Aboubacar Camara dévoile la nouvelle vision gouvernementale pour une Guinée propre et durable

La propreté urbaine et rurale reste l’un des défis majeurs de la Guinée. Conscient de l’urgence, le gouvernement en a fait une priorité nationale. Dans une interview, Aboubacar Camara, ministre de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, a levé le voile sur une stratégie globale visant à transformer durablement le secteur de l’assainissement.
Dès l’entame, le ministre rappelle que la réforme engagée découle d’une décision politique forte : regrouper les compétences de l’assainissement au sein d’un même département.
« Il s’agit d’un cap clair, affirme-t-il. L’assainissement n’est plus un service accessoire. C’est un pilier de santé publique, d’attractivité économique et de dignité nationale. »
Cette vision s’appuie sur trois fondements majeurs :
- la professionnalisation du secteur,
- la modernisation des pratiques et outils,
- et la responsabilisation des communes couplée à la participation citoyenne.
Pour garantir l’efficacité du dispositif, le gouvernement mise sur une approche intersectorielle.
Le ministre souligne : « L’assainissement n’a de sens que s’il est articulé avec l’urbanisme, la santé, l’environnement ou encore l’hydraulique. »
Un cadre interministériel permanent est ainsi instauré avec l’Urbanisme, le MATD, le ministère de l’Environnement et d’autres structures clés, afin d’aligner les stratégies et éviter les duplications.
Le secteur souffre toujours d’un manque de financement stable. Le ministère travaille avec les Finances pour garantir une base budgétaire durable et moderniser les outils techniques.
Mais un autre défi persiste : la faiblesse du taux d’abonnement.
À Conakry, où 2 800 à 3 000 tonnes d’ordures sont produites chaque jour, seuls 20 % des ménages sont abonnés, soit environ 600 tonnes seulement collectées quotidiennement. Le reste finit dans les dépôts sauvages.
Un constat alarmant qui résulte, selon le ministre, d’un double problème :
- l’incivisme d’une frange de la population,
- mais aussi les insuffisances de certaines PME non qualifiées.
Pour redresser la situation, le gouvernement redéfinit les critères permettant à une structure d’être reconnue comme PME d’assainissement.
« Peut-on se déclarer PME avec un tricycle ? Quels équipements et compétences sont nécessaires ? », interroge le ministre.
Un toilettage des cahiers des charges est en cours pour éliminer les structures fantômes et renforcer les entreprises sérieuses. Les partenaires comme Enabel et l’Union européenne accompagnent cette professionnalisation.
Pendant longtemps, les populations ont été habituées à jeter les ordures dans les bacs en bordure de route. Le passage au système d’abonnement reste difficile.
- Le ministre insiste sur l’importance d’associer les autorités locales :
- les chefs de secteur doivent connaître les ménages abonnés,
- les chefs de quartier doivent suivre la performance des PME,
- les mairies doivent éviter de valider des entreprises incompétentes.
Aujourd’hui, une seule grande société (Albarak) couvre Conakry, ce qui devient insuffisant. Le gouvernement projette de diviser la ville en zones pour attirer de nouveaux acteurs plus performants.
Le ministre invite également les jeunes à investir ce secteur trop souvent dominé par des acteurs étrangers : « Ce sont nos soldats de l’ombre. Sans eux, impossible de vivre dans un environnement sain. »
Le gouvernement explore plusieurs mécanismes pour soutenir financièrement le secteur, à l’image de ce qui se fait dans d’autres pays.
Parallèlement, un dispositif de sanctions sera appliqué aux contrevenants : amendes et travaux d’intérêt public d’une dizaine de jours pour ceux qui continuent de jeter les ordures dans les rues.
Le site actuel de la Minière arrive à saturation. Le projet de Baré-Toré, dont les études ont été lancées, devrait être opérationnel dans un délai de 18 à 24 mois.
En attendant, le gouvernement entend renforcer le tri à la source pour réduire la pression sur les décharges.
L’objectif ultime : fermer définitivement la décharge de Dar-es-Salam et la transformer en parc public.
Au terme de son intervention, le ministre Camara réaffirme que la réforme est globale, transversale et progressive. Elle repose à la fois sur la modernisation du secteur, la rigueur administrative, l’implication citoyenne et l’ambition d’améliorer durablement l’environnement et l’image du pays.
Avec cette nouvelle stratégie, la Guinée entend tourner la page d’un assainissement improvisé pour entrer dans une ère de gestion professionnelle, participative et durable des déchets.
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