Mines : « Nous allons utiliser nos matières premières pour faire des produits semi-finis et finis », annonce Ismaël Diakité

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Invité de l’émission « Face à Pathé », l’ingénieur des Mines Ismaël Diakité appelle la Guinée à rompre avec le modèle fondé essentiellement sur l’exportation des matières premières. Il préconise une stratégie axée sur la transformation locale, la recherche scientifique, la maîtrise des données et le transfert de technologies afin de faire des ressources minières un véritable levier de développement industriel.

La Guinée possède d’importantes richesses minières, mais leur exploitation ne suffit pas, à elle seule, à garantir une pleine retombée économique pour le pays. Pour l’ingénieur des Mines Ismaël Diakité, l’enjeu consiste désormais à franchir un nouveau cap : transformer davantage les ressources extraites sur le territoire national afin de créer de la valeur, des emplois et surtout renforcer les capacités industrielles et technologiques du pays.

S’exprimant dans l’émission « Face à Pathé », il estime que la transformation locale ne doit pas se limiter au simple conditionnement des matières premières. « La première réaction, c’est de dire : on va transformer nos ressources. La transformation ne veut pas dire le conditionnement seulement. Nous allons utiliser nos matières premières pour faire des produits semi-finis et finis, donc des produits à valeur ajoutée », a-t-il expliqué.

Pour lui, cette orientation permettrait à la Guinée de renforcer simultanément sa maîtrise technologique, économique, commerciale et financière. Il défend ainsi une approche de long terme, capable de garantir une meilleure répartition des bénéfices issus de l’exploitation minière et de préserver les intérêts des générations futures.

Au-delà de la transformation industrielle, Ismaël Diakité considère que la maîtrise de l’information géologique constitue un autre défi majeur. Selon lui, la Guinée doit disposer de bases de données fiables, régulièrement actualisées et accessibles, afin de mieux connaître ses ressources et d’être en mesure de prendre elle-même les décisions stratégiques qui les concernent.

« Notre objectif, c’est à la fois de construire des bases de données solides, accessibles, mais également d’assurer qu’il y ait une transformation économique qui vient de la transformation des matières dont on a besoin », a-t-il souligné.

Cette maîtrise des données revêt, à ses yeux, une importance particulière dans un contexte mondial marqué par une compétition accrue autour des minerais stratégiques et critiques. La Guinée doit, estime-t-il, être capable de produire ses propres connaissances sur son sous-sol, de les interpréter et de les valoriser.

« Ça passe par la maîtrise de nos données, nos données existantes et nos données futures. Il faut que nous soyons capables nous-mêmes de générer nos données, de savoir les interpréter et de les mettre sur le marché », a-t-il indiqué.

L’ingénieur insiste également sur la nécessité d’intensifier la recherche scientifique afin d’explorer toutes les possibilités offertes par les ressources minières guinéennes. Il cite notamment la bauxite, dont le potentiel, selon lui, ne devrait pas être réduit à la seule production d’alumine.

« De plus en plus, il y a la réflexion autour du fait qu’il n’y a pas que de l’alumine qu’on peut tirer de la bauxite. Il y a du Calcium qu’on a cité. Il y a d’autres. Il faut créer les bases pour que la recherche continue, le développement continue, afin qu’on profite au maximum des ressources du pays », a-t-il déclaré.

Cette démarche suppose, selon lui, de créer un environnement favorable à la recherche, à l’innovation et au développement de nouvelles applications industrielles issues des matières premières disponibles en Guinée.

Pour concrétiser cette ambition, Ismaël Diakité met enfin l’accent sur le développement du capital humain. La transformation industrielle ne saurait être durable sans des compétences nationales capables de maîtriser les technologies, les procédés industriels et les connaissances nécessaires à la valorisation des ressources.

« Cela passe par la formation, le transfert de technologies, le transfert d’expertise. La transformation économique doit s’accompagner d’une transformation technologique et scientifique en Guinée », a-t-il soutenu.

L’ingénieur appelle ainsi à une coopération avec les partenaires étrangers qui ne se limite pas à l’exploitation des ressources, mais qui permette également à la Guinée d’acquérir des compétences, des technologies et une expertise durable.

« Pour le moment, ce qu’on sait, c’est ce qu’on nous dit. Il faut que nous soyons capables nous-mêmes de mener des recherches », a-t-il insisté.

À travers cette vision, Ismaël Diakité défend une évolution du modèle minier guinéen : passer progressivement d’un pays qui extrait et exporte ses ressources à un pays capable de les connaître, les transformer et en maîtriser les chaînes de valeur. Une transition qui repose, selon lui, sur une stratégie de long terme combinant recherche, formation, données, technologie et industrialisation.

Sylla Ama pour Planete7.info 

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