Abdoul Karim Diallo : « Hériter est un fait. Bâtir est un choix »

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À la tête du Groupe SONOCO, le CEO Abdoul Karim Diallo défend une vision de la transmission fondée sur la gouvernance, la professionnalisation et la construction d’une entreprise capable de dépasser ses fondateurs. Pour lui, la responsabilité de la deuxième génération ne se limite pas à préserver un héritage, mais consiste à le consolider pour les générations futures.

Dans les entreprises familiales, la succession représente bien plus qu’un changement de génération. Elle pose la question de la pérennité d’une œuvre bâtie au fil des années, de la transmission de l’expérience et de la capacité à faire évoluer une organisation sans perdre son identité.

À la tête du Groupe SONOCO, Abdoul Karim Diallo, fils du fondateur, entend inscrire son action dans cette dynamique. Fier de l’héritage reçu, le dirigeant revendique également la nécessité de construire sa propre vision de l’entreprise et de préparer son avenir au-delà des personnes qui l’ont fondée.

« On me présente souvent comme “le fils de”. C’est vrai, et j’en suis fier. Mon père a créé SONOCO à partir de rien. Ce qu’il m’a transmis ne se résume pas à une entreprise. Il m’a transmis plus de trente années de travail, de sacrifices, de relations, d’erreurs, de réussites et surtout d’expérience », explique-t-il.

Pour Abdoul Karim Diallo, reprendre les rênes d’une entreprise familiale ne signifie pas seulement poursuivre le travail engagé par le fondateur. La véritable difficulté consiste à transformer cet héritage en une organisation capable de fonctionner durablement, y compris en l’absence de ceux qui l’ont bâtie.

« Pendant longtemps, je pensais que mon rôle était de poursuivre ce qu’il avait commencé. Avec le temps, j’ai compris que ce n’était pas suffisant. Continuer fait vivre l’entreprise aujourd’hui. La structurer lui donne une chance d’exister demain », affirme le CEO du Groupe SONOCO.

Cette évolution dans sa manière de concevoir son rôle l’a conduit à repenser la gouvernance de l’entreprise. Au-delà de la personne du fondateur ou de celle de son successeur, il estime que la pérennité de SONOCO doit reposer sur des fondations institutionnelles solides.

« Comment construire une organisation qui ne dépende ni de mon père, ni de moi, mais de sa vision, de ses équipes, de sa gouvernance et de sa culture ? », s’interroge-t-il.

À travers son expérience, Abdoul Karim Diallo identifie plusieurs enseignements essentiels pour les dirigeants de la deuxième génération. Le premier concerne la place du fondateur dans le processus de transmission.

Selon lui, l’objectif ne doit pas être de reproduire ou de remplacer celui qui a créé l’entreprise, mais de faire en sorte que son expérience profite durablement à l’organisation.

« Son expérience, son intuition et ses relations ne se remplacent pas. Il faut les transformer en méthodes, en processus et en culture pour que l’organisation puisse en bénéficier », souligne-t-il.

Une approche qui traduit sa volonté de passer d’une entreprise reposant largement sur les personnes à une organisation structurée autour de pratiques, de compétences et de valeurs partagées.

Le dirigeant insiste également sur l’importance de la professionnalisation. Pour lui, la solidité d’une entreprise familiale dépend de sa capacité à s’ouvrir à des compétences extérieures et à accepter la contradiction dans la prise de décision.

« Une entreprise familiale devient fragile lorsque toutes les décisions remontent à la famille. Il faut recruter des professionnels compétents, leur donner de vraies responsabilités et accepter qu’ils pensent différemment », estime-t-il.

Autre enjeu majeur évoqué par le CEO du Groupe SONOCO : l’anticipation de la succession. Dans sa conception, celle-ci ne doit pas être envisagée comme un événement ponctuel, mais comme un processus inscrit dans la vie de l’entreprise.

« La succession ne commence pas le jour où le fondateur se retire. Elle commence lorsque l’entreprise met en place une gouvernance, développe ses dirigeants et apprend à fonctionner sans dépendre d’une seule personne », affirme Abdoul Karim Diallo.

Cette vision place la gouvernance au cœur de la continuité de l’entreprise familiale. Elle suppose de développer les compétences, de responsabiliser les équipes et de mettre en place des mécanismes capables d’assurer la stabilité de l’organisation sur le long terme.

Au-delà de la préservation de l’existant, Abdoul Karim Diallo revendique une ambition plus large : faire de l’héritage familial le point de départ d’une nouvelle étape de développement.

« Mon ambition n’est pas seulement de préserver ce que j’ai reçu. C’est de pouvoir dire un jour à la génération suivante : “J’ai reçu quelque chose de solide. Je vous le transmets encore plus solide” », souligne-t-il.

Une déclaration qui résume sa conception de la responsabilité de la deuxième génération. Hériter constitue un point de départ. Bâtir, structurer et préparer l’avenir relèvent, eux, d’un choix de gouvernance et de vision.

À la tête du Groupe SONOCO, Abdoul Karim Diallo entend ainsi inscrire son action dans une logique de continuité, mais aussi de transformation. Une démarche qui pose une question centrale pour les entreprises familiales : comment faire de l’héritage non pas une fin, mais le socle d’une institution durable ?

Sylla Ama pour Planete7.info 

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