Assemblée nationale : « Aucun député en situation de handicap parmi les 147 élus », Ousmane Diane interpelle le président Mamadi Doumbouya dans une lettre ouverte

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À quelques jours de l’installation officielle de la 10ᵉ législature de l’Assemblée nationale, une voix s’élève pour dénoncer l’absence totale de représentation des personnes en situation de handicap au sein du futur Parlement guinéen.

À l’issue des élections législatives du 31 mai 2026, les 147 députés appelés à siéger à l’Assemblée nationale ont été élus. Ce scrutin, organisé dans le sillage de l’adoption de la nouvelle Constitution en 2025 et de l’élection présidentielle ayant porté le général Mamadi Doumbouya à la magistrature suprême, marque une étape majeure dans la mise en place des institutions de la 5ᵉ République.

Par décret présidentiel, le chef de l’État a convoqué la séance inaugurale de cette nouvelle législature, prévue le 17 juillet prochain.

Mais à l’approche de cette installation, Ousmane Diane, activiste pour les droits des personnes en situation de handicap et chargé du plaidoyer à la Fédération Guinéenne des Associations des Personnes Handicapées (FEGUIPAH), exprime sa profonde préoccupation face à ce qu’il qualifie d’échec collectif en matière d’inclusion politique.

Dans une lettre ouverte adressée au président de la République, avec ampliation à la Première Dame, Laurianne Doumbouya, il déplore qu’aucune personne en situation de handicap n’ait été élue parmi les 147 députés de la nouvelle Assemblée nationale.

Tout en saluant les avancées juridiques enregistrées ces dernières années, notamment avec l’adoption de la nouvelle Constitution et de la loi sur le handicap, Ousmane Diane estime que ces textes n’ont pas été pleinement exploités pour garantir une représentation effective des personnes en situation de handicap dans les institutions de la République.

Considérant que le processus de mise en place des institutions n’est pas encore totalement achevé, il formule plusieurs recommandations à l’endroit du chef de l’État. Il plaide notamment pour la désignation d’au moins cinq représentants des personnes en situation de handicap au futur Sénat, leur nomination à des postes de haute responsabilité dans l’administration publique, ainsi que la révision des textes électoraux afin de garantir durablement leur représentation.

Ci-dessous, l’intégralité de la lettre ouverte d’Ousmane Diane :

Lettre ouverte à Son Excellence le Président Mamadi DOUMBOUYA, avec ampliation solidaire à Madame la Première Dame, Laurianne DOUMBOUYA, pour interpeller sur l’absence d’un ou des représentants des personnes en situation de handicap parmi les 147 députés élus à l’assemblée nationale de la Guinée, à quelques jours de leur prise de fonction.

Excellence Monsieur le Président de la République de Guinée,

Par la présente lettre ouverte, je viens respectueusement auprès de votre haute autorité, pour vous informer qu’aucune personne en situation de handicap n’a été élue sur 147 députés, qui doivent siéger à partir du 17 juillet 2026 au compte de la dixième législature.

Si la diversité est un fait, l’inclusion est un choix que nous faisons chaque jour. L’inclusion des personnes en situation de handicap est votre choix Monsieur le Président de la république. Un choix que vous assumez dignement dans les actes de solidarité, que vous ne cessez de manifester à l’endroit des plus vulnérables de notre pays.

Excellence Monsieur le Président de la République, je m’en voudrais si je me tais sur la question de la participation et de la représentativité des personnes handicapées dans les institutions républicaines, les instances de prise de décision, voire les portefeuilles ministériels au sein du gouvernement. Ne rien dire du tout, c’est de sombrer dans un mutisme coupable et trahir les valeurs que j’ai toujours défendues.

Permettez-moi de rappeler que Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus d’un milliard de personnes vivent avec une forme de handicap, ce qui représente environ 15 % de la population mondiale. Cette proportion est en hausse en raison du vieillissement de la population et de la prévalence croissante des maladies chroniques. En Guinée, les personnes en situation de handicap sont estimées à 155.885 soit 1,5 % selon le RGPH3.

Excellence Monsieur le Président de la République, votre posture d’homme d’Etat pour le bien-être collectif, la justice sociale et les bonnes pratiques éthiques, est sans reproche. Cependant, certains acteurs politiques, en voulant tout avoir ont échoué à faire élire un seul député en situation de handicap à l’assemblée nationale de notre pays. Oui ! Ne pas avoir un seul député en situation de handicap sur 147 est un échec politique collectif. Car, cela est contraire à l’esprit de la constitution qui « nous rassemble et nous ressemble ».

Mais comment en est-on arrivé là ?

C’est à cet exerce de tentative de réponses et de proposition de solutions, que je me prête dans cette lettre ouverte adressée au père de la nation, avec ampliation solidaire à Madame la Première Dame Lauriane DOUMBOUYA.

• Un cadre légal et législatif favorable mais insuffisamment exploité

La constitution que nous avons votée par referendum le 21 septembre 2025, prône l’inclusion et la participation des personnes en situation de handicap dans ses principes fondamentaux et dans plusieurs autres articles (les articles 27, 105, 168). L’article 105 alinéa 3 stipule une répartition « … des sièges non attribués à la plus forte moyenne au profit des candidatures des femmes et des personnes en situation de handicap », laisse une perspective de solution aux politiques.

