L’ECO : quand la Guinée s’apprête à remettre en cause ses propres initiatives et avancées

sonoco sites

Depuis quelques jours, des voix officielles comme non officielles s’élèvent pour défendre l’idée que la Guinée ne devrait pas adhérer à la future monnaie commune ouest-africaine, appelée ECO.

Mais qu’est-ce que l’ECO ?

L’ECO est un projet de monnaie unique porté initialement par les pays membres de la Zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest (ZMAO), créée en 2000, regroupant les États de la CEDEAO qui n’utilisent pas le franc CFA.

Ces pays sont :

🇬🇳 Guinée
🇬🇭 Ghana
🇳🇬 Nigeria
🇬🇲 Gambie
🇱🇷 Liberia
🇸🇱 Sierra Leone

Si le lancement de cette monnaie a été plusieurs fois reporté, notamment en raison de la nécessité pour les États membres de respecter des critères de convergence économique (maîtrise de l’inflation, réduction des déficits budgétaires, stabilité macroéconomique, niveau suffisant de réserves de change, etc.), la Guinée, à travers sa Banque centrale, a toujours accordé une importance particulière à ce projet.

En effet, l’aboutissement de cette initiative permettrait à notre pays de passer d’un système monétaire strictement national, basé sur le franc guinéen, à une monnaie régionale commune, favorisant davantage l’intégration économique et financière avec nos voisins ouest-africains.

Au fil des années, le projet ECO est devenu une ambition plus large portée par l’ensemble de la CEDEAO. Les pays de l’espace UEMOA, qui utilisent actuellement le franc CFA, ont reconnu la pertinence de cette initiative portée à l’origine par les pays de la ZMAO et ont accepté de reprendre la dénomination « ECO » pour la future monnaie régionale.

Cette évolution constituait une véritable victoire diplomatique et économique pour les pays de la ZMAO, et particulièrement pour la Guinée, qui en est un membre fondateur majeur et le seul pays francophone de cet espace.

Il faut rappeler que depuis janvier 2001, la Guinée, à travers sa Banque centrale, participe activement aux travaux de l’Institut monétaire de l’Afrique de l’Ouest (IMAO), basé à Accra au Ghana. Cette institution joue un rôle central dans la préparation de l’union monétaire ouest-africaine et de la future monnaie commune ECO.

Ses principales missions consistent notamment à :

– préparer la création d’une Banque centrale commune ouest-africaine ;
– préparer l’introduction d’une monnaie unique pour la Zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest ;
– assurer le suivi des critères de convergence économique des États membres (inflation, déficit budgétaire, dette publique, réserves extérieures, etc.) ;
– favoriser l’intégration financière, l’harmonisation des statistiques économiques et le développement des systèmes de paiement régionaux.

Des cadres guinéens, dont certains que je connais personnellement, participent depuis plusieurs années à ces travaux techniques essentiels afin de préparer cette future monnaie commune de notre sous-région.

Face à toutes ces avancées et à l’implication constante de notre pays dans les différentes instances — réunions des gouverneurs des banques centrales, rencontres ministérielles, conférences des chefs d’État et de gouvernement, ainsi que les travaux techniques spécialisés — une question mérite d’être posée :

Comment comprendre qu’après avoir investi autant d’efforts et d’expertise dans ce processus, la Guinée puisse soudainement envisager de renoncer à cette dynamique et défendre l’idée de conserver seule sa propre monnaie nationale dans un espace régional qui pourrait bientôt adopter une monnaie commune ?

Au-delà des considérations politiques du moment, le débat sur l’ECO mérite d’être abordé avec une vision stratégique : celle des intérêts économiques de long terme de la Guinée, de son intégration régionale et de sa place dans l’Afrique de l’Ouest de demain.

Mamadou Djouldé Diallo.
Diplômé de Monnaie, Banque, Finance, Assurance.
Université Paris 1 Pantalon-Sorbonne.

 

Les commentaires sont fermés, mais trackbacks Et les pingbacks sont ouverts.

Accueil
Radio
Tv
Replays