Yimbaya : après 30 ans dans son immeuble, Alpha Saliou Diallo sommé de partir, il réclame des explications

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À Yimbaya, dans la zone située le long de l’autoroute Fidel Castro, face à la base militaire, la perspective de démolition de plusieurs immeubles plonge occupants et propriétaires dans l’inquiétude. Alpha Saliou Diallo, propriétaire déclaré de l’un des bâtiments concernés, affirme avoir été sommé de quitter les lieux sans motif officiel ni délai suffisant. Après trois décennies passées à construire et à aménager son immeuble, il dit avoir choisi de respecter les instructions reçues, tout en dénonçant la manière dont la décision lui aurait été annoncée.

Le samedi, aux environs de midi, Alpha Saliou Diallo était chez lui lorsqu’il a été informé de la présence de militaires et de responsables autour de son immeuble. En descendant pour comprendre ce qui se passait, il affirme avoir découvert une importante délégation, composée notamment, selon son récit, de militaires et d’agents du patrimoine bâti public.

La nouvelle qui lui aurait été annoncée ce jour-là est sans appel : son bâtiment devait être démoli et il devait retirer ses affaires avant le lendemain.

« Comment tu peux comprendre, je dis bien, je répète, des hommes assermentés, lettrés, des responsables, peuvent vraiment venir sans te dire le motif, sans t’avertir, te déloger en hivernage, en plein hivernage ? », s’interroge-t-il.

Pour cet homme, le problème ne se limite pas à la perspective de voir son immeuble disparaître. Il réside surtout dans l’absence, selon lui, d’une explication officielle et d’une procédure préalable lui permettant de comprendre les raisons de cette décision.

Face à cette situation, Alpha Saliou Diallo rappelle les années consacrées à son immeuble.

« Je suis là il y a 30 ans. J’ai construit ce bâtiment pendant 30 ans aussi. C’est maintenant que je viens de le finir. Mais pendant 30 ans, on ne m’a jamais envoyé une convocation ou une information de quitter ce bâtiment. »

Trois décennies d’occupation et d’investissements qui, selon lui, représentent une grande partie de sa vie. Il affirme avoir progressivement construit et aménagé le bâtiment dans lequel il espérait pouvoir vivre paisiblement.

Le propriétaire déclare également détenir plusieurs documents relatifs à la propriété et à la construction de l’immeuble.

« Ce qui est aussi sûr, c’est que j’ai mon titre foncier, j’ai mon certificat de propriété, certificat de donation, sondage, plan de masse, autorisation de construire. J’ai tous les documents du monde qu’il faut pour construire un bâtiment. Bon, malheureusement, je n’ai pas reçu un document pour me parler du motif. »

Une déclaration qui résume, à ses yeux, l’essentiel de son incompréhension : il dit disposer de documents encadrant la propriété et la construction, mais affirme n’avoir reçu aucune notification officielle expliquant les raisons de la démolition envisagée.

Revenant sur la rencontre avec les responsables présents sur place, Alpha Saliou Diallo affirme avoir demandé des explications sur la décision.

« C’est juste le samedi, j’étais couché. Vers midi, quelqu’un m’a appelé d’en bas pour me dire qu’il y avait un militaire qui sillonne mon bâtiment. Alors je suis descendu, je les ai rencontrés, il y avait une cinquantaine peut-être, dont le directeur patrimoine bâti public et tout ça. »

Selon son récit, les responsables l’auraient identifié comme le propriétaire de l’immeuble avant de lui annoncer la mesure.

« Bon, ils disent donc, nous on a reçu l’ordre de là-haut de démolir le bâtiment. »

Alpha Saliou Diallo affirme ne pas avoir contesté le principe selon lequel l’État peut, dans certaines circonstances, reprendre une propriété pour cause d’utilité publique. Il dit même que cette possibilité figure dans son autorisation de construire.

« Je dis, ah bon, le bâtiment, la parcelle, moi-même, tous appartenons à l’État, il n’y a pas de problème. Parce que même dans mon autorisation de construire, on écrit : pour utilité publique, l’État a le droit de reprendre. Mais quand même, ça doit être motivé. »

C’est précisément sur ce point qu’il insiste : reconnaître une prérogative de l’État ne signifie pas, selon lui, renoncer au droit d’être informé des raisons d’une décision qui bouleverse sa vie.

D’après le témoignage du propriétaire, les responsables lui auraient demandé de retirer ses affaires avant une démolition prévue dès le lendemain.

