrépitude se cache pourtant une histoire qui dépasse largement les frontières de Dalaba. Celle d’une femme dont la voix a traversé les continents, dont le combat a marqué l’histoire et qui avait trouvé en Guinée une terre d’accueil : Miriam Makeba, surnommée « Mama Africa ».
Des décennies après son passage, la demeure construite pour l’accueillir se dégrade. Et alors que le gouvernement guinéen s’était rendu sur les lieux durant la saison touristique 2024-2025, l’espoir d’une réhabilitation concrète semble encore suspendu.
Dans le vaste salon, quelques éléments décoratifs rappellent encore l’époque où la célèbre chanteuse sud-africaine séjournait à Dalaba. Le tapis rouge est usé par endroits. Les meubles ont perdu leur éclat. Les signes de vétusté se multiplient, comme si chaque pièce témoignait silencieusement du temps qui passe.
Pour le doyen Mody Oumar Tely Diallo, qui a côtoyé Miriam Makeba et assure aujourd’hui la garde des lieux, l’histoire de cette résidence remonte à la fin des années 1960.
« C’est en 1967, après avoir émis le souhait de s’installer en Guinée, que le président Sékou Touré a mis une voiture avec chauffeur à sa disposition pour qu’elle fasse le tour du pays afin de choisir l’endroit propice pour sa résidence. C’est ainsi que son choix tomba sur Dalaba et, aussitôt, la même année, la construction démarra pour finir en 1970 », raconte-t-il.

À l’époque, cette demeure devait incarner bien plus qu’un lieu de résidence. Elle symbolisait l’accueil réservé par la Guinée à une artiste engagée, contrainte à l’exil en raison de son opposition au régime de l’apartheid en Afrique du Sud.
Accueillie par le président Ahmed Sékou Touré, Miriam Makeba avait choisi Dalaba pour y vivre. La ville, réputée pour son climat et son cadre naturel, allait devenir l’un des lieux associés à son parcours en Guinée.
Aujourd’hui, le prestige d’hier contraste brutalement avec l’état actuel du site.
Autour de la maison, le jardin ne présente plus l’image soigneusement entretenue qu’il aurait connue autrefois. L’entretien semble insuffisant et la dégradation gagne progressivement l’ensemble du domaine.
À l’intérieur, les traces du vieillissement sont visibles. Les équipements et le mobilier portent les marques des années. Le salon, qui pourrait constituer l’un des principaux points d’attraction pour les visiteurs, peine à restituer l’atmosphère d’une demeure historique.
Pourtant, l’intérêt patrimonial du lieu ne fait guère de doute aux yeux des acteurs locaux. La case de Miriam Makeba demeure l’un des sites associés à l’histoire de Dalaba et aux relations entre la Guinée et l’Afrique du Sud.
Au fil des années, plusieurs initiatives de réhabilitation auraient été envisagées par les autorités guinéennes et des particuliers. Mais aucune n’a, jusqu’ici, permis de redonner au domaine une véritable seconde vie.
La question de la propriété de la parcelle serait notamment au cœur des difficultés. Des revendications impliquant la famille de Miriam Makeba et l’État sud-africain auraient compliqué les démarches.
Ces derniers mois, quelques signes avaient pourtant laissé entrevoir une possible reprise du projet. Une partie du domaine a notamment été clôturée avec des tôles.

Mais derrière cette nouvelle clôture, les transformations majeures se font toujours attendre. Aucun chantier de réhabilitation véritablement visible ne semble avoir changé fondamentalement l’état des lieux.
Durant la saison touristique 2024-2025, la demeure avait reçu la visite de responsables gouvernementaux. Cette présence avait suscité l’espoir d’une intervention concrète pour sauver ce patrimoine.
Plusieurs mois après cette visite, le constat reste pratiquement inchangé.
Quand les travaux commenceront-ils réellement ? C’est la question qui revient avec insistance chez les acteurs locaux, pour qui chaque année supplémentaire augmente le risque de voir disparaître les traces matérielles de cette histoire.
Car au-delà des murs, du mobilier et du jardin, c’est une mémoire africaine qui se trouve exposée aux effets du temps.

