Aliou Bah privé de procès public : ses avocats dénoncent une mise en scène judiciaire

La troisième audience du procès en appel de Mamadou Aliou Bah, président du parti MoDel, s’est tenue dans une ambiance tendue à la Cour d’appel de Conakry. Une audience marquée par l’absence remarquée de la presse, des militants, mais surtout par le boycott des avocats de la défense, dénonçant un climat d’insécurité et une tentative manifeste de priver le procès de son caractère public.
Dès les premières heures de la matinée, un dispositif pour le moins inhabituel s’est mis en place. Selon le collectif des avocats du prévenu, dirigé par Me Galissa Hady Diallo, des individus extérieurs à l’affaire ont été délibérément introduits dans la salle d’audience avant même l’arrivée du public légitime, empêchant ainsi l’accès aux journalistes et aux sympathisants de l’opposant politique. « À notre arrivée, la salle était déjà remplie. On nous a fait comprendre que la presse et les militants ne pouvaient plus entrer. Mais qui étaient donc ces gens déjà installés ? Quand j’ai demandé à l’un d’eux s’il appartenait à un cabinet d’avocats, il m’a répondu : qu’est-ce qu’un cabinet d’avocats ?. Nous étions face à des inconnus, sans lien avec le dossier », a fustigé Me Diallo.
Une situation qui, selon la défense, remet en cause non seulement la transparence du procès, mais aussi la sécurité physique et morale du prévenu et de ses conseils. « Dans ces conditions, ni nos droits, ni ceux de notre client ne sont garantis », a insisté l’avocat.
À cela s’ajoute une mesure jugée liberticide par les avocats et les journalistes présents : l’interdiction d’accéder à la salle avec des téléphones ou même des blocs-notes pour certains. Une décision jugée inédite et attentatoire aux libertés professionnelles des parties concernées. « On nous a demandé de laisser nos téléphones, nos outils de travail, à l’extérieur. Même les journalistes devaient entrer les mains vides ou juste avec un carnet. Comment rendre compte fidèlement d’une audience publique dans ces conditions ? », s’interroge Me Diallo.
Pour la défense, cette mise en scène vise à détourner la décision précédente du juge qui avait catégoriquement rejeté la demande de huis clos formulée par le parquet général. En saturant la salle de visages inconnus, le parquet aurait, selon les avocats, tenté d’imposer de fait un huis clos déguisé. « Tout cela vise à gagner du temps, à provoquer des incidents pour éviter d’aborder le fond du dossier. Nous avons décidé de ne pas cautionner cette mascarade judiciaire », a tranché Me Diallo.
Face à cette situation, les avocats ont convenu, en accord avec leur client, de boycotter l’audience. Une posture ferme, censée dénoncer ce qu’ils qualifient de dérive procédurale. Selon nos informations, Aliou Bah pourrait toutefois être entendu par la juge audiencière, s’il décide d’exercer son droit à la parole ou au silence.
Le procès d’Aliou Bah, poursuivi pour diffamation et offense au chef de l’État, devient ainsi le théâtre de tensions judiciaires et politiques croissantes. Pour les défenseurs du MoDel, c’est bien plus qu’une affaire de droit : c’est un combat pour la transparence, l’équité et le respect des droits fondamentaux.
Mountaga Pandiara Diallo pour Planete7.info
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