La loi ordinaire L/2025/020/CNT sur le handicap, que vous avez promulgué le 25 septembre 2025, en son article 96, contraint les partis politiques et les coalitions des partis politiques à « … assurer la représentation des personnes en situation de handicap dans leurs instances de prise de décision et de leurs organes ». Il précise à l’alinéa suivant, « les institutions publiques totalement ou partiellement électives veillent, autant que possible, à ce que les personnes en situation de handicap soient représentées en leur et au sein de leurs organes exécutifs »

De mon point de vue, nous avons tous manqué l’opportunité historique de tirer meilleur prix de cet arsenal législatif bien inspiré. Car ses dispositions légales susmentionnées, ont été insuffisamment exploitées pendant l’élaboration de la Constitution, sur le code électoral et la loi sur les partis politiques.

Si le rôle du parlement est de représenter les citoyens, de débattre, de voter les lois et de contrôler l’action du gouvernement. Dans un contexte parlementaire où il n’y a aucune personne handicapée, comment pourrions-nous défendre les droits des citoyens et citoyennes en situation de handicap, pour l’accès à l’emploi décent, à l’éducation et à la santé inclusive ?

• Repenser notre solidarité nationale

Excellence Monsieur le Président de la République, avec l’avènement de la 5ème République, la Guinée se taille un ministère stratégique en charge des solidarités. Quelle ambition noble ! Mais faut-il rappeler que la solidarité commence d’abord par la participation des citoyens les plus vulnérables à tous les niveaux. Les préjugés sont si profondément ancrés dans les mentalités que ses effets continuent d’altérer le jugement et le regard d’autrui sur l’opportunité de la présence des personnes en situation de handicap dans les institutions et dans les hautes fonctions de responsabilité. Pourtant, quoi de plus normal, car Marie-Amélie Le Fur, une athlète paralympique française disait « Ce n’est pas un handicap qui m’empêche de faire les choses, c’est l’attitude des autres ».

Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons avoir le courage d’agir ensemble pour transformer les questions de solidarité, passer d’une approche d’assistance passive à un modèle d’entraide active, de décloisonnement, d’émancipation et d’innovation sociale. Cela demande de repenser l’accès aux droits de façon transversale.

• L’inclusion en mode générique est contre-productif

Excellence Monsieur le Président de la République, nous avons tendance à jouer au concept d’inclusion comme un terme générique. Dans les discours on proclame l’inclusion et le genre, beaucoup plus pour les questions féminines, pendant qu’on oublie très souvent les personnes en situation de handicap, notamment les femmes et les enfants en situation de handicap. De cette posture rhétorique, on présente le genre et l’inclusion comme un « médicament générique » alors que le handicap requiert par fois une approche plus spécifique, fondée sur les droits humains.

A titre d’illustration, le code électoral par obligation constitutionnelle, attribue 30% de siège aux femmes à l’assemblée nationale. Mais, il ne définit aucun pourcentage – aussi faible soit-il-, pour garantir la représentativité des personnes handicapées au sein de nos institutions républicaines, conformément aux prescriptions légales en vigueur dans notre pays.

Excellence Monsieur le Président de la République, de nombreux citoyens en situation de handicap, ont fait acte de candidature sur les listes des partis politique aux dernières élections législatives et communales. Mais, ils étaient tous relégués à la queue des listes des partis alliés aux GMD et des autres partis. Malheureusement, aucun n’a été élu après la proclamation des résultats. Même la cour suprême, bien que solidaire, sur le recours porté par le parti AGN, bien que solidaire, se vit obliger d’entériner l’inévitable, parce que cela « n’entache ni la régularité, ni la crédibilité des élections ». Une décision compréhensible au regard de l’imprécision des textes à faire siéger une personne en situation de handicap à l’assemblée nationale.

• Des solutions pour l’avenir

Excellence Monsieur le Président de la République, dans la mesure où les rideaux ne sont pas complètement tombés sur la mise en place des institutions, je plaide pour :

• la désignation d’au moins 5 personnes pour représenter les personnes en situation de handicap au sénat ;

• la nomination des personnes en situation de handicap dans les fonctions de haute responsabilité ;

• la révision future de la loi sur les partis politiques et du code électoral afin que la présence des personnes handicapées soit garantie dans les institutions républicaines et dans le gouvernement ;

• la mise en place du conseil national indépendant du handicap pour garantir la participation de la société civile.

Excellence Monsieur le Président de la République, le samedi 11 juillet 2026 au palais Mohamed 5, lors de la réception des membres sortants du Conseil National de la Transition, j’ai ressenti un sentiment de regain de confiance et d’estime de soi, quand vous avez étreint avec tendresse notre camarade, l’honorable Massoud BARRY, en signe de reconnaissance pour les services dûment rendus à la nation. Sans le dire, vous avez reconnu que le problème n’est pas le handicap mais le refus des hommes, à changer un ordre social qui repousse.

C’est pourquoi, je termine par les propos de cet auteur anonyme : « Le plus grand handicap, c’est le regard des autres et les barrières qu’ils nous imposent. »

Dans l’espoir que les citoyens de bonne volonté, épris des valeurs de paix, de justice sociale, et d’inclusion, contribueront à vous faire parvenir cette lettre Monsieur le Président, j’adresse mes vœux de réussite, de succès et de santé à votre Excellence, à la Première Dame et à toute votre famille pendant les prochaines années, pour une Guinée plus inclusive et prospère.

Qu’Allah vous protège et protège la Guinée !

 

Ousmane DIANE, Activiste pour les Droits des personnes en situation de handicap

Chargé de Plaidoyer de la Fédération Guinéenne des Association des Personnes Handicapées (FEGUIPAH)

 

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