À la dégradation du site s’ajoute une autre préoccupation : l’intégrité du domaine.
Sur place, des informations faisant état d’une réduction de la parcelle et de la vente de certaines portions circulent. Pour tenter d’y voir plus clair, les services compétents ont été sollicités.
La Direction préfectorale de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat nous a orientés vers le service préfectoral de l’Urbanisme et de l’Habitat.
Le responsable de la section Domaines et Cadastre, récemment arrivé à son poste, explique ne disposer, pour le moment, que des données issues du nouveau cadastre. Une situation qui ne lui permet pas, à ce stade, de confirmer ou d’infirmer une éventuelle cession de portions du domaine.
Le préfet de Dalaba, de son côté, confirme l’existence d’une procédure ou d’une revendication concernant la parcelle. Il évoque également le nom d’un opérateur économique originaire de Dalaba qui serait, selon lui, concerné par l’acquisition d’une partie du domaine.

D’après lui, le dossier aurait été transmis au département en charge de la Culture.
Ces éléments, qui nécessitent encore des clarifications officielles, ajoutent de nouvelles interrogations autour de l’avenir de la demeure.
Malgré son état, la case de Miriam Makeba continue d’attirer les curieux.
Des visiteurs guinéens et étrangers viennent encore découvrir ce lieu qui rappelle le passage en Guinée d’une femme dont la voix et le combat ont marqué l’histoire du continent africain.
Mais pour les professionnels du tourisme, le délabrement du site devient un véritable obstacle à sa valorisation.
« Cette maison constitue l’un des sites les plus visités de Dalaba, car c’est un lieu historique. Cependant, nous avons de la peine aujourd’hui à proposer à nos clients d’y effectuer un tour à cause du délabrement des lieux », témoigne un acteur du secteur touristique.

Le constat est clair : l’intérêt des visiteurs demeure, mais l’état du patrimoine compromet son exploitation touristique.
Pour les guides, la situation appelle une intervention urgente.
« Cet endroit est un patrimoine mondial en raison de la célébrité de sa propriétaire et de l’histoire qu’elle incarne. Alors, je demande à l’État guinéen ainsi qu’aux natifs de Dalaba de préserver cet héritage pour les générations actuelles et futures », plaide un guide touristique.
Un appel qui traduit l’inquiétude grandissante de ceux qui voient, année après année, un pan de l’histoire locale se détériorer.
Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, certains tableaux qui se trouvaient autrefois dans la demeure auraient été dérobés.
Ces informations, qui demanderaient à être confirmées par les autorités compétentes, soulèvent également la question de la protection des objets et des éléments historiques liés à Miriam Makeba.
Car préserver un tel site ne consiste pas uniquement à restaurer des bâtiments. Il s’agit aussi de conserver les traces, les objets et les témoignages qui permettent aux générations futures de comprendre ce que cette demeure représente.
À Dalaba, la case de « Mama Africa » continue donc de vivre au rythme des visites, mais aussi de l’usure des années.
L’avenir de cette demeure dépasse désormais la seule ville de Dalaba. Il interpelle directement la Guinée et l’Afrique du Sud, deux pays liés par l’histoire de Miriam Makeba et par la mémoire de son engagement contre l’apartheid.
Comment préserver durablement ce patrimoine ? Comment transformer cette demeure en un véritable lieu de mémoire africain ? Et surtout, qui prendra enfin la responsabilité de sauver ce qui peut encore l’être ?
La question est d’autant plus urgente que le temps ne se contente pas de dégrader les murs. Il efface progressivement les traces d’une époque.
Sauver la case de Miriam Makeba, ce n’est donc pas seulement réhabiliter un salon, un jardin ou une façade. C’est préserver une partie de l’histoire africaine. Celle d’une femme qui, alors qu’elle était devenue indésirable dans son propre pays, avait choisi la Guinée comme terre d’accueil.
À Dalaba, la demeure de « Mama Africa » attend toujours. Et le temps, lui, n’attend pas
Antoine Neima pour Planete7.info
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