Accouchement dramatique à Soyah : pleurs, aveux et demandes de pardon au procès des trois sages-femmes poursuivies

Le procès très attendu des sages-femmes Maimouna Djiba Sow, Cécile Balamou et Maningbé Kandé, poursuivies pour non-assistance à une femme en instance d’accouchement dans la sous-préfecture de Soyah, s’est ouvert ce mardi 12 mai 2026 au Tribunal de première instance de Mamou.
Au terme d’une audience particulièrement tendue, marquée par des aveux, des sanglots et des appels au pardon, le tribunal a renvoyé l’affaire au 19 mai prochain pour le délibéré.
À la barre, les prévenues ont été appelées à revenir sur les faits survenus dans la nuit du 2 mai 2026. Cette nuit-là, Mariame Diallo, en plein travail, aurait été abandonnée sans assistance médicale avant d’accoucher au sol, dans des conditions jugées alarmantes par le parquet.
Première à comparaître, Maimouna Djiba Sow a difficilement contenu ses émotions. En larmes devant le tribunal, elle a reconnu avoir refusé de prendre en charge la patiente venue solliciter son aide à son domicile.
« La victime est venue me voir pour accoucher. Je lui ai dit d’aller à Mamou parce qu’il faisait tard. Mon enfant était malade et j’étais couchée. Je demande pardon au tribunal, pardon au procureur. Ce que j’ai fait n’est pas normal », a-t-elle déclaré, la voix tremblante.
Interrogée sur les dispositions qu’elle aurait pu prendre pour secourir la parturiente malgré les circonstances, elle a admis n’avoir entrepris aucune autre démarche.
De son côté, Cécile Balamou, sage-femme en service depuis 2015 et désignée comme étant de garde cette nuit-là, a d’abord contesté les faits avant de revenir sur ses déclarations.
Face au président du tribunal, elle a finalement reconnu sa responsabilité.
« Oui, j’ai manqué à mes obligations. J’ai manqué à mon serment », a-t-elle confessé.
Elle explique avoir été réveillée aux environs de minuit par une accompagnatrice de la victime, sans toutefois sortir pour constater l’état de la femme enceinte.
Selon ses explications, elle aurait simplement orienté les proches de la parturiente vers une autre collègue, sans intervenir directement.
Cheffe du centre de santé de Soyah et supérieure hiérarchique des deux autres prévenues, Maningbé Kandé a tenté d’expliquer les dysfonctionnements internes de la structure sanitaire.
Devant le tribunal, elle a qualifié les faits d’« accident de travail », tout en reconnaissant les difficultés auxquelles le centre est confronté.
Elle a notamment révélé que le tableau de garde n’avait pas été actualisé depuis plusieurs mois et que le personnel réellement disponible était largement insuffisant.
« Sur le papier, nous sommes 11 agents. Mais actuellement, nous n’avons que trois sages-femmes et toutes ne sont pas présentes sur place », a-t-elle expliqué.
Ces déclarations ont mis en lumière les profondes défaillances organisationnelles du centre de santé de Soyah.
Absente à l’audience, Mariame Diallo était représentée par son époux, Mamadou Bailo Diakité. Contre toute attente, ce dernier a choisi d’appeler au pardon plutôt qu’à la condamnation.
Dans une déclaration empreinte d’émotion, il a demandé au tribunal de faire preuve de clémence envers les prévenues.
« Moi, j’ai pardonné. Ma femme et notre bébé se portent bien aujourd’hui. Au nom de ma famille et de la population de Soyah, nous demandons au tribunal de leur pardonner », a-t-il plaidé.
Également convoqué à l’audience, le directeur préfectoral de la santé de Mamou, Dr Mohamed Keïta, a présenté les excuses de l’administration sanitaire.
Visiblement affecté par cette affaire, il a affirmé que des mesures disciplinaires avaient déjà été engagées après les faits.
« Nous avons été profondément touchés par ce qui s’est passé. Nous demandons pardon à la victime et à sa famille au nom de toute notre corporation », a-t-il déclaré.
Malgré le pardon exprimé par la famille de la victime, le ministère public a estimé que les faits restaient d’une extrême gravité.
Dans ses réquisitions, le procureur Maurice Onivogui a requis :
Deux ans d’emprisonnement, dont 23 mois avec sursis, ainsi qu’une amende de 15 millions de francs guinéens contre Maimouna Djiba Sow et Cécile Balamou ;
Deux ans d’emprisonnement avec sursis et 10 millions de francs guinéens d’amende contre Maningbé Kandé.
Pour le procureur, cette procédure doit servir d’exemple afin de rappeler au personnel soignant ses responsabilités face aux urgences médicales.
« Une femme en travail abandonnée au sol en pleine nuit, ce sont des faits extrêmement graves. Ces actes ne peuvent pas rester impunis », a-t-il martelé.
Le magistrat a également exhorté les professionnels de santé à privilégier la protection de la vie humaine avant toute considération financière ou personnelle.
Au-delà du volet judiciaire, cette affaire met brutalement en lumière les insuffisances du système de santé dans plusieurs localités du pays : manque de personnel, organisation défaillante des gardes, faibles moyens logistiques et manquements éthiques.
Le procès des sages-femmes de Soyah dépasse désormais le simple cadre pénal. Il pose avec acuité la question de la prise en charge des urgences obstétricales en Guinée et rappelle les risques auxquels restent exposées de nombreuses femmes enceintes, particulièrement en milieu rural.
Le verdict du Tribunal de première instance de Mamou est attendu le 19 mai 2026.
Ibrahima Molota Soumah, correspondant à Mamou pour Planete7.info
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