
Au lycée Amilcar Cabral de Mamou, le lancement du concours de recrutement de 6 000 enseignants a été marqué par une scène particulière : des hommes ont été mobilisés pour assurer la garde des bébés de candidates allaitantes. Une initiative qui leur a permis de composer dans de meilleures conditions, au moment où le gouvernement entend renforcer les effectifs du système éducatif guinéen.
Le concours de recrutement de 6 000 enseignants à la Fonction publique a officiellement démarré ce vendredi 16 octobre 2026 au lycée Amilcar Cabral de Mamou. Dans ce centre d’examen, candidats, autorités administratives et responsables éducatifs se sont mobilisés autour d’un enjeu majeur : renforcer le personnel enseignant dans un pays où les besoins restent importants, notamment dans les établissements scolaires de l’intérieur.

Au milieu de cette mobilisation, une initiative a particulièrement retenu l’attention. Des hommes ont été affectés à la garde des bébés de candidates allaitantes, afin de permettre à ces dernières de participer aux épreuves. Une disposition qui met en lumière les contraintes auxquelles certaines femmes sont confrontées pour concilier leurs responsabilités familiales et leurs ambitions professionnelles.
Parmi les postulants présents à Mamou figure Alpha Oumar Diallo, diplômé de l’Institut supérieur des sciences de l’éducation de Guinée (ISSEG). Originaire de Pita, il a effectué le déplacement depuis Conakry pour prendre part à ce concours, avec l’espoir de mettre ses compétences au service de l’éducation nationale.

Pour lui, ce recrutement représente une occasion de contribuer à la formation des jeunes Guinéens, mais aussi de participer à la réduction du déficit d’enseignants dans les établissements scolaires.
Sa disponibilité à servir, y compris dans les localités éloignées de la capitale, traduit l’enjeu de ce recrutement pour les jeunes diplômés en quête d’une insertion professionnelle et pour les communautés qui attendent un meilleur encadrement pédagogique.
Aminata Barry, enseignante à l’école primaire de Timbo Centre et candidate au concours, partage cet intérêt. Elle considère cette opération comme une opportunité pour les postulants de faire valoir leurs compétences et d’accéder à la Fonction publique au terme d’un processus de sélection.

Présente à Mamou, Ramatoulaye Camara, secrétaire générale du ministère de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale, a souligné la collaboration entre les différents départements ministériels impliqués dans l’organisation du concours.
Elle a également rappelé que l’intégration dans la Fonction publique implique des responsabilités envers l’administration et les populations.
« Les futurs admis devront s’investir pleinement dans leurs missions et répondre aux attentes de l’administration et des populations », a-t-elle indiqué.
De son côté, la ministre de l’Éducation nationale, de l’Alphabétisation, de l’Enseignement technique et de la Formation professionnelle, Bintou Keita, a reconnu que le recrutement de 6 000 enseignants ne suffira pas à résorber l’ensemble du déficit de personnel dans le système éducatif guinéen.
Elle a présenté cette opération comme une étape d’un processus appelé à se poursuivre au cours des prochaines années, notamment en 2027, 2028 et 2029. La ministre a par ailleurs invité les candidats à aborder les épreuves avec concentration et sérénité, tout en rappelant que seuls 6 000 postes sont à pourvoir pour cette session.
Pour Faya François Bourouno, ministre de la Modernisation de l’administration et de la Fonction publique, ce recrutement répond au manque d’enseignants constaté après la rentrée scolaire. Il s’inscrit dans le cadre des mesures engagées par le gouvernement, conformément aux instructions du président de la République, Mamadi Doumbouya.

Le ministre a notamment mis en avant la décentralisation des épreuves. Les candidats peuvent désormais composer dans les chefs-lieux des régions administratives, sans avoir à se déplacer systématiquement jusqu’à Conakry. Cette mesure vise à faciliter leur participation et à favoriser une plus grande égalité des chances.
L’organisation du concours s’appuie également sur des dispositifs techniques destinés à sécuriser les épreuves et à fiabiliser le traitement des résultats. Selon le ministre, des outils numériques, du papier sécurisé et des équipements de lecture optique sont mobilisés dans le cadre du processus.
Autre particularité du dispositif : les postes à pourvoir ont été identifiés en amont. Les candidats ont ainsi pu postuler pour des établissements et des niveaux d’enseignement précis. L’objectif est de diriger les futurs enseignants vers les structures où les besoins ont été recensés, tout en renforçant la transparence du recrutement et la sélection au mérite.
À Mamou, la mobilisation des candidats et la prise en charge des bébés de certaines candidates allaitantes illustrent les réalités humaines et organisationnelles d’un concours de cette ampleur.
Mais derrière cette scène, un défi plus profond demeure : garantir aux élèves guinéens, notamment ceux des zones les plus éloignées, un encadrement pédagogique suffisant et de qualité.
Le recrutement de 6 000 enseignants constitue une réponse aux besoins recensés par les autorités. Il ne saurait toutefois suffire, à lui seul, à combler durablement le déficit de personnel dans les établissements scolaires.
La poursuite des recrutements, leur répartition en fonction des besoins réels et les conditions d’affectation des enseignants seront déterminantes pour renforcer le système éducatif guinéen. À Mamou comme dans les autres régions du pays, les candidats espèrent désormais que les épreuves ouvriront la voie à une intégration dans la Fonction publique.
Ibrahima Molota Soumah, correspondant à Mamou pour Planete7.info
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