Boycott national : les avocats de N’Zérékoré emboîtent le pas pour défendre la dignité de leur profession

En réponse à l’enlèvement brutal et au traitement inhumain infligé à Me Mohamed Traoré, avocat inscrit au Barreau de Guinée, la profession s’organise autour d’une riposte ferme. À la suite d’une assemblée générale exceptionnelle tenue à Conakry le lundi 23 juin, le Barreau a décrété une série de mesures visant à protester contre les atteintes à la dignité et à la sécurité des avocats guinéens. Au cœur de ces décisions : le boycott, pour deux semaines renouvelables, de toutes les audiences judiciaires sur l’ensemble du territoire national.
À N’Zérékoré, la consigne est scrupuleusement appliquée. Interrogé par notre rédaction, Me Théodore Michel Loua, avocat au Barreau de Guinée, confirme l’engagement sans faille de ses confrères de la région forestière. « Le Barreau de Guinée forme un corps indivisible. Les décisions prises par le Conseil de l’ordre engagent tous ses membres, sans distinction. Ce boycott est un acte de solidarité, mais surtout de responsabilité », affirme-t-il avec gravité.
Dans un langage imagé mais percutant, Me Loua justifie la portée de cette action : « Quand vous dansez avec un aveugle, si vous ne le piétinez pas, il croira qu’il est seul. Cette mesure est un signal fort adressé aux autorités pour leur rappeler que la sécurité des avocats, comme celle de tous les citoyens, ne peut être négligée. »
Selon lui, ce mouvement dépasse la seule défense d’un confrère : il s’agit d’un acte citoyen, pour exiger l’ouverture d’enquêtes sérieuses sur non seulement l’enlèvement de Me Traoré, mais également sur d’autres cas de disparitions inquiétantes, notamment dans les rangs de la société civile, des médias et de l’opposition. « Des journalistes, des activistes comme Foniké Menguè ou Bilo Bah ont disparu sans que l’on sache où ils se trouvent. Le silence de l’État, dans ces circonstances, frôle la complicité passive », déplore-t-il.
Face à une justice qu’il estime piétinée et des droits de l’homme bafoués, Me Loua insiste : « La sécurité prime sur tout. Avant de parler d’audiences, il faut garantir l’intégrité physique de ceux qui les animent. L’avocat est le rempart des libertés. Lorsqu’il est menacé, c’est l’État de droit lui-même qui vacille. »
Dès lors, à N’Zérékoré comme dans le reste du pays, les robes noires ont déserté les salles d’audience, les commissariats et autres lieux d’intervention. Aucun dossier ne sera plaidé, aucune comparution assurée, jusqu’à nouvel ordre. « Notre message s’adresse avant tout au gouvernement, et particulièrement au ministre de la Justice et des Droits de l’Homme. Il lui revient de garantir la sécurité des avocats et de tous les citoyens. Le moment est venu d’agir, et vite », lance-t-il avec insistance.
Par cette mobilisation historique, les avocats guinéens rappellent que leur silence dans les prétoires n’est pas une désertion, mais un cri d’alerte. Une interpellation directe des autorités, pour dire que la justice, pilier de toute démocratie, ne saurait être foulée au pied sans conséquences.
Pépé Blaise Théa, correspondant à N’Zérékoré pour Planete7.info
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