À l’ONU, Mamadi Doumbouya défend le choix d’une Guinée souveraine et décomplexée

À la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, le président guinéen a voulu rompre avec le registre de la dénonciation pour mettre en avant les choix institutionnels, économiques et stratégiques de son pays. De la nouvelle Constitution à Simandou 2040, Mamadi Doumbouya a présenté la Guinée comme une nation qui entend construire son développement à partir de ses propres réalités.
Cette fois, le président guinéen n’est pas venu plaider à charge. Trois ans après avoir livré, depuis cette même tribune, un discours particulièrement critique sur les modèles de gouvernance appliqués en Afrique, Mamadi Doumbouya a choisi un autre registre devant l’Assemblée générale des Nations unies.
À la tribune de la 81ᵉ session, le chef de l’État a entrepris de raconter une autre histoire : celle d’une Guinée qui, selon lui, cherche désormais à définir elle-même les contours de son modèle politique et économique.
« Je reviens aujourd’hui devant vous dans un esprit différent. Non pour dénoncer, mais pour partager quelques éléments factuels », a-t-il déclaré.
Derrière cette inflexion de ton se dessine le fil conducteur de son intervention : la revendication d’une trajectoire guinéenne, adaptée aux réalités du pays et affranchie des modèles importés sans adaptation.
Pour étayer cette vision, Mamadi Doumbouya commence par les institutions.
Le président guinéen met en avant la nouvelle Constitution adoptée par référendum, qu’il présente comme une Loi fondamentale élaborée à partir de l’histoire et de la diversité du pays. Il cite notamment la représentation des territoires et des communautés, la gouvernance participative ainsi que la reconnaissance de la diversité linguistique, religieuse et culturelle.
Dans son récit, cette nouvelle architecture institutionnelle constitue le socle d’une transformation plus large.
Le chef de l’État affirme également que la Guinée a organisé l’ensemble de son cycle électoral direct et installé les institutions qui en découlent avec un financement assuré par le Trésor public.
Il assure qu’aucun de ces scrutins n’a été marqué par un incident significatif. Une affirmation qui participe à l’objectif central de son discours : présenter une Guinée capable, selon lui, de construire et de financer ses propres mécanismes institutionnels.
Puis vient le volet économique.
Pendant plusieurs minutes, Mamadi Doumbouya déroule les principaux chantiers qu’il associe à la trajectoire engagée depuis son arrivée au pouvoir. Plus de mille kilomètres de routes bitumées, des écoles, des hôpitaux, des projets de raffineries d’alumine et une raffinerie d’or figurent parmi les réalisations citées.
Mais un nom revient avec une importance particulière : Simandou.
Dans le discours présidentiel, le gigantesque projet minier et infrastructurel dépasse largement la seule exploitation du minerai de fer. Il devient le moteur annoncé d’une transformation économique de plus grande ampleur.
« Il ne s’agit pas seulement d’un projet minier », insiste Mamadi Doumbouya.
À travers Simandou 2040, le président veut inscrire cette exploitation dans une perspective de quinze années de développement. Infrastructures, agriculture, énergie, éducation, santé et industrie sont présentées comme les différents piliers de cette ambition.
Le message adressé aux partenaires internationaux est ainsi moins celui d’une Guinée exportatrice de matières premières que celui d’un pays qui veut utiliser ses ressources pour construire une économie plus diversifiée.
Au milieu de cette succession de chiffres et de grands projets, le président guinéen marque une pause pour revenir à ce qu’il présente comme la véritable richesse du pays : sa jeunesse.
L’objectif affiché est de transformer le potentiel démographique en force économique, grâce à l’éducation, à la formation et à l’emploi.
Mamadi Doumbouya cite notamment Simandou Academy, présentée comme une initiative destinée à rapprocher la formation des besoins du marché du travail.
L’enjeu dépasse, dans son discours, la seule question minière. Il s’agit de faire en sorte que les grands projets annoncés puissent également produire des compétences, des emplois et des opportunités pour les jeunes Guinéens.
C’est toutefois lorsqu’il élargit son propos à l’Afrique que le discours prend une dimension plus politique.
Mamadi Doumbouya conteste l’idée selon laquelle un modèle unique de gouvernance et de développement pourrait convenir à tous les pays.
Il invite à regarder du côté de l’Asie et de certains pays du Proche-Orient, qui, selon lui, ont su s’inspirer des expériences étrangères tout en les adaptant à leurs propres réalités.
« L’Afrique peut, elle aussi, emprunter cette voie », affirme-t-il.
La formule résume l’un des principaux messages de son intervention : l’Afrique ne doit pas nécessairement choisir entre ouverture au monde et affirmation de sa souveraineté.
Pour le président guinéen, les deux peuvent aller de pair.
La Guinée, assure-t-il, entend rester « un partenaire fiable, ouvert et engagé » auprès de la communauté internationale. Mais elle souhaite des relations fondées sur le respect réciproque des souverainetés et sur une logique de « co-construction gagnant-gagnant ».
Au terme de son intervention, Mamadi Doumbouya revient à une formule qui résume son récit : « La République de Guinée avance. »
À New York, le président guinéen a donc choisi de présenter moins une liste de revendications qu’un récit politique et économique : celui d’un pays qui affirme vouloir décider de son propre modèle, exploiter davantage ses ressources sur son territoire et utiliser le projet Simandou comme levier d’une transformation de long terme.
Mais au-delà de la tribune diplomatique, cette ambition sera confrontée à une autre exigence : celle du temps et de la mise en œuvre.
Car si le discours présidentiel dessine une trajectoire, Simandou 2040, les infrastructures, la transformation industrielle, la formation de la jeunesse et les réformes institutionnelles constituent désormais autant de chantiers dont la concrétisation permettra de mesurer la portée de cette « voie guinéenne » revendiquée devant la communauté internationale.
Mountaga Pandiara Diallo pour Planete7.info
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