Éco : le gouverneur de la BCRG défend le maintien du franc guinéen

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Alors que la mise en circulation de l’Éco est régulièrement annoncée pour 2027, la Guinée choisit, pour l’heure, de conserver sa monnaie nationale. Devant la presse ce mardi 11 août 2026, le gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), Kemoko Kaba, a exposé les raisons économiques, financières et institutionnelles qui, selon lui, justifient cette position.

Le débat sur l’avenir monétaire de l’Afrique de l’Ouest connaît un nouvel épisode. Alors que le projet de monnaie commune de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), baptisé Éco, continue d’alimenter les discussions, la Guinée affiche clairement sa prudence.

Le gouverneur de la BCRG, Kemoko Kaba, a confirmé ce mardi la décision des autorités guinéennes de maintenir le franc guinéen. Une orientation qu’il considère comme cohérente avec la situation économique et institutionnelle actuelle du pays.

« Effectivement, la Guinée, par la voix du président, a décidé de rester au niveau du franc guinéen. Et très sincèrement, je pense que c’est une très bonne décision que le président a prise », a-t-il déclaré.

Pour le patron de la banque centrale, l’échéance de 2027 souvent évoquée pour la mise en circulation de l’Éco ne signifie pas pour autant que les conditions économiques sont réunies pour une telle transition.

Kemoko Kaba invite notamment à regarder de près les critères de convergence auxquels les États devraient satisfaire avant d’intégrer une monnaie commune. Selon lui, leur respect demeure aujourd’hui largement insuffisant au sein de l’espace communautaire.

« Tout le monde dit qu’on va à l’Éco en 2027, mais en gros, personne n’a intérêt à y aller », a-t-il affirmé.

Le gouverneur avance même qu’un seul pays de la CEDEAO respecterait actuellement l’ensemble des critères de convergence nécessaires à une monnaie unique : le Bénin.

« Vous regardez les critères de convergence. Quels sont les pays aujourd’hui qui respectent tous les critères de convergence de la monnaie unique de l’Afrique de l’Ouest ? Il n’y a qu’un pays, c’est le Bénin », a-t-il expliqué.

Au-delà des indicateurs économiques, le gouverneur estime qu’une monnaie commune ne pourrait fonctionner durablement sans mécanismes de solidarité capables de soutenir les États confrontés à des déficits.

« Le troisième point, c’est qu’il faut un mécanisme de transfert entre les États qui ont des déficits et ceux qui ont des excédents. Si vous avez la même modalité et que vous n’avez pas ces transferts-là, ça va être très compliqué », a-t-il prévenu.

Pour illustrer son propos, Kemoko Kaba s’est référé à la crise grecque, considérant qu’une union monétaire dépourvue de mécanismes efficaces de solidarité financière peut exposer certains États à de fortes difficultés.

Au-delà des critères économiques, c’est également la gouvernance d’une éventuelle future banque centrale fédérale de la CEDEAO qui suscite les interrogations du gouverneur guinéen.

Aujourd’hui, explique-t-il, la Guinée dispose d’une banque centrale dont elle maîtrise entièrement le capital et les décisions. Une architecture qui changerait radicalement dans le cadre d’une union monétaire régionale.

« Aujourd’hui, vous avez une Guinée qui détient 100 % sa banque centrale. Demain, vous allez nous mettre en place une banque centrale fédérale », a-t-il relevé.

Dans cette nouvelle configuration, le poids du Nigeria constituerait, selon lui, un élément déterminant. Avec une économie et une population largement supérieures à celles des autres États membres, Abuja disposerait mécaniquement d’une influence considérable au sein des institutions monétaires communes.

Le gouverneur estime ainsi que le Nigeria représente près de 63 % du produit intérieur brut (PIB) de la CEDEAO.

« Donc, quels que soient les pondérations que vous allez mettre sur le PIB, la population ou les réserves, vous allez avoir une banque centrale qui, à minima, sera contrôlée par le Nigeria à hauteur de 60 %, à minima », a-t-il soutenu.

Pour la Guinée, le rapport de force serait donc nettement moins favorable.

« La part de la Guinée là-dedans, je ne suis même pas sûr qu’on aura 5 % du capital de cette banque centrale-là », a-t-il poursuivi.

Une différence de poids qui conduit le gouverneur à poser une question centrale : « Donc pourquoi quitter une banque centrale où vous avez 100 % ? Pour aller à une banque centrale où il y a 5 % ? »

Si la Guinée choisit de maintenir le franc guinéen, Kemoko Kaba tient toutefois à préciser que cette décision ne traduit pas un rejet du principe d’une monnaie commune ouest-africaine.

Conakry entend continuer à participer aux réflexions régionales afin de rechercher une formule susceptible de préserver les intérêts des différents États.

« Ça n’empêche qu’on va continuer à réfléchir avec eux pour voir comment est-ce qu’on va aller vers une monnaie commune, pas unique, mais monnaie commune », a-t-il précisé.

La position guinéenne se veut donc prudente plutôt que définitive : préserver, dans l’immédiat, la souveraineté monétaire du pays tout en maintenant le dialogue sur l’intégration économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest.

Pour le gouverneur de la BCRG, les conditions actuelles ne justifient pas un changement de cap.

« Mais en l’état actuel, c’est la meilleure décision que le président ait », a-t-il conclu.

Salif Camara pour Planete7.info 

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