Minéraux critiques : la Guinée veut transformer son potentiel géologique en levier de croissance

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À Conakry, géologues, ingénieurs des mines, économistes, spécialistes des données et géostratèges se mobilisent pour mieux connaître, évaluer et valoriser les minéraux critiques du pays. L’initiative entend poser les bases d’une stratégie nationale capable de faire émerger de nouvelles chaînes de valeur et d’attirer des investisseurs stratégiques.

La Guinée veut-elle rester un simple pays producteur et exportateur de matières premières ? La question s’impose alors que les minéraux critiques prennent une importance croissante dans l’économie mondiale. Lithium, cobalt, nickel, graphite, terres rares ou encore uranium sont désormais au cœur des enjeux liés à la transition énergétique, à la mobilité électrique, à la défense et aux technologies numériques.

C’est dans ce contexte qu’une réunion stratégique s’est tenue ce mardi à Conakry autour d’un objectif clairement affiché : mieux identifier les minéraux critiques dont dispose la Guinée, évaluer leur potentiel et surtout réfléchir aux moyens de les transformer en véritable valeur économique.

Autour de la table, plusieurs profils : géologues, ingénieurs des mines, économistes, spécialistes de l’analyse des données et géostratèges. Une diversité d’expertises destinée à construire une démarche fondée sur l’intelligence collective et à faire passer la Guinée de la simple connaissance de son potentiel géologique à une approche plus opérationnelle.

Pour Ismaël Diakité, ingénieur des mines et membre initiateur du projet, la Guinée ne part pas de zéro. Le pays dispose déjà d’un important volume de données sur l’existence de plusieurs minéraux considérés comme stratégiques.

« Nous venons de tenir une réunion avec des géologues, des miniers, des spécialistes en analyse de données, des économistes, des géostratèges, qui s’est focalisée sur les minéraux critiques », explique-t-il.

Selon lui, certaines ressources, voire des réserves, ont déjà été identifiées, notamment dans le lithium, le cobalt et le nickel. Mais pour passer à l’étape suivante, il faudra approfondir les études et surtout définir une véritable stratégie de valorisation.

« Nous ne pouvons plus rester à l’état de potentialité, nous devons passer à l’étude et la valorisation de ces minerais », insiste Ismaël Diakité.

L’ambition du groupe est donc de recenser les ressources disponibles, d’évaluer leur potentiel économique et de faire émerger des projets suffisamment structurés pour intéresser des investisseurs stratégiques.

Au-delà des investissements, les initiateurs veulent également inscrire cette démarche dans une logique de transformation de l’économie nationale, avec à la clé davantage de valeur ajoutée, des emplois et le développement de compétences guinéennes dans les domaines technologiques, numériques et industriels.

Connue mondialement pour ses importantes réserves de bauxite, la Guinée dispose également de ressources en fer, en or et en diamant. Mais pour les membres du groupe de travail, le potentiel géologique du pays ne saurait se résumer à ces substances traditionnellement exploitées.

« Les travaux géologiques effectués pendant les 50 dernières années montrent que le potentiel réel du pays va au-delà des substances traditionnellement exploitées », souligne Ibrahima Sory Diallo, consultant géologue et membre du groupe.

La transition énergétique mondiale bouleverse en effet la hiérarchie des ressources minières. Les besoins croissants en batteries, véhicules électriques, équipements électroniques, infrastructures énergétiques et technologies de défense placent désormais plusieurs minerais au centre des stratégies économiques des grandes puissances.

En Guinée, le graphite, l’uranium, le cobalt, les terres rares et d’autres substances pourraient ainsi constituer de nouvelles opportunités. Certaines restent cependant encore insuffisamment étudiées.

C’est notamment le cas des terres rares et de plusieurs minéraux associés aux intrusions basiques et ultrabasiques. Des ressources pourraient également être liées à certains grands ensembles géologiques du pays, notamment les complexes de Simandou et du Nimba, ainsi qu’à des formations ultrabasiques telles que le mont Kakulima et certaines zones de Kindia.

Pour les initiateurs, la première étape consiste désormais à disposer d’une connaissance plus précise et actualisée des ressources critiques présentes sur le territoire national.

« La Guinée doit identifier ses ressources critiques, les évaluer et trouver une stratégie nationale pour les valoriser », estime Ibrahima Sory Diallo.

Le groupe envisage ainsi une démarche progressive.

À court terme, il entend établir un inventaire national des minéraux critiques, constituer une base documentaire et cartographier les ressources déjà identifiées.

À moyen terme, l’objectif est de produire un rapport national consacré aux minéraux critiques, de déterminer les zones prioritaires et de formuler des recommandations en matière de politiques publiques et de réglementation.

À long terme, il s’agira de définir un schéma directeur, de développer les chaînes de valeur, de favoriser l’industrialisation et d’encourager davantage de transformation locale.

Au cœur de cette réflexion se trouve une ambition plus large : faire des minéraux critiques un levier de transformation structurelle de l’économie guinéenne.

Pour Ismaël Diakité, ces ressources ne doivent pas être considérées uniquement comme des produits destinés à l’exportation. Elles doivent également permettre à la Guinée de développer ses propres capacités industrielles et technologiques.

L’enjeu est notamment de réfléchir à la manière dont ces ressources pourraient être mises à la disposition de la Guinée et, plus largement, des marchés africains, tout en développant des capacités de transformation capables de répondre à la demande nationale, continentale et internationale.

Le pays dispose, selon les initiateurs, de plusieurs avantages pour avancer dans cette direction : une importante diversité géologique, des ressources déjà démontrées, un potentiel hydroélectrique et un accès maritime susceptible de faciliter les échanges avec les marchés internationaux.

Les promoteurs de l’initiative tiennent toutefois à préciser qu’il ne s’agit pas de créer une nouvelle structure administrative.

Le projet se veut avant tout un cadre d’intelligence collective, capable de réunir des expertises complémentaires, de produire des analyses et d’accompagner les décideurs publics dans leurs choix stratégiques.

À terme, l’objectif est de permettre à la Guinée de mieux se positionner dans la nouvelle compétition mondiale autour des minéraux critiques.

Car au-delà de la découverte de nouvelles ressources, le véritable défi sera de franchir plusieurs étapes : identifier, étudier, quantifier, valoriser et transformer.

Une évolution qui pourrait permettre à la Guinée de passer progressivement d’une économie minière principalement tournée vers l’exportation de matières premières à un modèle davantage axé sur la transformation locale, les chaînes de valeur et la création de richesses sur le territoire national.

Oumar Sylla Bah pour Planete7.info

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