« Ils disent, alors, vous enlevez vos affaires, on viendra demain démolir. Je dis, très bien, vous êtes le bienvenu. »

Derrière cette réponse, Alpha Saliou Diallo dit pourtant ressentir une profonde amertume. Il dénonce notamment le choix de la saison des pluies pour demander à une personne de quitter précipitamment son logement.

« Sinon, pourquoi venir à l’hivernage, même si quelqu’un est locataire, et qu’il n’a pas payé le loyer. On n’a pas le droit de le déloger pendant l’hivernage, pour qu’il aille où ? Sous la pluie, sous la belle étoile ? »

Dans son récit, il évoque également la difficulté de déplacer, en quelques heures, les affaires accumulées au fil d’une vie.

« Vous n’avez quitté même pas pour une semaine, pour un jour, à quelqu’un, d’enlever toutes ces affaires où il a vécu toute sa vie. Vous savez, c’est la façon de faire qui fait mal. C’est la façon de faire. »

Pour lui, une décision administrative devrait être accompagnée d’une information claire et d’un délai permettant aux personnes concernées de prendre leurs dispositions.

« Quand il y a un motif, on vient, on t’avertit, on t’informe, on te donne un délai, même si c’est 10 jours. Mais tu n’as jamais été averti, tu n’as jamais été informé. Rien. »

Au-delà des murs, c’est un projet de vie que le propriétaire dit voir s’effondrer.

« Tu te lèves dans ton beau bâtiment où tu as pensé finir, faire ta retraite, paisible. On vient comme s’ils étaient quoi ? Tu dégages à la minute. »

Cette situation, affirme-t-il, l’a contraint à quitter son logement. Il dit désormais dormir au rez-de-chaussée avec ses frères, dans l’attente de la suite des événements.

« Donc là, moi j’attends, depuis ça, je dors en bas avec mes frères. Jusqu’à ce qu’ils viennent dire. »

Un quotidien bouleversé pour celui qui affirme avoir consacré trente années à cet immeuble.

Malgré son incompréhension, Alpha Saliou Diallo assure ne pas vouloir entrer dans un bras de fer avec les autorités. Il dit avoir choisi de respecter les instructions qui lui auraient été données.

« Ce que j’ai pu faire, c’est respecter ce qu’ils ont dit. J’ai moi-même décoiffé la maison, j’ai pris des gens. J’ai déjà décoiffé, j’ai amené encore des équipes pour casser. »

Il affirme même être prêt à procéder lui-même à la démolition complète si telle est la décision arrêtée.

« S’ils veulent, je casse moi-même tout, il n’y a pas de soucis. Pour le moment, je montre la bonne volonté, que je respecte la loi, je respecte les autorités, c’est ce que je fais. »

Une attitude qu’il présente comme une preuve de bonne foi, sans pour autant abandonner sa demande d’explications.

« Et j’attends, s’ils viennent maintenant démolir tout, raser, prendre et me dire même de quitter le pays, je suis prêt à le faire. »

À travers son témoignage, Alpha Saliou Diallo affirme ne pas remettre en cause l’autorité de l’État. Il réclame plutôt une décision expliquée, un motif valable et un délai pour quitter les lieux.

« Tu peux comprendre, je dis bien, je répète, des hommes assermentés, lettrés, des responsables, peuvent vraiment venir sans te dire le motif, sans t’avertir, te déloger en hivernage, en plein hivernage. »

Puis il revient sur ce qu’il considère comme le cœur du problème :

« Ta maison que tu as construite, dont tu as tous les documents. Comment un homme, un parent peut faire ça ? C’est la manière de faire, mais ce n’est pas normal. »

Avant de conclure par une demande qu’il répète tout au long de son témoignage :

« Donner un délai pour quitter, donner un motif valable pour quitter. Tout cet arsenal de choses à dire, vous comprenez ? »

À Yimbaya, la perspective de démolition de plusieurs immeubles situés le long de l’autoroute Fidel Castro, face à la base militaire, suscite des interrogations sur les conditions dans lesquelles les occupants et propriétaires concernés auraient été informés de leur départ.

Le témoignage d’Alpha Saliou Diallo met en lumière la détresse d’un homme qui affirme avoir consacré trente années à son immeuble et qui dit aujourd’hui dormir hors de son logement, dans l’attente d’une éventuelle démolition.

Pour l’heure, il affirme avoir choisi de ne pas s’opposer à la décision. Mais il continue de réclamer ce qu’il considère comme le minimum : une explication, un motif et un délai pour quitter les lieux.

Salif Camara pour Planète7.info

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