Affaire Afriland – CNA : Souleymane Apache Bérété face à l’épreuve de la désinformation.

sonoco sites

Depuis plus d’une semaine, l’affaire du prêt opposant Afriland First Bank à la Chambre Nationale d’Agriculture (CNA) fait le choux gras des réseaux sociaux. Dans la ligne de mire : Monsieur Souleymane Apache Bérété, président actuel de la CNA. Accusé, à tort ou à raison selon les camps, de détournement présumé de fonds, il est exposé à la vindicte populaire, comme cela devient malheureusement une habitude en Guinée dès qu’un responsable est publiquement mis en cause.

Cette agitation numérique intervient dans un contexte politique particulier : la récente élection présidentielle du 28 décembre 2025, marquée par la victoire du Général Mamadi Doumbouya avec plus de 80 %, suivie de la démission du gouvernement. Un moment de recomposition institutionnelle où les amalgames prospèrent plus vite que les faits.

Or, gouverner l’opinion par la rumeur est dangereux pour l’État de droit.

Une plainte qui vise un homme plutôt qu’une institution.

L’administration est une continuité. Mais lorsqu’un contentieux oppose une banque à une institution, la logique voudrait que la procédure vise d’abord la personne morale — ici la CNA — et non prioritairement la personne physique de son président, sauf preuve formelle d’enrichissement personnel ou de gestion frauduleuse.

Dans ce dossier, la démarche interroge : pourquoi concentrer l’attaque sur Monsieur Souleymane Apache Bérété alors que le prêt litigieux est antérieur à son arrivée à la tête de la Chambre ? Pourquoi transformer un contentieux financier en procès médiatique ?

Pour comprendre, nous nous sommes rapprochés de la CNA afin d’établir les faits au-delà des émotions numériques.

Retour sur l’historique du prêt.

En 2020, sous la présidence de Mamadou Böbö Denkè Diallo, la Chambre Nationale d’Agriculture aurait contracté un prêt d’environ 14 millions de dollars auprès d’Afriland First Bank pour l’achat d’engrais destinés aux producteurs. Le remboursement devait provenir des recettes issues de la vente de ces intrants agricoles.

À l’échéance, la CNA n’a pas été en mesure d’honorer ses engagements. En 2022, saisie par Afriland, l’autorité de tutelle a dépêché une mission d’inspection dans les magasins de la CNA. Le constat est troublant : très peu d’engrais retrouvés. Ce déficit de stock conduira à la dissolution des organes dirigeants de la CNA de l’époque.

Autrement dit, la racine du problème précède largement l’arrivée de Monsieur Bérété.

Une procédure judiciaire aux zones d’ombre.

Après l’installation de Monsieur Souleymane Apache Bérété, Afriland a relancé la CNA pour le paiement du prêt. Faute de documents établissant clairement la créance, la nouvelle équipe n’a pas donné suite immédiatement.

Afriland saisit alors le tribunal de commerce et obtient une décision en sa faveur. Cependant, pendant que la procédure est encore pendante et en méconnaissance de l’Article 69 du décret portant statuts de la CNA qui pose le principe de l’insaisissabilité des biens et avoirs de la CNA, Afriland procède à une saisie de 14 milliards sur des comptes de la CNA logés au Crédit Rural qui ont été effectivement vers AFriland.

Il faut préciser que ces fonds saisis par AFriland (14 milliards ) proviennent en partie d’un autre financement de l’État, sans lien direct avec le prêt initial contracté auprès d’Afriland.

Le reliquat non concerné par la saisie a été transféré par la CNA sur le compte engrais logé à la BCRG, afin d’en sécuriser l’affectation.

C’est dans ce contexte qu’Afriland, au lieu de s’en tenir à une action strictement institutionnelle contre la CNA, a engagé une plainte personnelle contre Monsieur Souleymane Apache Bérété et Madame Madina Dansoko pour « organisation frauduleuse d’insolvabilité », ouvrant ainsi la voie à une surexposition médiatique du dossier.

Du contentieux financier au lynchage numérique.

Ce qui aurait dû rester un dossier technique et judiciaire s’est transformé en procès populaire. Sur les réseaux sociaux, on ne cherche plus la vérité, mais des coupables rapides. On ne débat plus des mécanismes de dette, mais des réputations.

En Guinée, la frontière est fragile entre information et diffamation. Accuser un responsable sans décision de justice définitive, c’est fragiliser non seulement un homme, mais aussi les institutions qu’il dirige.

La responsabilité collective face à la gouvernance

Cette affaire pose une question plus large : comment gère-t-on l’héritage institutionnel ? Un nouveau dirigeant doit-il porter seul le poids de décisions prises avant lui ? Ou devons-nous instaurer une culture de responsabilité par période de gestion ?

La CNA mérite la vérité, Afriland mérite le remboursement légal, mais la République mérite surtout que la justice reste dans les prétoires, pas dans les rumeurs.

laisser parler le droit, pas la foule

L’affaire Afriland–CNA autour de Souleymane Apache Bérété n’est pas, à ce stade, une affaire de détournement établi, mais un contentieux financier complexe hérité d’une gouvernance antérieure. La transformer en campagne de salissure personnelle est une dérive dangereuse pour la vie publique guinéenne.

Le temps de la justice n’est pas celui des réseaux sociaux.
Le temps de la vérité n’est pas celui de la rumeur.

La Guinée gagnera plus à protéger ses institutions qu’à brûler ses dirigeants sur la place numérique.

Par Abdourahamane Nabé.
Analyste social et des questions de gouvernance
📧 drastone70@gmail.com

Les commentaires sont fermés, mais trackbacks Et les pingbacks sont ouverts.

Accueil
Radio
Tv
Replays