81e session de l’Assemblée générale de l’ONU : Mamadi Doumbouya fait de Simandou le pari d’une transformation économique

Devant l’Assemblée générale des Nations unies, le président Mamadi Doumbouya a placé le gigantesque projet Simandou au cœur de son récit économique. Au-delà du fer, il veut en faire le point de départ d’une transformation des infrastructures, de l’industrie, de l’agriculture, de l’énergie et du capital humain. Une ambition désormais appelée à se mesurer dans la durée.
Dans le discours de Mamadi Doumbouya, un projet occupe une place particulière. Il ne s’agit ni d’une route, ni d’une raffinerie, ni d’un chantier isolé. C’est Simandou.
À la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, le président guinéen a présenté le mégaprojet minier comme bien davantage qu’une exploitation de minerai de fer. Il l’a inscrit dans une ambition plus vaste : transformer la structure même de l’économie guinéenne.
« Il ne s’agit pas seulement d’un projet minier », a-t-il insisté.
Cette phrase résume l’un des principaux enjeux de son intervention. Pour le chef de l’État, la question n’est plus seulement de savoir comment extraire une ressource du sous-sol guinéen, mais comment utiliser cette richesse pour financer et accélérer une transformation durable du pays.
Le pari présidentiel repose sur une idée simple : faire de Simandou un effet d’entraînement pour les autres secteurs de l’économie.
Dans son intervention, Mamadi Doumbouya cite les infrastructures, l’agriculture, l’énergie, l’éducation, la santé et l’industrie comme autant de domaines appelés à bénéficier de cette dynamique.
C’est dans cette perspective qu’il présente Simandou 2040, un programme de développement socio-économique projeté sur quinze ans.
Le projet minier devient ainsi, dans le récit présidentiel, le premier maillon d’une chaîne beaucoup plus large. Les infrastructures doivent accompagner la production, l’énergie soutenir l’industrialisation, la formation préparer la main-d’œuvre et l’agriculture participer à la diversification de l’économie.
Autrement dit, le minerai ne serait plus la destination finale. Il serait le point de départ.
Cette ambition apparaît également dans la volonté affichée de développer la transformation industrielle de la bauxite.
Mamadi Doumbouya évoque trois raffineries d’alumine en construction et insiste sur la nécessité de transformer les ressources guinéennes sur le territoire national.
Le message économique est donc celui d’une montée en gamme : produire davantage localement, développer les capacités industrielles et tenter de faire en sorte que l’exploitation des ressources naturelles génère des activités au-delà de la simple extraction.
Le président cite également une raffinerie d’or qu’il présente comme la plus grande d’Afrique en capacité de production.
À travers ces projets, son discours dessine une Guinée qui cherche à passer du statut de pays riche en ressources à celui d’économie capable d’en tirer davantage de valeur localement.
Avant même de parler d’industrialisation, le chef de l’État met en avant les infrastructures.
Plus de mille kilomètres de routes bitumées sont cités parmi les réalisations des dernières années, avec l’objectif affiché de désenclaver les régions.
Dans cette narration, les routes ne sont pas de simples ouvrages publics. Elles constituent l’un des instruments permettant de relier les zones de production aux marchés, de faciliter les échanges et d’accompagner l’activité économique.
Le même raisonnement est appliqué aux secteurs de l’éducation et de la santé, que le président inclut dans le bilan qu’il présente devant la communauté internationale.
Mais un développement fondé sur les ressources naturelles ne peut se mesurer uniquement en kilomètres de routes ou en volumes de production.
Mamadi Doumbouya le reconnaît à sa manière en plaçant la jeunesse au cœur de son discours.
« Notre plus grande richesse demeure toutefois notre jeunesse », affirme-t-il.
Le président cite Simandou Academy, destinée selon lui à rapprocher les formations des besoins du marché du travail. Derrière cette annonce se trouve un enjeu majeur : faire en sorte que les grands investissements annoncés créent aussi des compétences et des perspectives pour les jeunes Guinéens.
Le succès de cette stratégie ne dépendra donc pas uniquement de la production minière. Il se mesurera également à sa capacité à générer des emplois, à développer les compétences et à faire émerger de nouvelles activités économiques.
À New York, Mamadi Doumbouya a surtout voulu donner une dimension de long terme à son projet.
Le choix de l’horizon 2040 n’est pas anodin. Il inscrit Simandou dans une temporalité qui dépasse les cycles immédiats et présente le projet comme un instrument de transformation structurelle.
Mais cette ambition pose aussi la question de sa concrétisation.
Faire d’un projet minier le moteur d’une économie entière suppose de réussir à articuler les investissements, les infrastructures, l’industrialisation, la formation et la diversification économique. C’est précisément sur cette cohérence que se jouera la portée réelle du programme présenté par le président guinéen.
Devant les dirigeants du monde, Mamadi Doumbouya n’a donc pas seulement parlé de fer.
Il a tenté de présenter Simandou comme le socle d’un nouveau modèle économique guinéen : une ressource extraite du sous-sol, mais dont la valeur recherchée se mesurerait aussi dans les routes construites, les industries développées, les compétences formées et les emplois créés.
Mountaga Pandiara Diallo pour Planete7.info
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