Télimélé : plus de sept cases incendiées, Kobolet Missidé plongé dans l’inquiétude

Plus de sept cases réduites en cendres en quelques jours, des familles privées de toit, de nourriture et de biens essentiels : à Kobolet Missidé, dans le district de Guèmè Sangan, commune rurale de Sinta, la succession d’incendies d’origine encore inconnue plonge les habitants dans l’inquiétude. Face à ce phénomène récurrent, les populations réclament une aide urgente et une enquête pour comprendre ce qui se passe.
À Kobolet Missidé, la nuit n’est plus synonyme de repos. Lorsque le crépuscule tombe sur ce village vieux de plus de 80 ans, situé au pied d’une montagne dans la préfecture de Télimélé, les habitants restent sur leurs gardes. La peur de voir une nouvelle case partir en fumée a progressivement remplacé la quiétude qui caractérisait autrefois la localité.
Depuis plusieurs années, Kobolet Missidé est confronté à des incendies récurrents dont l’origine demeure inconnue. Mais ces derniers jours, le phénomène a pris une ampleur particulièrement préoccupante. Plus de sept cases, principalement couvertes de paille, ont été détruites, emportant avec elles des vêtements, des ustensiles de cuisine, des lits, des réserves alimentaires et de nombreux autres biens.

Pour plusieurs familles, les flammes n’ont laissé derrière elles que des décombres.
Karamoko Mohamadou Oury Koukouta Bah, sage du village, mesure l’ampleur du désastre. Selon lui, Kobolet Missidé a été fondé par leurs ancêtres il y a plus de huit décennies. La population, qui dépasse les 300 habitants, vit essentiellement de l’agriculture et de l’élevage.
« Cette localité a été construite par nos arrière-parents depuis plus de 80 ans. Nous pratiquons l’agriculture et l’élevage. Mais chaque année maintenant, nos cases sont ravagées par des incendies. Toutes nos maisons couvertes de paille sont presque détruites », témoigne-t-il.
Les conséquences sont lourdes. « Certains sont sans abri, tandis que d’autres sont hébergés dans des bâtiments en tôle. Les habits, les ustensiles, les lits et beaucoup d’autres biens ont été complètement calcinés. Il n’y a plus à manger », déplore le sage.
Au-delà des incendies, les habitants dénoncent également l’enclavement de leur village. Pourtant, les potentialités agricoles de Kobolet Missidé sont importantes. Ses terres fertiles permettent la culture du riz et de l’arachide, tandis que le cours d’eau Koboléwol constitue une ressource essentielle pour les activités maraîchères.
Mais l’accès à la localité reste difficile. Les habitants ont dû construire eux-mêmes un pont en bois afin de permettre aux motos et aux tricycles de traverser.
« Nous avons réalisé un pont en bois pour permettre le passage des motos et des tricycles. La population dépasse 300 personnes, dont environ 200 femmes, sans compter les enfants. Vraiment, nous souffrons beaucoup », poursuit Karamoko Mohamadou Oury Koukouta Bah.

Face à l’ampleur des pertes, il appelle à une mobilisation urgente : « Nous avons perdu nos nourritures et nos biens. Nous demandons une assistance à tous les niveaux pour soulager les sinistrés. Nous voulons également un pont digne de ce nom pour désenclaver notre grande agglomération. »
Dans la commune rurale de Sinta, les autorités locales suivent avec inquiétude cette succession d’incendies.
Nènè Oumou Bah, deuxième vice-maire de la commune, confirme la répétition du phénomène et reconnaît que son origine reste, pour l’heure, inexpliquée.
Elle raconte avoir elle-même été témoin de l’un des incendies survenus récemment.
« Le dimanche 15 août dernier, on m’a appelée pour me dire que la case de ma mère avait pris feu vers 20 heures. Le lendemain, je suis venue. Alors que nous étions assis en train de veiller, j’ai aperçu cette case qui a pris feu. C’était leur cuisine », explique-t-elle.
Le phénomène ne s’est pas arrêté là. Le lendemain, une autre case a été touchée. Puis celles d’un oncle paternel et de son épouse ont également été réduites en cendres.
« Au total, plus de sept cases ont été incendiées ces derniers jours », affirme-t-elle.
Selon la deuxième vice-maire, des cas similaires avaient déjà été signalés en 2024. Cette répétition alimente davantage les inquiétudes des habitants, qui ne savent toujours pas ce qui déclenche ces départs de feu.
« Nous sollicitons une assistance des autorités et des bonnes volontés. Les femmes d’ici sont organisées en groupements pour cultiver l’arachide, le riz et pratiquer l’élevage. Mais les foyers, les habits, les ustensiles, les lits et les marmites sont partis en fumée et il n’y a plus rien à manger », alerte Nènè Oumou Bah.
À Kobolet, les incendies ne détruisent plus seulement les habitations. Ils bouleversent également le quotidien des habitants.
Thierno Madiou Bah, chef du secteur de Kobolet, décrit une population désormais gagnée par la peur. Les habitants hésitent à quitter leurs concessions, même pour se rendre aux champs.
« Depuis la création de ce village, nous n’avons jamais vécu un tel cas. Depuis que cela a commencé, l’année surpassée, avec une interruption, cela a repris le 15 août dernier. Les citoyens ne dorment plus et ne vont plus aux champs par peur que leurs cases ne prennent feu en leur absence », raconte-t-il.
Cette peur a des conséquences directes sur les activités agricoles. Certains champs sont désormais abandonnés, tandis que les réserves alimentaires diminuent dangereusement.
« Dès que la soirée s’annonce, après le crépuscule, les cases commencent à prendre feu. Nos greniers sont épuisés et il n’y a pas eu de nouvelles récoltes », poursuit le chef du secteur.
Dans ce contexte, les habitants improvisent des moyens de lutte contre le feu, faute d’équipements adaptés.
« Nous sommes vraiment inquiets et nous ne savons plus que faire, sinon préparer des récipients pour arroser en cas d’incendie », déplore Thierno Madiou Bah.
À Kobolet Missidé, l’urgence est désormais double : venir en aide aux familles sinistrées et comprendre l’origine de ces incendies qui se répètent.
Les habitants demandent au gouvernement, aux autorités locales, aux organisations humanitaires, aux partenaires au développement ainsi qu’aux ressortissants de Sinta, de Télimélé et de Kobolet de se mobiliser.
« Les habitants n’ont pas où faire la cuisine ni où se coucher. Les bâtiments disponibles sont surpeuplés et il n’y a plus d’abris », alerte le chef du secteur.
Alors que plusieurs familles tentent de survivre avec les moyens du bord, une question demeure sans réponse : pourquoi les cases de Kobolet Missidé prennent-elles régulièrement feu ?
En attendant une éventuelle intervention des autorités et l’établissement des causes de ces incendies, la peur reste omniprésente dans le village. À la tombée de la nuit, les habitants scrutent désormais leurs cases avec inquiétude, redoutant qu’une nouvelle flamme ne vienne, une fois encore, réduire leurs biens et leurs espoirs en cendres.
Sylla Ama, correspondant à Kindia pour Planete7.info
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